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Journée de commémoration de la victoire de 1945 : célébrations et opportunités, 75 ans plus tard

Aujourd’hui, 8 mai 2020, nous célébrons le 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Cette journée de commémoration de la victoire est un anniversaire important, mais également une occasion de revenir sur les décennies qui ont suivi.

Cette journée de 1945 marque la fin des hostilités en Europe, mettant ainsi un terme à l’Holocauste et aux nombreuses souffrances et ravages de la guerre. La haine et le nationalisme, associés au pouvoir d’un État, avaient transformé l’Europe en un continent déchiré. Un bain de sang social et économique s’annonçait. Et pourtant, en cette sombre période, les gens dansaient dans les rues pour applaudir la victoire. Ils aspiraient aussi à un avenir nouveau et différent.

En plein cœur des réjouissances, on pouvait lire dans un éditorial du quotidien britannique « The Guardian » la mise en garde suivante : « Nous n’avons rien résolu. Nous ne sommes pas plus près de l’âge d’or. Mais au moins, nous avons stoppé la progression du mal. Nous avons gagné le droit d’espérer. »

Et cet espoir était justifié. Les dépenses colossales nécessaires pour mettre fin à la guerre ont été suivies non pas de mesures d’austérité, mais bien d’un investissement public massif pour assurer la prospérité et le maintien de la paix.

Des progrès extraordinaires

Dans une grande partie de l’Europe, des avancées sociales et économiques extraordinaires ont été accomplies, les droits humains ont été protégés, des systèmes de protection sociale ont été largement déployés et les services publics se sont développés et améliorés, au même titre que les syndicats, devenus des acteurs sociaux, économiques et politiques. La négociation collective s’est généralisée, couvrant la plupart des travailleur·euse·s.

La taxation progressive et la répartition plus équitable des richesses ont également contribué à renforcer la justice dans les pays et en Europe, et à renforcer la flexibilité, la dynamique et la stabilité des économies. La reprise a été rapide et s’est appuyée sur des bases solides. Tout cela a nourri les jeunes démocraties et amené une période de paix sans précédent en Europe. La société est devenue plus égalitaire, l’enseignement public une force motrice de ce progrès.

Organisations mondiales

À l’échelon mondial, se sont rapidement succédé la formation des Nations Unies, la signature de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et l’adoption des Conventions 87 et 98 de l’Organisation internationale du Travail portant sur la liberté syndicale et le droit de s’organiser. La Convention relative aux réfugié·e·s a été adoptée en vue de garantir que ces dernier·ère·s ne soient plus immobilisé·e·s et privé·e·s de leurs droits.

Plus tard, de nouvelles nations ont vu le jour, au lendemain de la chute des empires coloniaux. La construction et le développement des nations ont progressé. Les pays ont commencé à panser les plaies du colonialisme

Société de marché

Plus tard, dans les années 1980, les choses ont commencé à changer. La croissance de la communauté et le consensus qui caractérisait la période de l’après-guerre se sont subordonnés au marché. L’économie de marché est devenue une société de marché, les bénéfices privés ont commencé à prévaloir sur le bien public.

Le génocide censé ne « plus jamais » se reproduire a resurgi dans des pays comme le Rwanda et le Cambodge, le nettoyage ethnique a refait surface en Europe et dans les Balkans. Aujourd’hui, quantité de peuples sont systématiquement persécutés et massacrés.

Au moment où une nouvelle opportunité de transformer nos sociétés et de construire des démocraties stables et sociales s’est présentée après l’effondrement du totalitarisme dans une grande partie du monde, nous n’avons pas su gérer correctement cette chance qui nous était offerte. Au lieu de tirer les leçons de l’Europe occidentale de l’après-guerre, en réalisant des investissements massifs pour rendre possible et concrétiser la réforme économique, l’Europe centrale et orientale a connu une déréglementation, une libération et une privatisation massives.

À mesure que des formes d’instabilité d’emploi et de travail précaire gagnaient du terrain dans les démocraties plus anciennes, les inégalités économiques et l’exclusion sociale se renforçaient. Cette situation a également affaibli la communauté et la démocratie.

