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Les syndicalistes du monde entier exigent le respect des droits des travailleurs/euses migrant(e)s

Publié 18 décembre 2013 Mis à jour 6 janvier 2014

La contribution des migrant(e)s à leurs pays d’accueil ou d’origine doit être reconnue. Tel est l’appel lancé par le groupement Global Unions, fédération syndicale internationale dont est membre l’IE, à l’occasion de la Journée Internationale des migrant(e)s, célébrée le 18 décembre. Dans sa déclaration, la fédération syndicale internationale, appelle à la reconnaissance de la contribution économique, sociale et culturelle qu’apportent les migrant(e)s, tant à leur pays d’accueil qu’à leur pays d’origine, et exige le respect des droits des migrant(e)s internationaux/ales. Une nouvelle étude portant sur la migration des enseignant(e)s en Afrique septentrionale vient également d’être publiée.

Comme souligné dans la déclaration des Global Unions: « Bien trop souvent, au lieu de susciter de la reconnaissance pour leurs contributions, les migrants sont rejetés et sont en proie au racisme et à la xénophobie. Dans les pays hôtes, au lieu de [se voir offrir] l’hospitalité, c’est généralement à l’hostilité qu’ils [sont] confrontés. Ils sont livrés à la vindicte publique [et paient] pour les échecs des gouvernements et des sociétés. »

Violation des droits des travailleurs/euses

Les fédérations syndicales soulignent sur les quelque 232 millions de migrant(e)s à travers le monde, près de 90 pour cent quittent leur pays en quête de travail. La vie des travailleuses et travailleurs migrant(e)s se résume souvent à une lutte constante pour le respect et la dignité humaine. Ils/elles sont en proie à des violations systématiques de leurs droits, aussi bien de la part des agences de recrutement, des intermédiaires locaux, des agences gouvernementales, des employeurs, que des citoyens des pays où ils/elles se rendent. Une véritable chaîne de l’oppression où les femmes, qui représentent près de 50 pour cent des migrant(e)s internationaux/ales, sont soumises à des conditions particulièrement cruelles et humiliantes.

Même dans les pays qui, en principe, respectent les droits humains, y compris les droits syndicaux, les migrant(e)s sont bien trop souvent acculé(e)s au travail précaire, souligne le groupement Global Unions. Pour cette main-d’œuvre « jetable », même le droit de lutter est hors de portée. La liberté de vivre à l’abri de la peur et l’accès aux droits humains fondamentaux sont souvent difficiles, voire impossibles, à atteindre.

A l’occasion de la Journée internationale des migrant(e)s, Global Unions appelle les gouvernements à:

  • Reconnaître les contributions des migrant(e)s à tous les niveaux du développement (social, économique, culturel, etc.), y compris les services publics de qualité;
  • Garantir l’égalité de traitement entre les migrant(e)s et les travailleurs/euses locaux/ales, notamment en matière de conditions de travail et d’accès à la protection sociale;
  • Garantir un travail décent pour tous;
  • Garantir l’accès des migrant(e)s à la justice;
  • Agir concrètement contre le racisme et la xénophobie;
  • Ratifier et mettre en œuvre les Conventions 97 et 143 de l’Organisation internationale du travail (OIT), ainsi que la Convention 189 sur le travail décent pour les travailleuses et travailleurs domestiques, la Convention des Nations Unies sur la protection des droits de tous les travailleurs/euses migrant(e)s et des membres de leur famille et les autres conventions relatives aux droits humains, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW); et
  • Soutenir l’attribution d’un rôle clé à l’OIT dans la mise au point d’un système cohérent et global de gouvernance de la migration.

Lutte des enseignant(e)s migrant(e)s en Afrique septentrionale

Dans le cas particulier des enseignant(e)s, la migration internationale est devenue l’un des principaux enjeux politiques dont doivent tenir compte actuellement la plupart des pays du monde, explique Dennis Sinyolo, Coordinateur senior de l’IE à l’Unité Education et Emploi, lequel a publié une étude saluée par la critique, intitulée « Une stratégie pour la gestion de la migration en Afrique septentrionale : principes, recommandations et considérations politiques ».

Lors de la présentation de son étude le 16 décembre dernier, il a précisé que ses recherches avaient pour objectif de définir une stratégie permettant d’assurer une meilleure gestion de la migration en Afrique septentrionale.

