Ei-iE

Québec : les personnels de soutien à l’éducation à bout de souffle, les syndicats exigent des mesures urgentes

Publié 13 octobre 2026 Mis à jour 13 octobre 2026

Une hausse spectaculaire des arrêts de travail, des congés de maladie et des invalidités met en lumière la dégradation des conditions de travail des personnels de soutien à l’éducation (PSE) au Québec. À l’occasion de la Semaine nationale du personnel de soutien scolaire, les organisations syndicales ont appelé les autorités à agir pour protéger celles et ceux qui assurent chaque jour le fonctionnement du système éducatif.

Les personnels de soutien scolaire sont indispensables au bon fonctionnement des écoles, des centres de formation, des collèges et des universités. Pourtant, derrière leur engagement quotidien se cache une réalité de plus en plus préoccupante : la détérioration de leur santé et de leurs conditions de travail.

Selon les plus récentes données obtenues auprès du ministère de l’Éducation du Québec, les absences liées aux accidents du travail, aux congés de maladie et aux invalidités ont fortement augmenté au cours des cinq dernières années, révélant des milieux de travail sous pression et un personnel de plus en plus fragilisé.

Des indicateurs alarmants

Entre les années scolaires 2020-2021 et 2024-2025, le nombre de personnels de soutien ayant eu recours à un arrêt de travail reconnu par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) est passé de 2.580 à 4.095 personnes, soit une hausse de 58,7 %. Le nombre total de journées d’absence associées à ces dossiers a quant à lui presque doublé, passant de 76.285 à 152.022 jours.

La situation est tout aussi préoccupante en matière de congés de maladie. Le nombre de travailleuses et travailleurs concernés a augmenté de près de 39 %, tandis que le nombre de journées d’absence a progressé de plus de 86 %. Les invalidités de longue durée sont également en hausse, avec une augmentation de 29,5 % du nombre de personnes concernées.

Pour Éric Pronovost, président de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS) -organisation affiliée à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), ces chiffres traduisent une crise humaine qui ne peut plus être ignorée :

« Derrière ces chiffres se trouvent des milliers de travailleuses et de travailleurs qui soutiennent chaque jour les élèves du Québec. Ce que les données nous disent, c’est que le personnel de soutien scolaire est à bout de souffle. Lorsque les accidents de travail doublent pratiquement et que les invalidités continuent d’augmenter année après année, il s’agit d’un problème important qui exige une action immédiate. »

Surcharge de travail, pénurie et violence

Selon la FPSS-CSQ, ces statistiques confirment les préoccupations exprimées depuis plusieurs années par les personnels de soutien concernant la surcharge de travail, l’augmentation des situations de violence dans les établissements, le manque de personnel et les difficultés à remplacer les absences. Ces facteurs contribuent à détériorer les conditions de travail et à accroître les problèmes de santé physique et psychologique.

Cette situation risque également d’accentuer les difficultés de recrutement et de rétention auxquelles le réseau éducatif québécois est déjà confronté, compromettant ainsi les services offerts aux élèves.

Éric Pronovost insiste sur la nécessité d'investissements immédiats :

« On ne peut pas continuer à demander toujours plus à un personnel déjà épuisé. Il faut investir dans la prévention, améliorer les conditions de travail, réduire la charge et mettre en place des mesures concrètes pour assurer des milieux de travail sains et sécuritaires. »

La fédération appelle le gouvernement et les employeurs du secteur de l’éducation à reconnaître l’ampleur du problème et à prendre rapidement des mesures pour enrayer la détérioration de la santé au travail qui touche les PSE.

Une reconnaissance qui doit se traduire en actes

Cette alerte intervient alors que le Québec a célébré la Semaine nationale du personnel de soutien scolaire, organisée chaque année lors de la dernière semaine complète du mois de septembre. Cette semaine de reconnaissance vise à mettre en lumière le rôle essentiel joué par les personnels de soutien dans le système éducatif.

Le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Éric Gingras, a profité de l’occasion pour rendre hommage à l’ensemble des PSE, tout en insistant sur le fait qu’une véritable reconnaissance doit passer par de meilleures conditions de travail :

« Vous reconnaître, c’est vous remercier, souligner tout votre travail. Mais la plus grande reconnaissance que vous pourriez avoir, c’est celle d’avoir les conditions de travail nécessaires, d’avoir les ressources financières nécessaires pour faire votre travail. Ensemble, on continue à lutter pour ça. »

Un pilier du système éducatif

Dans les établissements d’enseignement québécois, les personnels de soutien exercent une grande diversité de fonctions administratives, techniques, paratechniques, manuelles et de services directs aux élèves. Chaque jour, ils accueillent, accompagnent, organisent, réparent, soutiennent et contribuent à créer des environnements d’apprentissage fonctionnels et inclusifs.

Comme l’a rappelé Éric Pronovost, « notre réseau public d’éducation ne serait pas ce qu’il est sans ces travailleuses et travailleurs qui interviennent, jour après jour, à tous les paliers de notre système scolaire ».

Pour l’Internationale de l’Éducation, qui célèbre chaque année la Journée mondiale des personnels de soutien à l’éducation le 16 mai, ces travailleurs et travailleuses sont essentiels à la qualité de l’éducation. Les chiffres révélés au Québec rappellent l’urgence de garantir à l’ensemble des personnels de soutien des conditions de travail sûres, dignes et durables.