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Les enseignant(e)s et les syndicats:

Publié 9 novembre 2012 Mis à jour 14 décembre 2012
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La mobilisation - l'argument de notre force

Si les choses se passent aussi bien à ces niveaux, pourquoi n'en va-t-il pas de même à d'autres niveaux? Il ne suffit pas de blâmer nos puissant(e)s opposant(e)s ou même les échecs de nos ami(e)s. Nous devons aussi nous regarder dans le miroir, reconnaître que nous avons encore un long chemin à parcourir pour venir à bout de nos propres divergences, pour communiquer efficacement et de manière cohérente, pour effacer ces frontières entre le syndicalisme national, régional et mondial et pour nous mobiliser.

Nous pouvons être fiers/fières de nos avancées, mais les défis à relever sont immenses. Pour l'IE et ses affiliés, le fait de porter la double casquette syndicat-éducation oblige à continuer et dépasser les accomplissements historiques considérables pour construire une éducation et un syndicalisme plus forts et à vocation mondiale.

Au niveau des Syndicats mondiaux, nous devons continuer à maintenir nos identités et nos particularités, mais nous devons également apprendre à combiner plus efficacement la richesse des traditions et l'expérience des différents secteurs et métiers pour acquérir une force collective dépassant notre force individuelle.

Cependant, pour les Syndicats mondiaux, même si une meilleure coordination est un élément important, elle ne suffit pas à mondialiser la justice sociale. Nous devons combiner la force de notre argument avec l'argument de notre force. Si nous devons construire un levier syndical qui peut faire bouger le monde, nous devons le faire à travers la mobilisation des membres de nos affiliés nationaux. La coordination nationale-internationale est la seule manière d'opérer un réel changement à l'échelle voulue. C'est une réelle organisation syndicale. Il n'existe aucun raccourci, aucune tactique ou aucun leurre qui puisse la remplacer.

Nous n'aurons jamais les armées, l'argent ou les autres moyens dont disposent nos opposant(e)s. Mais nous sommes des millions à partager des valeurs et des aspirations. Notre nature propre, c'est cette étincelle de solidarité qui, une fois attisée, illuminera notre voie, éclairera les autres et apportera « pain, paix et liberté » à notre planète.

Syndicalisme sans frontière

« ...La reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde » Déclaration universelle des droits de l'Homme des Nations Unies.

Au niveau mondial, les enseignant(e)s ont l'Internationale de l'Education (IE), leur Fédération syndicale mondiale. Elle combine et partage le meilleur des expériences nationales en termes de questions syndicales et éducatives. Elle est aussi la voix des enseignant(e)s auprès du public et des institutions internationales qui jouent un rôle de plus en plus important dans la vie des enseignant(e)s.

Pour les enseignant(e)s et les autres employé(e)s des autorités publiques, les intérêts communs, mondiaux, sont parfois moins évidents que pour les employé(e)s des entreprises multinationales. Il existe cependant une multitude de liens vitaux. Bonnes approches et mauvaises approches semblent traverser facilement les frontières, même si, pour une raison ou l'autre, les « virus » semblent voyager plus rapidement que les bonnes idées. Les réponses doivent donc être à la fois nationales et internationales.

Les décisions politiques prises ou les conseils donnés par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), l'OIT, l'UNESCO et d'autres institutions internationales ont un impact sur les enseignant(e)s et leurs syndicats. C'est également le cas pour des processus moins formels tels que le G20 et le G8, dans lesquels l'IE est parvenue à faire entendre sa voix. Ces décisions et conseils affectent également d'autres travailleurs/euses et leurs syndicats. L'IE travaille en étroite collaboration avec la Commission syndicale consultative auprès de l'OCDE (TUAC) sur les questions d'éducation et d'économie. Elle a assuré la présidence de son Groupe de travail sur l'éducation pendant de nombreuses années et contribue également dans une large mesure aux soumissions des Syndicats mondiaux pour les autres structures, sous la houlette de la Confédération syndicale internationale (CSI). L'IE soutient et coopère avec le Bureau des Syndicats mondiaux à Washington D.C, qui est responsable des relations avec le FMI et la Banque mondiale. Dans le cadre de son intense travail sur les droits humains et syndicaux, elle s'engage avec l'OIT, par exemple à travers l'utilisation de ses procédures de plainte et de ses mécanismes de supervision. Elle travaille également en étroite collaboration avec la CSI et d'autres syndicats mondiaux.

