Ei-iE

Mesurer plus que des performances

Publié 25 mars 2014 Mis à jour 15 avril 2014
Écrit par:

Trop souvent pourtant, les données pertinentes qui pourraient étayer valablement ces résultats sont écartées ou tout bonnement ignorées. À l’exception peut-être des études PISA et TALIS de l’OCDE, on ne s’interroge pratiquement jamais sur la qualité des enseignant(e)s et sur d’autres politiques éducatives définissant les systèmes scolaires en place dans les pays les plus performants et aux Etats-Unis. Il en résulte dès lors une image incomplète et faussée de la performance réelle des élèves américain(e)s à l’échelle internationale, et les véritables problèmes à traiter au sein des établissements scolaires publics américains sont occultés.

Tandis que les élus et le grand public se concentrent sur les « outputs » – les résultats du PISA, les chercheurs de la National Education Association ont quant à eux examiné les données tirées d’une multitude de sources afin d’évaluer la performance des Etats-Unis en termes d’investissement (« input »).

En comparant ce pays aux nations les plus performantes dans un certain nombre de domaines éducatifs clés, les chercheurs ont brossé un tableau plus complet, mais aussi plus complexe, qui dépasse le « facteur test » international pour comparer les aspects spécifiques à la base des systèmes éducatifs les mieux positionnés. Un tel comparatif permet de mieux comprendre dans quelle mesure les pays bien classés lors des évaluations internationales diffèrent des Etats-Unis et d’autres nations.

Avec pour axe de travail la qualité des enseignant(e)s, les chercheurs se sont penchés sur la question de l’équité en matière de rémunération de la profession. La plupart des américain(e)s estiment que les enseignant(e)s ne sont pas suffisamment rémunérés et le budget national consacré à leur rémunération n’est pas à la hauteur des dépenses correspondantes dans d’autres pays développés —tous les pays n’ont donc pas les mêmes priorités en matière de dépenses. Aux Etats-Unis, les salaires des enseignant(e)s du secondaire représentent 55,3 % des dépenses totales du domaine de l’éducation, soit un chiffre nettement en deçà des 62,8 % observés en moyenne dans les pays de l’OCDE. La Corée fait partie des pays où les salaires constituent une part plus élevée du budget national consacré à l’éducation (56 %). Une tendance différente se dessine si l’on compare les Etats-Unis à d’autres pays de l’OCDE sur la question de la rémunération des personnels « non-enseignants », administrateurs scolaires compris. En leur allouant 26,1 % du budget, les Etats-Unis consacrent aux salaires des personnels non-enseignants une part plus conséquente que dans d’autres pays développés – la  plupart des pays de l’OCDE se situant entre 12 et 18 %, avec seulement 8,6 % pour la Corée.

Autre aspect de l’éducation se prêtant à la comparaison : la perception du public vis-à-vis des enseignant(e)s. Si la profession bénéficie d’une image très positive au sein de l’opinion américaine, les politiques publiques à son égard sont toutefois moins satisfaisantes aux Etats-Unis que dans d’autres pays. Cette réalité se traduit dans la participation limitée des enseignant(e)s américain(e)s aux décisions scolaires.

Dans le monde entier, le statut des enseignant(e)s se reflète dans le niveau de leurs responsabilités professionnelles et leur rôle dans la prise de décisions. Bien que le processus décisionnel au niveau scolaire varie considérablement d’un pays à l’autre, les Etats-Unis affichent les chiffres les plus faibles en la matière par rapport aux autres pays examinés dans l’OCDE. Aux Etats-Unis, 67 % des décisions relatives à l’organisation de l’instruction sont prises au niveau scolaire ou après consultation des établissements, alors que ce chiffre est nettement supérieur dans bon nombre d’autres pays—89 % en Angleterre et en Italie ; 78 % en Finlande, en France, en Corée et en Allemagne.

Certains chercheurs estiment que le statut de la profession enseignante est ancré dans les valeurs sociales et culturelles plus vastes de la société et il se peut qu’il reflète certains aspects relevant d’une discrimination de genre à l’égard d’une profession à prédominance féminine. Comme les experts le font observer, la Finlande compte au nombre des pays les plus égalitaires en termes d’autonomisation des hommes et des femmes. Ils soutiennent, certes, que la profession est respectée et convoitée en Finlande, mais le respect des citoyens finlandais à l’égard des enseignant(e)s pourrait davantage s’expliquer par l’équité entre les genres qui est très marquée dans ce pays. Aux Etats-Unis à l’inverse, où la profession a toujours été dominée par les femmes, les enseignant(e)s sont nettement moins respecté(e)s.

Dans son discours prononcé à l’occasion de la Journée mondiale des enseignant(e)s 2012, Ronald Thorpe, Président du Comité national pour les normes de la profession enseignante (Etats-Unis), a reconnu le faible prestige de la profession et la dure réalité selon laquelle seul(e)s les professionnel(le)s du secteur sont en mesure de faire évoluer la situation en instaurant les conditions qui permettront aux enseignant(e)s de devenir les acteurs de la réforme, et non d’en être la cible.

