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Lutter contre le harcèlement sexuel en milieu scolaire

Publié 19 septembre 2005 Mis à jour 19 septembre 2005

La question délicate des relations enseignants/élèves a été soulevée lors d'un séminaire régional du programme SIDA/Education Pour Tous de l'IE. Les syndicats sont d'accord que seule une attitude de tolérance zéro est viable. D'autant que cette question menace l'image de marque et la crédibilité de la profession enseignante. L'IE encourage donc ses affiliés à condamner clairement ces faits publiquement. En mars dernier, la Centrale des syndicats de Québec (CSQ) a organisé au Gabon un séminaire spécifique sur le harcèlement sexuel. Témoignage de Luc Allaire de la CSQ.

L’idée d’organiser en avril une formation sur le harcèlement en milieu scolaire avait été suggérée à la CSQ par le Comité des femmes du syndicat de l’éducation nationale (SENA) qui estimait que le harcèlement sexuel entachait les relations entre collègues, entre enseignantes et directeurs d’établissement de même qu’entre profs et élèves.

En reportage dans le pays, Luc Allaire a pu s'entretenir avec des élèves de terminale du lycée Joseph-Ambouroue-Avaro à Port-Gentil. Les garçons, et quelques filles, affirment haut et fort que le harcèlement sexuel se fait dans les deux sens. "Souvent, ce sont les filles qui provoquent les hommes en s’habillant sexy", lance un étudiant. "Les professeurs sont aussi des hommes, les filles utilisent leurs atouts pour obtenir de meilleures notes", renchérit son copain. Un troisième commente crûment: "L’an dernier, le professeur de maths devait taper dans ses mains pendant son cours pour que les filles en minijupe ferment leurs jambes."

"Nous n'y sommes pour rien", tranche une étudiante: "Le harcèlement sexuel commence par les professeurs, et il se produit même lorsque nous portons notre uniforme. Si une fille a une moyenne faible, le prof va aller la voir et lui dira comment elle peut augmenter sa note. Même les filles qui ne sont pas nulles à l’école sont harcelées."

Pour Yolande Bilouka, vice-présidente du SENA, les choses sont claires: "Le statut d’enseignant nous interdit d’avoir des relations avec les élèves. Si une élève tente de séduire son professeur, celui-ci doit adopter un comportement responsable et agir en bon père de famille. L’habillement d’une élève ne justifie pas qu’il lui saute dessus. Si une élève se comporte mal, il doit la remettre à sa place. Si elle persiste, il doit s’adresser à l’administration qui décidera si une rencontre avec les parents est nécessaire pour signaler ce comportement."

Plusieurs enseignants reconnaissent que le harcèlement sexuel est très répandu dans les écoles. "Dans les pays occidentaux, la justice s’en mêle, affirme Raymond D’Engozoo, professeur de biologie. Mais pas ici, il n’y a pas de loi et certains profs considèrent qu’ils ont un droit de cuissage sur leurs élèves."

Pour M. Abdoul, professeur de français, l’Etat porte une responsabilité: "Lorsqu’on envoie un jeune professeur stagiaire dans un internat de 240 jeunes filles, que ce professeur loge dans l’internat, qu’il est sans salaire, qu’il n’y a aucune surveillance de la part de la direction ni des parents d’élèves, comment s’étonner que ce jeune prof hésite entre les avances d’une élève et son bic rouge?"

La question des salaires jour aussi un rôle. M. Abdoul explique qu’il s'est syndiqué parce qu’il n’avait pas été rémunéré pendant ses trois premières années d’enseignement. Cette pratique, courante au Gabon pour les jeunes enseignants, pousse certains à offrir des cours privés aux élèves en difficulté. Les parents paient les cours des garçons, mais de nombreux parents disent à leur fille de se débrouiller...

La pandémie du sida, qui touche 10% de la population à Port-Gentil, souligne l'urgence de lutter contre le harcèlement sexuel. "On note un léger fléchissement de la progression du SIDA", remarque Yolande Bilouka, qui est aussi responsable du programme de lutte contre le sida au SENA. Cette amélioration est le fruit des nombreuses campagnes de sensibilisation et d’éducation menées par les enseignants, par des organismes non gouvernementaux et par le ministère de la Santé qui a développé un programme national de lutte avec ONUSIDA. Ainsi, des centres de traitement ambulatoires ont été implantés dans plusieurs régions, où l’on offre du dépistage et des programmes de thérapie abordables pour la population.

Le séminaire de formation offert par la CSQ a débouché sur la proposition d’un plan d’action qui sera débattu au congrès du SENA. De nombreux moyens ont été suggérés pour réduire le harcèlement sexuel: création de cellules d’écoute, organisation de débats, adoption d’un code d’éthique, pressions sur le gouvernement en vue de l’adoption d’une loi, etc. La présidente du Comité des femmes du SENA, Léa Mefane, est consciente que le syndicat doit travailler en collaboration, notamment avec la direction des écoles, les ministères de l’Education et de la Famille et les associations de parents d’élèves. Et le SENA sait qu'il peut compter sur l'appui de la CSQ et de l'IE.