L'IE prend les rênes pour le travail avec l'UNESCO. Le mandat de cette agence des Nations Unies ne se limite pas aux questions relatives à l'éducation. En effet, l'UNESCO dispose également de procédures visant à protéger les droits des enseignant(e)s.

Tout comme le sont ses affiliés nationaux, l'IE est spéciale, pas simplement en termes d'expérience et de compétence, mais aussi en termes de représentation. Un exemple concret de ce rôle que ne pourrait endosser aucun autre groupe privé, est sa participation aux deux sommets sur l'éducation qui ont eu lieu en mars 2011 et 2012 et étaient organisés par le Département américain de l'éducation, l’OCDE, l'IE et ses affiliés américains et la National Education Association. Siéger avec les gouvernements mondiaux, qui sont aussi des employeurs, tout en représentant des millions d'enseignant(e)s, constitue la reconnaissance syndicale mondiale et fournit un forum permettant d'établir une discussion de fond et utile.

Le Conseil des « Global Unions » (CGU) a été créé en 2007 pour améliorer la coopération au niveau des Syndicats mondiaux. Non seulement l'IE était-elle présente lors de sa création, mais l'on peut considérer son Secrétaire général, Fred van Leeuwen, comme la « sage-femme » qui lui a donné la vie.  C'est sa vision, son entêtement et sa patience qui ont mené à cette initiative de « coordination structurée », une étape importante pour le mouvement syndical international.

Van Leeuwen fut le premier Président du CGU et continue d'influencer sa direction. Les responsables de l'IE participent aux réunions du CGU et à celles des Secrétaires généraux. Son Secrétariat participe à tous les principaux Groupes de travail (Groupe de travail Communications, Groupe Relations de travail qui aborde les questions de précarité, Groupe de travail Migration et Groupe de travail Service publics de qualité).

L'éducation pour la démocratie

L'éducation pour la démocratie est un processus à long terme, et non une solution instantanée. Pour que les nouvelles démocraties puissent se développer, pour que l'espoir et l'action remplacent le cynisme public, les valeurs démocratiques doivent être nourries. Il se peut que l'impact à court terme soit mince, mais, comme le disait Abraham Lincoln, « la philosophie enseignée en classe à une génération sera la philosophie du gouvernement de la suivante ».

L'éducation ne viendra pas à bout de l'intolérance, de l'extrémisme ou des appels aux plus vils instincts humains, mais si les gens sont exposés aux valeurs que sont l'ouverture, la tolérance et la justice, et s'ils sont équipés pour raisonner et nuancer, ils résisteront mieux à ces approches.

L'éducation ne fera pas table rase de la corruption, mais elle peut aider à mieux comprendre et à soutenir les valeurs des services publics. Et l'éducation des étudiant(e)s dans l'enseignement supérieur, ceux/celles-là même qui serviront dans le gouvernement, peut aider à changer les habitudes en termes d'éthique.

L'éducation ne vaincra pas la « corruption » qui se traduit par les avantages dérivés des avalanches d'argent (visible ou invisible) en politique. Cependant, une éducation solide aide les gens à penser au-delà des discours et de la publicité. Elle peut contribuer au développement d'une saine suspicion de la sur-simplification et de la distorsion, même administrées à hautes doses.

La démocratie qui existe tout au long de l'année, et pas uniquement en période électorale, nécessite que les gens soient prêts, volontaires et capables de participer à la démocratie, y compris à défendre leurs propres intérêts et à exiger que le gouvernement réponde. L'éducation peut aider à comprendre la signification de la démocratie et l'importance d'y participer. Et les syndicats de l'éducation peuvent montrer la voie en défendant à la fois les intérêts des enseignant(e)s et les intérêts publics.

Les syndicats et la société civile

L'existence de la société civile, un élément qui assure l'existence de plusieurs courants de pensée et de plusieurs centres de pouvoir dans la société, est l'une des plus solides garanties de la démocratie. Et les démocraties au sein de la démocratie rendent cette dernière vivante, elles donnent relief et passion aux pages des livres d'histoire et de civisme.

