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Etats-Unis: une nouvelle étude révèle que les syndicats sont un moteur pour la qualité de l’éducation

Publié 3 août 2016 Mis à jour 5 août 2016

Selon une récente étude, les syndicats d’enseignants ne surprotègent pas les enseignant(e)s nommé(e)s, mais engendrent au contraire un positivisme clair pour la qualité de l’éducation en contribuant à améliorer la qualité des enseignant(e)s et les résultats des étudiant(e)s.

Dans son étude intitulée « Le mythe des syndicats: la surprotection des mauvais enseignant(e)s: preuves sur le roulement des enseignant(e)s issues de données de panel corrélées sur les enseignant(e)s par district  », Eunice Han, Docteur en économie de l’Université de Harvard et associée de recherche sénior à la Faculté de droit de Harvard, a démonté l’idée selon laquelle les syndicats empêchent le licenciement des enseignant(e)s nommé(e)s. Han a entrepris cette étude pour le National Bureau of Economic Research. Cette organisation de recherche américaine privée et sans but lucratif « a pour mission d’effectuer et de disséminer des recherches économiques objectives auprès des décideurs politiques publics, des entrepreneurs et de la communauté académique ».

Han déclare: « Les faits sont à l’inverse de ce que les gens pensent: les districts à forte présence syndicale licencient en fait davantage de mauvais senseignants ». Elle s’est exprimée en ces mots lors d’un entretien avec Jennifer Berkshire, auteure du site Internet Edushyster, journaliste freelance et avocate de l’enseignement public, qui a également publié pendant six ans un journal pour l’ American Federation of Teachers, un affilé de l'Internationale de l'Education.

Licenciement des enseignant(e)s peu efficaces

Elle explique que les salaires plus élevés pour les enseignant(e)s, que réclament les syndicats, constituent pour les districts scolaires une mesure d’incitation importante: licencier les enseignant(e)s peu efficaces avant leur nomination, ajoutant que les districts à forte présence syndicale licencient davantage d’enseignant(e)s peu performant(e)s car il est plus onéreux de les conserver. A l’aide de trois types de données d’étude du National Center for Education Statistics, elle confirme que les districts à forte présence syndicale licencient davantage d’enseignant(e)s de moindre qualité que ceux dans lesquels la présence syndicale est moindre.

Puisque les districts à forte présence syndicale licencient plus de mauvais(es) enseignant(e)s et gardent plus de bon(ne)s enseignant(e)s, ils retiennent également un plus grand nombre d’enseignant(e)s de grande qualité que les districts à faible présence syndicale, a-t-elle souligné. « Peu importe le moment et la méthode de mesure du syndicalisme, mes résultats indiquent que les syndicats réduisent la baisse d’effectifs parmi les enseignantes et enseignants », a-t-elle insisté.

La présence syndicale mène à des salaires et à un taux d’emploi plus élevés

Han souligne « nous savons que les syndicats permettent d’augmenter les salaires et les avantages, mais les gens pensent également qu’ils compliquent le licenciement des enseignantes et enseignants », mais « ces deux choses vont rarement de pair ».

Sur la base d’une théorie microéconomique, l’emploi diminue à mesure que les salaires augmentent car les employeurs ne peuvent pas se permettre de conserver les emplois tout en assurant des salaires plus élevés, sauf s’il existe une augmentation importante des revenus, déclare-t-elle. Cela est particulièrement vrai dans les districts qui subissent une pression financière intense, insiste-t-elle. « Mais apparemment, lorsque l’on parle des syndicats d'enseignants, il semble possible de cumuler salaires plus élevés ET taux d’emploi plus élevé ».

Les syndicats permettent d’améliorer la qualité des enseignant(e)s

L’Indiana, l’Idaho, le Tennessee et le Wisconsin ont tous modifié leur législation en 2010-2011 et restreint considérablement le pouvoir de négociation collective des enseignant(e)s des écoles publiques, explique Han. Elle a pu comparer ce qui s’est produit dans les états où les droits de négociation des enseignant(e)s ont été limités et dans ceux où aucun changement n’a eu lieu. A en croire l’affirmation selon laquelle les syndicats protègent les mauvais(es) enseignant(e)s, on aurait dû constater dans ces états une augmentation de la qualité suite aux modifications législatives », déclare-t-elle. C’est en fait le contraire qui se produit: les nouvelles lois qui restreignent les droits de négociation dans ces quatre Etats ont entraîné une réduction d’environ neuf pour cent des salaires des enseignant(e)s. La réduction des salaires représente pour les districts une diminution des mesures incitatives permettant de « trier » les meilleur(e)s enseignant(e)s et diminuent ainsi le licenciement des enseignant(e)s les moins performant(e)s. La diminution des salaires incite également les enseignant(e)s de haute qualité à quitter le secteur de l’enseignement, ce qui, selon Han, contribue au déclin de la qualité.

Réduction des taux de décrochage

Comme il n’existe aucune donnée justifiée par des échantillons représentatifs au niveau national sur les performances des étudiant(e)s par district scolaire, Han a utilisé les taux de décrochage de l’école secondaire pour mesurer les performances des étudiant(e)s. Son étude révèle que les syndicats permettent de réduire les taux de décrochage dans les districts.

« Mon étude se différencie en ce point de plusieurs études antérieures ayant déterminé que le syndicalisme n’avait aucun impact ou un impact négatif sur les taux de décrochage », déclare-t-elle. La différence, détaille-t-elle, s’explique par sa définition plus large du syndicalisme par rapport aux études antérieures: « La négociation collective n’est pas le seul élément important. La densité du syndicat en termes d’enseignantes et enseignants par district est également significative. La densité d’un syndicat fait sa force car même quand les enseignantes et enseignants ne peuvent pas s’engager dans la négociation collective, ils peuvent utiliser leur voix collective pour influencer le système éducatif. »

Son étude indique que la densité d’un syndicat diminue de manière significative le taux de décrochage à l’école secondaire, même dans les districts sans accord de négociation collective. Lorsque les syndicats, grâce à leur densité, réduisent le taux de décrochage, ils améliorent la réussite scolaire et le bien-être de tous les enfants de la région.

Han de conclure: « J’espère sincèrement que les gens vont ouvrir les yeux sur les résultats et dépasser leurs idées préconçues, que je partageais moi aussi avant de réaliser cette étude. De toute évidence, si les gens peuvent accepter les résultats de mon étude, l’implication politique directe serait de promouvoir des environnements favorables aux syndicats. »

L’étude est disponible ici(en anglais).