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France: l’enseignement n’est plus une priorité gouvernementale

Les syndicats de l’enseignement français ont sévèrement critiqué l’annonce par le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer de la suppression de 1.800 postes dans l’enseignement secondaire dans le budget 2019, alors que davantage d'étudiant(e)s seront accueilli(e)s.

SNES-FSU: 32.000 étudiant(e)s en plus, 1.800 postes en moins

Dans son annonce du 16 septembre, peu de temps après la rentrée 2018, le ministre a indiqué que ces réductions d'effectifs concerneront le second degré et les services administratifs et seront compensées par la possibilité d'imposer une deuxième heure supplémentaire aux enseignant(e)s.

« Le ministre prévoit d’amplifier la dégradation des conditions d’étude des collégiens et des lycéens », et « on est en train de mentir aux familles et aux élèves », a fermement dénoncé la Secrétaire générale et porte-parole du Syndicat national des enseignements de second degré-Fédération syndicale unitaire (SNES-FSU) Frédérique Rolet.

Regrettant que « l'éducation nationale devait jusqu'ici rester une priorité et on voit bien que ça ne l'est plus », elle a rappelé que les collèges scolariseront 32.000 élèves supplémentaires à la rentrée 2019, la génération nombreuse de 2007, et que d'ores et déjà les classes de Seconde sont à 35 élèves et plus.

Expliquant qu’en guise de palliatif au manque de postes, le ministre envisage de toucher au statut des enseignants pour les contraindre à deux heures supplémentaires au lieu d'une, elle a souligné que, outre le fait que cela ne ferait qu'alourdir encore la charge de travail, les conditions actuelles d'enseignement conduisent déjà une majorité d'enseignant(e)s à devoir faire des heures supplémentaires.

Cette nouvelle déclenche « beaucoup de colère », et, pour Rolet, cette décision va se traduire par des classes encore plus chargées: « Ce qu'il faut savoir, c'est que le second degré est en expansion démographique, donc ça se résume très simplement, on va avoir moins de profs et plus d'élèves. L'idée d'imposer une deuxième heure supplémentaire apportera peu de moyens en plus, puisque du fait du manque de postes, on est déjà quasiment à une moyenne de deux heures supplémentaires par professeur. »

Elle a estimé que le Ministre compte sur les réformes pour permettre ces diminutions de moyens, par le biais des fusions d'académies, par le biais de la réforme du lycée qui augmentera le nombre d'étudiant(e)s par classe du fait des enseignements communs et privera certains lycées de formations actuellement offertes.

UNSA-Education: la priorité à l’Education nationale, c’est fini!

De son côté, la Secrétaire général de l’Union nationale des syndicats autonomes-Education (UNSA-Education) Frédéric Marchand a pris acte de ce que « cette annonce symbolise la politique gouvernementale: l’Education nationale n’est plus prioritaire ». Condamnant le fait que « la vision comptable a eu le dernier mot », il a continué en notant que l’Education nationale contribuera pour un tiers aux suppressions de postes de fonctionnaires. 

Il a aussi insisté sur la volonté du ministre de mettre en œuvre de nombreux changements dans les lycées, et le fait que, au moment où est lancée la réorganisation territoriale, de telles annonces ne pourront qu’accréditer l’idée que les économies d’échelle guident les choix ministériels. Pour Marchand, il est impossible de dissocier les moyens humains du service public rendu par l’Education nationale. Quelle conséquence sur les effectifs par classe, la diversité de l’offre éducative, la surcharge de travail dans les services? a-t-il demandé.

Il a dénoncé également le fait que le ministère ressort « la vieille recette des heures supplémentaires » et compte modifier pour cela les obligations statutaires des enseignant(e)s, « un expédient qui n’améliorera pas réellement notre système éducatif quand on sait qu’aujourd’hui de très nombreux enseignants assurent déjà ces deux heures supplémentaires. »

A l’heure du plan pauvreté voulu par le Président de la République Emmanuel Macron, ces suppressions de postes tonnent comme une contradiction forte, Marchand a aussi déploré. Au souhait de permettre aux enfants des familles les plus pauvres de réussir à l’école, on y oppose diminution du nombre d’enseignants et de postes d’administratifs et d’ingénieurs et personnels techniques de recherche et de formation. En effet, « qu’en sera-t-il des postes de médecins, d’assistantes de service social ou d’infirmières? »

Selon le communiqué du Syndicat des enseignants (SE-UNSA), organisation membre de l’UNSA-Education, pour le budget de l’Education nationale 2019, il s’agit de « suppressions sonnantes et trébuchantes ». Malgré « les explications du ministre pour tenter de transformer ces suppressions en bonne nouvelle », avec l’annonce d’une priorité au primaire et d’un maintien des taux d’encadrement dans le second degré via une augmentation des heures supplémentaires sans cotisations sociales, pour le SE-UNSA, la décision budgétaire va encore un peu plus compromettre la confiance des personnels comme de la population dans les orientations de l’exécutif. 

Ces réductions budgétaires sont « de mauvais signaux », a-t-il noté, alors que des chantiers importants sont ouverts, telles la réforme du bac général et technologique, ou la transformation de la voie professionnelle. Si tout le monde a bien entendu que l’exécutif entend garder le cap, il est temps qu’il dise pour aller où, le syndicat a fait observer.

FERC-CGT: la  priorité à l’austérité!

Pour la Fédération CGT de l’Education, de la Recherche et de la Culture (FERC-CGT), « 1.800 postes, cela représente 40% des suppressions annoncées par le gouvernement: on est loin de la priorité donnée à l’éducation, c’est bien plutôt la priorité donnée à l’austérité. »

Elle a aussi regretté profondément que les personnels et leurs représentant(e)s élu(e)s aient été « une fois de plus informés par voie de presse d’une mesure qui impactera fortement leurs conditions de travail et d’exercice ».

Le syndicat s’attend à une augmentation de la charge de travail des personnels administratifs. Quant à l’ajout dans les services des enseignant(e)s du second degré d’une heure supplémentaire imposée, « le prétexte invoqué étant que les enseignants acceptent souvent des heures supplémentaires », le syndicat fait observer que « c’est oublier que depuis 2000 le pouvoir d’achat des personnels a baissé de 14% ». Il s’oppose donc catégoriquement à cette mesure car elle augmente le temps de travail des enseignant(e)s, pèse sur leur vie professionnelle et familiale, et est discriminante puisque la rémunération par primes et heures supplémentaires creuse les écarts de salaire déjà existants entre les femmes et les hommes.