La société civile existe au niveau national, mais aussi aux niveaux régional et international. Ses multiples définitions comportent toujours deux éléments centraux: elle doit représenter les intérêts et la volonté de groupes de personnes et être indépendante de l'Etat. Il existe beaucoup d'organisations « non gouvernementales », dont certaines contribuent grandement à informer le public et à mener le débat, mais souvent, elles ne parviennent pas à répondre à l'un des deux critères de la société civile.

D'autre part, des syndicats libres sont les organisations de la société civile les plus représentatives et les plus indépendantes. Par leur nature et leur action, ils font partie intégrante à la fois de l'économie et de la société civile.

Dans les démocraties émergentes, ce sont souvent les travailleurs/euses, au travers de leurs syndicats, qui modifient l'équilibre du pouvoir et créent un « espace » pour le développement d'autres éléments de la société civile. Les changements dramatiques en Pologne et en Afrique du Sud ne sont que deux exemples pour lesquels les syndicats ont facilité les changements fondamentaux dans leur société et rendu leur pays « sûr » pour la démocratie.

Les enseignant(e)s et leurs syndicats jouent un rôle particulier dans le mouvement syndical global et dans la démocratie. Attaché(e)s à la démocratie, ils/elles constituent non seulement l'interface entre les syndicats et l'éducation (en portant la double casquette), mais sont aussi souvent sur la brèche dans la lutte pour la démocratie. Les despotes comprennent souvent mieux que les démocrates le pouvoir et l'importance de l'apprentissage et son potentiel. Ils comprennent aussi la « menace » à la règle autocratique que représentent les syndicats, les forces de la société civile et les « écoles de la démocratie ».

Souvent forts de nombreux membres, les syndicats de l'éducation sont en position de contribuer au modelage des politiques syndicales globales. Grâce à leur rôle clé dans la société et à leur grande expérience, les dirigeant(e)s des plus grands mouvements syndicaux sont souvent des enseignant(e)s.

Une « éducation libérale »

Cependant, si l'on considère les êtres humains comme davantage que de simples facteurs de production, il est nécessaire de considérer une approche élargie des personnes en tant qu'êtres complexes et pluri-dimensionnels, membres à la fois de familles et de la société, citoyen(ne)s en plus de producteurs/trices. Un système éducatif à son mieux est la meilleure expression de cette approche. Comme l'a écrit l'Anglais G.K. Chersterton, « l'éducation est tout simplement l'esprit d'une société qui se transmet d'une génération à l'autre ».

Il est important de ne pas transmettre un héritage « dépourvu d'esprit ». L'industrie a besoin d'employé(e)s qualifié(e)s et les travailleurs/euses doivent avoir la possibilité d'acquérir des compétences et de les développer tout au long de leur vie. Cependant, l'éducation ne devrait jamais se réduire ou se limiter à cela. Une éducation de qualité peut contribuer grandement à améliorer la qualité de vie d'une personne. C'est la raison pour laquelle il est erroné de considérer que la musique ou toute autre forme d'éducation culturelle constitue une perte de temps et d'argent. L'éducation doit stimuler la curiosité et l'esprit de recherche, la réflexion indépendante, la créativité et l'enthousiasme et elle doit, pour ce faire, transmettre bien plus que de simples informations. L'industrie, même si elle ne le réalise pas toujours, a également besoin de travailleurs/euses qui s'adaptent, qui réfléchissent et font preuve d'esprit innovateur, en d'autres termes, qui disposent d'une éducation valable et complète.

Malheureusement, certaines méthodes modernes, dont beaucoup sont empruntées au secteur privé, vont à l'encontre de ce qui est traditionnellement considéré comme une « éducation libérale». « L'éducation libérale est une approche de l'apprentissage qui rend l'individu autonome et le prépare à gérer la complexité, la diversité et le changement. Elle offre aux étudiant(e)s une connaissance élargie du vaste monde (sciences, culture, et société) et une connaissance approfondie dans un domaine d'intérêt spécifique. » Extrait d'une définition de l' Association of American Colleges and Universities. La version intégrale de la définition est disponible sous: What is a 21st Century Liberal Education?(Qu'est-ce que l'éducation libérale au 21ème siècle?).

