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Costa Rica: besoin d'une politique publique sur l'éducation des peuples autochtones

Publié 2 octobre 2012 Mis à jour 3 octobre 2012

A l'occasion de la réunion nationale des enseignant(e)s et dirigeant(e)s autochtones, qui s'est tenue à San José les 25 et 26 septembre derniers, les peuples autochtones du Costa Rica ont analysé la situation et la qualité de l'éducation proposée aux enfants, adolescent(e)s et jeunes autochtones.L'un des affiliés nationaux de l'IE, l'Asociación Nacional de Educadores (ANDE), a pris part aux débats.

Dans son allocution d'ouverture de cette National Encuentro, intitulée « L'éducation interculturelle des peuples autochtones: un défi pour le XXIe siècle », Alexander Ovares, Président de l'ANDE, a souligné l'importance de respecter les conventions internationales sur les droits. Il a également mis en lumière le rôle de l'Etat en tant que garant du droit à une éducation publique de qualité pour l'ensemble de la population.

Organisée par l'ANDE, la Distance Learning National University, la Costa Rican National Indigenous Round Table(MNICR) et l'UNICEF, cette réunion a rassemblé plus de 50 experts de l'éducation, éducatrices, éducateurs et dirigeant(e)s des territoires autochtones de l'ensemble du pays. Les participants ont analysé la situation et la qualité de l'éducation offerte aux enfants, adolescent(e)s et jeunes autochtones.

Au Costa Rica, on recense huit peuples autochtones (Bribri, Brunca, Cabecar, Chorotega, Guaymi-Ngobe, Huetar, Maleku-Guatuso et Teribe-Terraba). Ces derniers se répartissent sur 22 territoires reconnus légalement et administrativement par l'Etat. En 2012, selon l'Institut national des statistiques et du recensement, la population autochtone atteignait 104.143 personnes.

Les défis du secteur de l'éducation

Selon les données du département de l'éducation interculturelle du ministère de l'Education, on dénombre actuellement 11 590 élèves autochtones, dont 818 dans l'enseignement préscolaire, 7.126 dans l'enseignement primaire et 3.646 dans le secondaire. Ils se répartissent sur 216 établissements scolaires et sont pris en charge par 724 enseignant(e)s et 173 membres du personnel administratif.

Selon l'UNICEF, le taux moyen de fréquentation scolaire des enfants autochtones vivant en territoire autochtone est de 3,4 ans, contre 7,6 ans pour la moyenne nationale. Plus d'un autochtone sur quatre (26,6%) vivant en territoire autochtone est analphabète, soit un taux bien supérieur à la moyenne nationale (4,8%).

MNICR: besoin d'un enseignement adapté

Donald Rojas, Président du MNICR, a déclaré que les trois piliers de l'éducation des peuples autochtones étaient les suivants: « Tout d'abord, le pouvoir exécutif doté d'objectifs politiques, ainsi que d'une stratégie sur quatre ans impliquant la mise en place d'un certain nombre de programmes chaque année. Ensuite, la communauté et son besoin d'une éducation adaptée à sa propre réalité. Reste enfin les éducateurs, qui sont tenus de suivre un programme élaboré selon un processus ascendant, et non par la communauté. »

Pour Donald Rojas, l'un des principaux défis consiste à savoir comment mettre en pratique un système répondant aux besoins des communautés autochtones.

UNICEF: intégrer la culture autochtone

« Pour nous, l'interculturalité est un pont permettant de rejoindre l'autre rive », a déclaré Adan Pari, représentant de l'UNICEF en Bolivie. « En Bolivie, depuis 2009, on a pu observer des progrès à différents niveaux, notamment au regard de l'éducation interculturelle, intraculturelle et multilingue. »

« A cet égard, un mouvement entier a vu le jour en vue d'intégrer le savoir autochtone dans la vie quotidienne, notamment au niveau de la médecine, de la justice et de l'éducation. »

Le ministre costaricain de l’Education, Leonardo Garnier, a également participé à cette réunion. Il a promis de placer la question de l'éducation et des peuples autochtones au rang de priorité.

Les principaux critères d'une politique sur l'éducation interculturelle des peuples autochtones, élaborée selon la cosmovision des peuples autochtones du Costa Rica, ont également été abordés en groupe, ainsi que lors des séances plénières. Les résultats seront communiqués au ministère de l'Education publique.

Perspective globale des syndicats

L'ANDE a collaboré avec des éducatrices et éducateurs autochtones dans le cadre d'un processus d'élaboration de politiques publiques liées à l'éducation et aux peuples autochtones.

« L'Etat doit garantir une éducation multiculturelle devant prendre en compte les besoins des éducatrices et éducateurs », a déclaré Fernando Francia, Représentant de l'IE. « D'un point de vue syndical, il devient nécessaire de garantir un travail décent ainsi qu'un environnement de travail faisant partie intégrante du processus d'éducation. »

Le Bureau régional de l'IE pour l'Amérique latine a organisé un débat à travers la perspective des syndicats d'enseignant(e)s, en vue d'intégrer la question de l'éducation multiculturelle dans l'enseignement public à l'échelle régionale.

Lors de sa dernière réunion en octobre 2011, le Bureau exécutif de l'IE a décidé de mettre en place un Comité consultatif de l'IE sur les questions liées aux peuples autochtones, chargé d'effectuer une profonde révision des politiques et des pratiques, de recommander des politiques, ainsi que de proposer des stratégies pour une mise en œuvre efficace des politiques relatives aux peuples autochtones.