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Décès d'un dirigeant historique

Publié 13 décembre 2010 Mis à jour 18 mai 2011

Motofumi Makieda, l'un des dirigeants fondateurs de l'Internationale de l'Education, est décédé à Tokyo, au Japon, ce 4 décembre. Il était âgé de 89 ans.

Diplômé de l'école normale pendant la seconde guerre mondiale, Makieda a ensuite enseigné dans le secondaire à la fin de la guerre, alors que le Syndicat des enseignants du Japon (JTU Nikkyoso) était fondé. Il en devint le Secrétaire général en 1962.

Il vécut sa première expérience internationale en 1968 à Paris, lors de sa participation à la consultation des quatre organisations internationales d'enseignants de l'époque avec l'UNESCO concernant l'application de la nouvelle recommandation de l'Organisation internationale du Travail (OIT) et de l'UNESCO sur le statut des enseignants.

Cette consultation conduisit à la fondation du Comité conjoint OIT/UNESCO d’experts sur l’application des Recommandations concernant le personnel enseignant (CEART ). Il devint Président du JTU en 1971, puis du Conseil général des syndicats ouvriers japonais (SOHYO) de 1976 à 1983. En 1978, il fut élu Président de la Confédération mondiale des organisations de la profession enseignante (CMOPE). Au cours de son mandat de Président de la CMOPE (de 1978 à 1982), le JTU s'est également affilié au secrétariat professionnel international de l'enseignement (SPIE).

Cette décision reflétait l'engagement de Makieda envers l'unité du syndicat mondial d'enseignants. Il se fit très tôt le porte-parole de la coopération entre les deux organisations qui créèrent, une décennie plus tard, l'Internationale de l'Education. Au Japon, il soutint la coopération entre le SOHYO et la DOMEI (Fédération japonaise des travailleurs), qui s'unirent en 1989-90 pour former la RENGO (Confédération générale des syndicats de travailleurs du Japon).

Dans son pays, les enseignants ne jouissaient pas du droit de grève, mais Makieda a mené une grève nationale et fut emprisonné. Une campagne internationale fut mobilisée pour sécuriser sa libération; la CMOPE et le SPIE défendirent son cas auprès du Comité de la liberté syndicale de l'OIT, lequel recommanda aux autorités japonaises de revoir leurs lois en ce qui concerne les fonctionnaires. Makieda œuvrait avec force en faveur de la paix dans le monde.

Il raconta plus tard comment son expérience de jeune homme au cours de la seconde Guerre mondiale avait été à l'origine de sa décision d'œuvrer pour la paix et défendre la précision historique dans les livres d'école japonais. En 1982, il organisa un symposium international sur l'éducation au désarmement dans la ville d'Hiroshima : « un avertissement à l'Humanité, et un témoignage de la volonté de survie de l'Homme », comme il l'écrivit à l'époque.

Sa défense acharnée du JTU, du droit de grève et de l'éducation comme outil pour la paix a fait de lui la cible de menaces de mort et d'une tentative d'assassinat dans les bâtiments du JTU. Le gouvernement a mis à sa disposition un groupe assurant sa protection.

Même si ses positions fermes étaient contestées par les autorités, il a su maintenir le dialogue avec le gouvernement de l'époque. A sa retraite du poste de Président du JTU en 1983, Makieda est resté actif dans plusieurs organisations, y compris l'Association d'amitié Japon-Chine, qu'il présida pendant plusieurs années.

En 1986, il mit sur pied un centre pour les ouvriers qualifiés, qui avait pour objectif d'organiser des formations pour des apprentis chinois au Japon et des programmes d'échanges pour les professeurs de langues entre les deux pays. Makieda était un dirigeant courageux, réfléchi et visionnaire, qui cherchait au-delà des désaccords de son temps des voies vers l'unité et la compréhension.