En insistant largement sur des éléments mesurables, on en vient parfois à négliger beaucoup des aspects les plus importants de l'éducation, qui se mesurent moins facilement. La majeure partie de ce qui fait le succès d'une vie ne peut tout simplement pas être mesuré, ni standardisé.

Syndicalisme dans l'enseignement

Fort heureusement, bon nombre d'enseignant(e)s sont affiliés à un syndicat et ne doivent pas affronter seuls tous ces défis. Ils bénéficient en outre de la solidarité des autres enseignant(e)s dans leurs écoles, leurs communautés, ainsi qu'aux niveaux national, régional et mondial. La plupart du temps, ces syndicats nouent des liens étroits et des coalitions avec des syndicats représentant d'autres professions et secteurs, et avec d'autres acteurs de la société civile.

Selon le poète irlandais William Butler Yeats, « L'éducation, ce n'est pas remplir un seau, c'est allumer une flamme ». Nous traversons actuellement une période de l'histoire où nous avons désespérément besoin d'allumer de telles flammes, partout dans le monde. Pour des démocraties plus saines, nous avons besoin de ces flammes en classe.

L'éducation et la démocratie

« L'éducation rend les gens faciles à diriger, mais difficiles à drainer derrière soi; faciles à gouverner, mais impossibles à asservir. » Peter Brougham (Homme d'Etat anglais du 18ème siècle)

L'éducation transmet et renforce les valeurs, la cohérence et la solidarité des sociétés et parce qu'ils les comprennent mieux, les citoyen(ne)s peuvent plus facilement contribuer à la vie et en profiter. L'éducation renforce la capacité d'ouverture et de créativité des personnes, ainsi que le sens critique. Toutes ces caractéristiques sont fondamentales pour la construction, l'appropriation et l'autonomisation de la démocratie. La démocratie comporte un certain nombre de problèmes pour lesquels l'éducation est particulièrement significative.

L'expérience d'un grand nombre de démocraties émergentes dans les années 1990 illustre que la démocratie ne se limite pas à l'organisation périodique d'élections libres. Les premières élections ont connu un taux de participation très élevé par des votant(e)s qui étaient très impatient(e)s d'exercer leur liberté nouvellement acquise. La participation a cependant rapidement décliné pour les élections suivantes.

Trop de dirigeants élus ont agi comme si, une fois élus, ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient. Les infrastructures de gouvernance étaient également insuffisantes. Dans de nombreux pays, la privatisation massive des entreprises et parfois des services publics, dans un environnement non transparent, a mené à une corruption insidieuse. Dans les cas les plus graves, l'infrastructure de corruption est devenue tellement puissante qu'elle contrôle les gouvernements successifs, quel que soit leur parti.

Mais les nouvelles démocraties ne sont pas les seules à connaître des faiblesses. Les démocraties établies de longue date semblent de plus en plus vulnérables face aux forces politiques populistes et intolérantes. Les extrémistes ont gagné du terrain et ils ont influencé les positions des partis majoritaires.

L'influence, secrète ou avouée, de l'argent sur les élections et sur les problèmes, a eu un effet profond sur la prise de décision politique et la démocratie même. L'exemple le plus dramatique de cette influence est sans doute celui des Etats-Unis, l'une des plus vieilles démocraties au monde.

Même si les problèmes de dépendance face aux donateurs privés ont toujours existé dans le processus politique, l'influence de l'argent s'est accrue progressivement depuis le début des années 1970. La décision de la Cour suprême des Etats-Unis, « Citizens United » a ouvert cette voie. En bref, la Cour a décidé que l'argent est parole et a élevé les entreprises au rang de « personnes ». Cette décision a levé les restrictions sur l'utilisation de l'argent des entreprises dans les élections et a mené à la création de Super-PAC (Comité d'action politique) disposant de ressources énormes. Ces mêmes droits à la « parole » accordés aux entreprises leur permettent de mener des campagnes anti-syndicales sur le lieu de travail.