C’est précisément sur la base de ce type de réflexion qu’est née  « Raise Your Hand », la campagne nationale mise en œuvre par la NEA afin de donner aux éducateurs/trices américain(e)s les moyens de mener la bataille au nom des étudiant(e)s et de l’enseignement public de qualité. La campagne repose sur la ferme conviction selon laquelle les éducateurs/trices – et non les élu(e)s et les soi-disant expert(e)s de la « réforme » – savent ce qui est le plus efficace et sont les mieux placé(e)s pour donner l’impulsion et œuvrer à la réussite des élèves.

La campagne a identifié quatre objectifs, à la fois simples et ambitieux : la réussite des élèves, l’accomplissement professionnel du personnel, une collaboration dynamique et l’autonomisation des directeurs/trices d’établissements scolaires.

Bien trop souvent, les enseignant(e)s et le personnel de soutien éducatif évoluent dans des environnements non propices au développement professionnel. Leur autonomisation constitue un axe central de la campagne Raise Your Hand de la NEA. La réussite des élèves repose sur un leadership solide. Dès lors, nous allons nous joindre à nos affiliés pour soutenir et impliquer l’ensemble des membres de l’équipe scolaire — le personnel parascolaire, les conducteurs/trices d’autobus, les services de cantine, le personnel chargé de l’entretien des bâtiments, les agents de sécurité, les employé(e)s administratifs/ives, les travailleurs/euses spécialisé(e)s et les agents des services médicaux et technologiques, ainsi que les enseignant(e)s — afin d’œuvrer directement en faveur de la réussite des élèves. La NEA entend instaurer de nouveaux programmes d’assistance et d’évaluation par les pairs et la formation des éducateurs/trices s’appuiera désormais sur de nouveaux modèles de stages destinés à confirmer leur aptitude à exercer leur métier.

Nos membres s’unissent pour contribuer et amener de nouvelles idées, des choix politiques judicieux et des programmes fructueux, et les diffuser aux quatre coins du pays. En tirant parti de l’expertise collective et de l’expérience des éducateurs/trices aux Etats-Unis, nous donnerons aux enseignant(e)s les moyens d’agir comme chefs de file, de façonner la politique éducative et de préparer la prochaine génération d’enseignant(e)s « leaders ».

Au fil de cette évolution, la NEA entend également mobiliser les ressources nécessaires à la pérennité et au succès de la campagne Raise Your Hand. Lors de l’Assemblée représentative de la NEA tenue en 2013, les délégué(e)s ont approuvé une cotisation à hauteur de 3 $ par membre afin de financer les nouveaux efforts. Nous avons jusqu’à présent alloué 2 millions de dollars à plus d’une trentaine de projets au niveau des différents établissements ou des districts scolaires, et appliqué les idées soumises par les éducateurs/trices. Les revenus supplémentaires ainsi générés—plus de 6 millions de dollars annuels—serviront à financer les subventions au profit des affiliés de la NEA à l’échelle locale et nationale, dans le cadre de projets répondant à une démarche d’amélioration de l’école, centrée sur l’élève et relevant de l’initiative syndicale.

Partout où l’école subit l’influence négative des forces économiques et politiques, les éducateurs/trices doivent pouvoir s’exprimer haut et fort. Raise Your Hand s’allie à la campagne de l’IE Uni(e)s pour l’éducation de qualité afin de garantir que la question de l’enseignement de qualité, universel et gratuit, continue de tenir le devant de la scène politique.

Les initiatives telles que « Uni(e)s pour l’éducation de qualité » et « Raise Your Hand » sont essentielles dès lors qu’elles fournissent aux éducateurs/trices des plates-formes déterminantes pour canaliser leurs idées et leur énergie. La passion des éducateurs/trices et leur engagement à faire évoluer le système peuvent non seulement influencer l’existence de leurs élèves individuellement, mais aussi transformer l’école publique en un centre d’apprentissage de haute qualité.

Les pays les mieux classés par le PISA nous montrent que, pour avancer, nous devons valoriser la profession enseignante. Identifier, soutenir et faire progresser un enseignement efficace. Les pays très performants disposent de syndicats forts. En outre, ils témoignent leur soutien aux enseignant(e)s et les impliquent dans le processus de réforme. En Finlande, à Singapour et ailleurs, la collaboration avec les syndicats d’enseignant(e)s – conjuguée à des politiques actives de recrutement, de maintien en poste et de soutien au profit du personnel enseignant – a été un facteur déterminant dans l’aboutissement des efforts visant à améliorer la réussite scolaire.

La leçon à tirer est claire : respecter les enseignant(e)s ainsi que leur statut de professionnel(le)s. La NEA a examiné avec attention ce qui fonctionne et elle applique les enseignements ainsi reçus. Alors, observons le monde autour de nous et inspirons-nous des meilleurs exemples pour progresser.