Le développement a, lui aussi, été compromis et, dans certains cas, inversé dans bon nombre de pays, non pas uniquement en raison de leurs faiblesses internes, mais aussi en raison des théories de marché non fondées qui ont été imposées aux pays endettés par les institutions financières internationales et les agences d’aide au développement. Une telle « orientation » politique a affaibli les communautés et la cohésion sociale, porté atteinte aux services publics tels que l’éducation, érodé l’emploi formel et foulé au pied les droits humains et la démocratie.

Résolution de l’IE

Les tendances destructrices de ces dernières décennies et l’érosion de la démocratie étaient au centre des débats du 8e Congrès de l’IE, réuni à Bangkok, en Thaïlande, au mois de juillet 2019. La résolution du Congrès 'Éducation à la paix : stop aux dépenses militaires – des livres, pas des bombes' dresse la liste d’un large éventail de risques et propose une perspective historique remontant à la période de l’après-guerre.

Cette résolution explique que l’afflux de réfugié·e·s et de personnes contraintes à la migration que nous observons aujourd’hui est le plus important depuis la Seconde Guerre mondiale. Elle attire également l’attention sur l’explosion de la violence, notamment les conflits armés, l’augmentation continue des dépenses en armement, tant conventionnel que nucléaire, et sur le peu de progrès réalisés en faveur du désarmement. Elle appelle à ce que les ressources injectées dans la destruction soient massivement investies dans la construction, que celles injectées dans la haine et la division soient investies dans la guérison et la paix.

Sinistre rappel de l’entre-deux-guerres, la résolution souligne que le pouvoir politique basé sur la haine, le racisme et le nationalisme a refait surface et que la démocratie court, une nouvelle fois, un grand danger.

La violence à laquelle fait référence la résolution englobe également les attaques ciblant l’éducation, rappelant ainsi la nécessité de garantir la sécurité dans les écoles. Elle évoque également l’importance cruciale d’enseigner la paix, la tolérance et la démocratie.

D’autre part, un conflit armé ne se résume pas aux conflits entre États. La résolution de Bangkok précise : « Le nombre et la complexité des conflits armés ne cessent de croître. En témoignent l’internationalisation de conflits internes à l’origine et les menaces que posent les groupes armés irréguliers. »

Manque de préparation à la pandémie

Les échecs successifs de la seconde moitié de l’après-guerre, aggravés par la crise financière et économique de 2008 et 2009, expliquent notamment pourquoi une grande partie de la planète était si mal préparée à la pandémie de COVID-19.

Au lendemain de la guerre, l’un des architectes de l’Europe, Jean Monnet, diplomate français et représentant officiel international et européen, déclarait : « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise ».

IE : un nouveau monde ne pourra se construire sans les éducateur·trice·s

Dans son commentaire à l’occasion du 75e anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale en Europe, le secrétaire général de l’Internationale de l’Éducation, David Edwards a déclaré : « Ces 75 dernières années nous enseignent un grand nombre de leçons – bonnes comme mauvaises. Si les leçons de ces dernières décennies n’ont pas été constructives, au cours des années qui ont suivi la victoire, nous avons appris l’importance de croire en la coopération, les services publics et la paix. La pandémie a révélé les mauvaises leçons. Elle a transformé une situation fragile dans un monde dysfonctionnel en une situation plus grave encore. Les inégalités se sont accentuées. Elle a mis en évidence la faiblesse des individus et des nations isolés et a amené à reconnaître la nécessité de trouver des solutions collectives. Elle a démontré l’échec sur le plan moral qui consiste à privilégier le profit privé, au détriment du bien public. Les circonstances évoluent, les valeurs, elles, demeurent immuables. Le monde doit faire un choix. Sommes-nous capables et avons-nous le souhait de mobiliser la solidarité mondiale à grande échelle ? Mettrons-nous en place des institutions mondiales fortes, crédibles et cohérentes pour assurer notre propre survie ? Les éducateurs et éducatrices et leurs syndicats ne peuvent relever ces défis seuls, mais ce nouveau monde ne pourra se construire sans eux. »