La misogynie et le devoir de protection du système éducatif envers les élèves et les personnels de l’éducation
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La misogynie chez les jeunes n’est plus une question que l’on peut réduire aux comportements problématiques de quelques adolescents enfermés dans les sphères les plus sombres d’Internet. Pour les enseignantes et enseignants, elle est omniprésente, se développe rapidement, et ses conséquences se font déjà sentir dans les écoles de toute l’Australie.
La montée de la misogynie dans les établissements scolaires constitue un problème pour le lieu de travail et pour la main-d’œuvre, ainsi qu’un défi pour l’ensemble du mouvement syndical et la société en général.
Les algorithmes exposent les jeunes à des contenus toujours plus extrêmes à propos du genre, des relations, de la masculinité, dans lesquels les discours prônant la supériorité masculine sont particulièrement inquiétants.
Des recherches ont démontré la rapidité avec laquelle les jeunes peuvent être confrontés à des contenus misogynes en ligne. Une étude a ainsi révélé qu’une telle exposition pouvait intervenir après seulement 23 minutes de navigation.
Ces contenus sont extrêmement délétères : ils véhiculent des idées qui remettent en cause la légitimité des femmes occupant des postes d’autorité, qui désignent les femmes comme étant à l’origine des difficultés sociales et économiques que connaissent les hommes, qui affirment qu’une masculinité accomplie exige domination, agressivité et contrôle, en particulier sur les femmes.
Les garçons et les jeunes gens sont bombardés par ce type de messages, et l’on s’attend ensuite à ce que les enseignants et enseignantes en gèrent les conséquences dans leurs classes.
Une nouvelle étude : La violence fondée sur le genre n’est pas un phénomène marginal dans les écoles australiennes
La recherche « Duty of Care » (Devoir de protection) financée par l’Australian Education Union (AEU) et dirigée par Stephanie Wescott, maîtresse de conférences à l’université Monash, apporte des données probantes solides quant à l’ampleur du phénomène.
Cette étude est la plus vaste enquête australienne consacrée aux expériences du personnel enseignant en matière de sexisme, de misogynie et de harcèlement sexuel dans les écoles. Un total de 2 668 enseignantes et enseignants, originaires de tous les États et territoires, travaillant dans l’enseignement primaire et secondaire, ont été interrogé·e·s.
Les résultats attestent que la violence fondée sur le genre n’est une expérience ni isolée, ni marginale dans les écoles australiennes.
- 78 % des enseignants et enseignantes déclarent avoir observé ou subi des actes de violence fondée sur le genre dans leur établissement. Une personne sur deux affirme que la situation s’aggrave.
- 95 % estiment qu’au moins certains de leurs élèves consultent des contenus issus de la manosphère.
- Près de la moitié (46 %) déclarent avoir envisagé de quitter définitivement l’enseignement en raison de la violence fondée sur le genre.
Les établissements scolaires ne peuvent, à eux seuls, régler ce problème. Une réponse systémique de la part des gouvernements et des autorités éducatives est indispensable pour relever ce défi.
Ce n’est pas le problème des femmes : Les conséquences sont considérables pour les élèves, le personnel enseignant et la société
La misogynie ne doit pas être considérée comme un phénomène qui disparaît lorsqu’un jeune finit sa scolarité.
Les conceptions qu’un adolescent se construit au sujet des femmes, de l’autorité et du pouvoir façonnent l’adulte qu’il deviendra, et il conservera ces idées et les exprimera ouvertement. Les mentalités acquises en ligne, renforcées par les pairs et banalisées dans certains contextes scolaires peuvent ainsi contribuer à créer une société où les femmes sont perçues comme n’ayant pas le même statut ni la même valeur que les hommes.
C’est pourquoi la montée de la misogynie dans les écoles doit préoccuper les gouvernements et la société dans son ensemble.
Mais la violence fondée sur le genre n’est pas seulement le problème des femmes. La recherche « Duty of Care » met en évidence ses conséquences sur le maintien en poste des personnels, la sécurité au travail et la qualité de vie professionnelle. S’il est nettement plus probable que ce soit des femmes qui déclarent subir des actes de violence fondée sur le genre, les hommes sont eux aussi concernés, et les conséquences affectent l’ensemble des personnels.
Il est également clairement établi que l’action collective peut faire la différence. La recherche a ainsi révélé que les enseignant·e·s étaient moins susceptibles d’envisager de quitter la profession lorsque leur établissement disposait de politiques sans ambiguïté contre le sexisme et les préjugés liés au genre.
Des attentes claires, des politiques efficaces et des réponses collectives constituent des protections importantes pour les travailleurs et travailleuses.
Depuis de nombreuses années, l’AEU et ses membres s’emploient à résoudre ces questions.
L’importance de la recherche « Duty of Care » réside dans le fait qu’elle apporte des données probantes solides venant étayer ce que nous savions par expérience sur la misogynie, et qu’elle met en lumière à la fois l'ampleur du problème et ses répercussions sur les personnels de l’éducation.
Le défi est désormais de veiller à ce que ces résultats éclairent une réponse plus globale.
La nécessité d’agir
En Australie, le gouvernement envisage déjà d’adopter une loi visant à responsabiliser les entreprises du numérique face aux préjudices causés en ligne, notamment par la misogynie et les contenus néfastes de la manosphère favorisés par les algorithmes.
Mais les personnels de l'éducation ont besoin de normes claires, de politiques efficaces, de formation, d’un leadership fort et d’action collective.
Par-dessus tout, les enseignantes et enseignants doivent se sentir en sécurité au travail.
Une enseignante ayant participé à l’étude « Duty of Care » a formulé le problème dans des termes simples : « Je devrais pouvoir bénéficier d’un environnement sûr quand je vais au travail. Dans aucune autre profession, je ne serais censée tolérer ce genre de comportement. Si j’exerçais un autre métier, il y aurait des conséquences. Et je me sentirais en sécurité. »
Il s’agit là d’une attente tout à fait raisonnable.
Un lieu de travail sûr et respectueux est un droit fondamental du monde professionnel. Protéger ce droit pour les personnels de l'éducation d’aujourd’hui et le garantir pour la prochaine génération doit être une priorité.
Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.