L'éducation à elle seule, et en particulier les enseignant(e)s et les écoles, ne peut résoudre tous les problèmes de la démocratie, pas plus qu'elle n'offre une formule magique pour les autres problèmes de société, mais elle joue un rôle significatif dans la solution.

Education et économie

La crise économique et financière qui sévit dans la majeure partie du monde s'est avérée constituer un handicap à la réflexion sur le rôle et l'avenir de l'éducation. Même si pendant un court instant, les dirigeant(e)s mondiaux/ales ont semblé reconnaître que l'enseignement public constitue une clé pour vaincre la crise et pour engager les sociétés sur la voie de la croissance durable, la balance a penché pour l'austérité, les coupes budgétaires et les attaques portées non seulement à l'idée même des services publics de qualité, mais aussi aux enseignant(e)s, leurs droits acquis et leurs syndicats.

Un climat de conflit n'est pas idéal pour la pensée rationnelle sur l'avenir de l'éducation. Dans certains pays, les enseignant(e)s doivent se battre pour survivre et les gouvernements, à juste titre ou non, paniquent face à la pression exercée par les marchés financiers (par exemple, sous la forme des agences de notation) et les institutions intergouvernementales pour diminuer les budgets. Comme l'a écrit Edmund Burke, philosophe et homme d'Etat irlandais: « Aucune passion ne dérobe aussi efficacement à l'esprit ses pouvoirs d'action et de raisonnement que la peur. » Dans de trop nombreux pays, l'espace à la discussion intelligente ou même à la communication civile sur l'avenir est empreint de peur. Dès lors, l'un des défis dans le climat actuel est de restaurer un dialogue civilisé et approfondi sur l'éducation.

La crise ne se limite pas à l'économie et elle n'a pas commencé avec l'effondrement des marchés financiers. Elle est en fait liée à une crise pré-existante sur les valeurs, qui affecte bien plus que l'éducation. Au niveau politique, elle comporte des tendances dangereuses et irresponsables, comme le rôle prépondérant que jouent des acteurs du secteur privé dans la création et l'influence de la politique publique. L'énormité des sommes avancées pour sauver des acteurs financiers irresponsables est choquante en comparaison du manque de ressources disponibles pour les dépenses d'intérêt public. Mais c'est là la conséquence logique d'une tendance à favoriser depuis plusieurs décennies les intérêts privés puissants plutôt que le bien public.

Le marché - Une nouvelle doctrine?

Au cours des récentes décennies, le marché semble s'être élevé au niveau d'une religion ou tout au moins d'un dogme. Ce n'est plus un simple mécanisme destiné à organiser l'échange de bien et de services. Considérer le marché comme le « Tout puissant » confère à une société une perspective uni-dimensionnelle. Cela remue des idées qui devraient être abordées sérieusement dans la catégorie « hors-limite » de la « foi ».

Le marché est en fait une force puissante qui doit être limitée et contenue pour contribuer au bien public et au progrès humain. La question fondamentale est de savoir si nous travaillons pour l'économie ou si elle travaille pour nous?

Le premier principe de la Déclaration de Philadelphie de l'Organisation internationale du Travail (OIT), adoptée en 1944, précise que le « travail n'est pas une marchandise ». Ces dernières décennies, nous avons constaté une tendance à considérer les travailleurs/euses dans presque tous les secteurs comme des marchandises. Cette régression est en partie « mandatée » par la mondialisation, justifie-t-on, mais elle a développé une vie propre. Certains concepts de « flexibilité» se répandent dans les secteurs qui ne sont pas soumis à la concurrence mondiale, comme le secteur public.

Des conditions de travail précaires, où les relations de travail sont souvent confondues ou déguisées pour les travailleurs/euses, font basculer le risque de l'employeur vers le/la travailleur/euse. C'est l'un des exemples frappants de la re-commodification des travailleurs/euses. Dans bon nombre de secteurs et d'activités, les contrats à durée déterminée ont remplacé les contrats à durée indéterminée. La vulnérabilité et l'insécurité proviennent de la pression économique et ont un impact social important. Elles constituent l'une des causes importantes de l'augmentation des maladies liées au stress.