Dans son étude couvrant le Botswana, l’Afrique du Sud et la Zambie, Sinyolo souligne que les données relatives à la migration des enseignant(e)s sont généralement éparses et incomplètes dans cette région du continent. Il explique en outre que la migration internationale des enseignant(e)s dans cette région est motivée par trois principaux facteurs d’ordre structurel: situation économique précaire, insuffisance des salaires et instabilité politique.

Enseignant(e)s migrant(e)s: valorisé(e)s et discriminé(e)s à la fois

Il ajoute que, dans les pays du sud de l’Afrique, la migration des enseignant(e)s a eu des effets à la fois positifs et négatifs sur les systèmes éducatifs, les enseignant(e)s migrant(e)s eux/elles-mêmes et leurs familles. Selon lui, nous sommes face à un paradoxe: au Botswana et en Afrique du Sud, les enseignant(e)s migrant(e)s jouissent d’une excellente réputation en raison de leur expertise, leur expérience et leur motivation, tout en étant à la fois détesté(e)es, victimes de discriminations et accusé(e)s de « voler » les emplois dans le pays d’accueil. Cette relation « amour-haine » qui existe entre les enseignant(e)s migrant(e)s et la population locale est ce que Sinyolo qualifie de « paradoxe de la migration des enseignant(e)s » – un problème qui doit absolument être résolu.

L’étude souligne également que si l’on souhaite assurer une meilleure gestion de la migration des enseignant(e)s en Afrique septentrionale, il est important d’adopter une approche systématique et coordonnée impliquant l’ensemble des acteurs clés, notamment les syndicats de l’éducation, que ce soit dans les pays d’accueil ou d’origine. Sinyolo précise également que les gouvernements de cette région d’Afrique se doivent d’adopter et d’appliquer une convention ou un protocole régional sur la migration et la mobilité des enseignant(e)s.

IE: Défendre les droits du personnel enseignant migrant doit être une priorité

« La migration internationale des enseignantes et enseignants est une priorité du programme politique de l’IE. Notre organisation a adopté une résolution dans ce cadre en 2011 et créé, la même année, un Groupe de travail sur la migration des enseignants, auquel participent des représentants à la fois des pays d’accueil et des pays d’origine, en vue de faciliter l’échange d’informations et d’idées », a déclaré Fred van Leeuwen, Secrétaire général de l’IE.

L’IE encourage ses organisations membres à agir de manière proactive contre la discrimination à l’égard de leurs homologues et des élèves migrant(e)s internationaux/ales, fondée sur leur nationalité, leur appartenance ethnique ou leur statut de migrant(e)s. Les affiliés sont également invités à recruter et à syndicaliser les enseignant(e)s et les employé(e)s de l’éducation migrant(e)s, et à défendre leurs droits humains et syndicaux. Les enseignant(e)s migrant(e)s et leurs familles doivent bénéficier d’une aide afin de garantir leur bonne intégration au sein du pays d’accueil et empêcher les employeurs du secteur de l’éducation de se servir des enseignant(e)s migrants comme d’une main d’œuvre occasionnelle engagée sous contrat précaire, favorisant ainsi le dumping social, a souligné van Leeuwen.

Il a également insisté sur le fait que les enseignant(e)s migrant(e)s contribuaient grandement à l’éducation publique de qualité, en démontrant les aspects positifs de l’intégrations des immigré(e)s et en agissant en faveur de la citoyenneté pour tout un chacun. Par ailleurs, il a souligné la nécessité de promouvoir le Protocole sur le recrutement des enseignant(e)s du Commonwealth et/ou ses principes, et de soutenir les efforts déployés aux niveaux international, régional et national pour développer et mettre en œuvre les politiques, les programmes et les instruments destinés à défendre et protéger les droits des migrant(e)s, y compris ceux des enseignant(e)s et du personnel de l’éducation.

Pour lire la déclaration du groupement Global Unions dans son intégralité, cliquez ici.

Pour télécharger la Résolution sur la mobilité et la migration des enseignant(e)s, adoptée en 2011 au 6e Congrès mondial de l’IE, réuni au Cap en Afrique du Sud, cliquez ici.