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Syndicats d'enseignants et gouvernements

Publié 25 mars 2014 Mis à jour 15 avril 2014
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Intro

En effet, les données présentées démontrent de plus en plus que les syndicats d'enseignants n'accordent pas la priorité aux « questions fondamentales » au détriment des questions liées à la profession. Le nombre croissant d'études sur le leadership des enseignant(e)s prouve clairement que les enseignant(e)s souhaitent pouvoir donner leur avis sur un vaste éventail de questions liées à leur profession. Une récente étude menée à la demande de l'Internationale de l’Éducation (IE) auprès d'enseignant(e)s de 12 pays différents a révélé que les enseignant(e)s souhaitaient non seulement prendre le contrôle de leur vie professionnelle, mais aussi innover et développer des pratiques plutôt que « (‘plaider’)... en faveur de la liberté de pouvoir continuer à enseigner de façon traditionnelle » (Bangs et Frost, 2012).

Mobilisation des membres

Les résultats de cette étude ont également mis en lumière dans quelle mesure un certain nombre de syndicats, dont les syndicats nord-américains et des pays nordiques, partageait la perspective de l' Australian Education Union selon lequel,(parce que) il n'existe que très peu d'approches applicables à l'ensemble du système en matière de développement et de formation des enseignant(e)s, dans la mesure où de plus en plus de responsabilités sont transférées au niveau de l'école (...), le syndicat doit avoir pour objectif de rebâtir une communauté d'apprentissage professionnelle propre à l'ensemble du système(Bangs et Frost, ibid.). En effet, selon les conclusions de cette étude, les syndicats solides et proactifs souhaitaient créer des plates-formes en vue d'impliquer leurs membres dans des débats et un apprentissage propres à la profession.

Cependant, une autre étude commanditée par l'IE et menée par un chercheur qui s'est longtemps penché sur la dynamique des relations entre les gouvernements et les syndicats d'enseignants, a démontré que les relations positives entre les gouvernements et les syndicats d'enseignants s'avèrent fragiles. Les promesses structurelles de consultation ne suffisent pas toujours à garantir des relations de collaboration. La durabilité des interactions semble être, d'une part, liée à une culture de coopération, et d'autre part, à l'entretien de relations personnelles solides. Pour les syndicats d'enseignants, en raison de l'ampleur du capital politique des gouvernements, ces relations requièrent une attention, un entretien et une vigilance de chaque instant. Elles ne doivent jamais être considérées comme acquises(Bascia et Osmond, 2013).

Fragilité du dialogue social

Bien qu'elle n'offre qu'un aperçu de la situation, cette enquête s'avère bien utile dans la mesure où la majorité des participants au CSC y ont répondu. Elle vient confirmer les conclusions de Bascia et al selon lesquelles le dialogue social entre les syndicats et les gouvernements est fragile et mérite une attention permanente. Cette étude révèle que les syndicats souhaitent s'impliquer aux côtés des gouvernements dans les domaines relatifs aux conditions de travail et aux questions professionnelles. Elle vient également confirmer que la plupart des syndicats estiment offrir à leurs membres les meilleurs conseils, le meilleur soutien et les meilleurs engagements professionnels possibles.

Un dialogue social et un partenariat appropriés avec les syndicats constituent une condition préalable indispensable au bon succès des politiques d'éducation et de formation. Les résultats démontrent que, même s'il existe de nombreux exemples de bonnes pratiques en matière de dialogue social, la qualité et la cohérence de ces discussions doivent encore être améliorées dans de nombreux pays.

Bangs, J. et Frost, D. (2012) Teacher self-efficacy, voice and leadership: towards a policy framework for Education International. Cambridge University/Education International www.http://download.ei-ie.org/SiteDirectory/Research/Documents/Research%20Institute/Teacher%20Self%20efficacy%20GB%20pdf.pdf

Bascia, N. et Osmond P. (2013) Les relations entre les syndicats d'enseignants et les gouvernements dans un contexte de réforme de l'éducation.OISE University of Toronto/Internationale de l'Éducation http://download.ei-ie.org/Docs/WebDepot/Teacher_Union_Study.pdf

Schleicher, A. (2011) Mise en place d'une profession enseignante de haute qualité : leçons du monde entier. Publication de l'OCDE http://dx.doi.org/10.1787/9789264113046-en

CSC/Internationale de l'Education (2013) TUAC Survey of Trade Unions Engagement with Governments on Education and Training.Document non publié. Disponible sur demande à l'adresse [email protected] ou [email protected]

Domaines de consultation

Cette enquête a également révélé que le degré d'implication variait fortement en fonction des domaines des politiques. Lorsque les syndicats ont été invités à citer les domaines de politiques éducatives pour lesquels ils étaient actuellement impliqués dans des discussions productives avec leur gouvernement, le développement professionnel des enseignant(e)s est arrivé en première position (21 réponses), suivi de près par les conditions de travail des enseignant(e)s et les questions d'égalité (19). Venaient ensuite les questions liées aux programmes scolaires (18), aux salaires et aux avantages (17), au soutien aux élèves ayant des besoins spécifiques (16), à l'évaluation des enseignant(e)s (15), à l'évaluation des élèves (14) et enfin, à l'évaluation des établissements scolaires (14).

Fait inquiétant, seuls neuf syndicats ont rapporté des discussions productives au regard du comportement des élèves, sept autres ont cité la recherche en matière d'éducation, et un seul syndicat a mentionné le développement scolaire et les conseils pédagogiques.

Politiques de formation

En ce qui concerne les politiques de formation, le commentaire de l'un des répondant(e)s a reflété la tendance générale à inclure les politiques d'éducation dans le cadre des consultations : « Généralement, en termes de plaidoyer, l'un ne va pas sans l'autre ».

Alors que la plupart des répondant(e)s ont déclaré que la notion d'« implication partielle » s'appliquait le mieux à leur situation globale, un plus grand nombre d'exemples d'implication totale (syndicats de 4 pays) – comme d'« implication inexistante » – a été mis en lumière en matière de développement des politiques de formation. En outre, dans le domaine de la mise en œuvre, un nombre plus important de syndicats a fait état d'une implication inexistante (4) par rapport à une implication totale (2). Un nombre plus restreint de répondant(e)s a pu identifier des thèmes spécifiques en cours de discussion dans ce domaine, par rapport aux politiques d'éducation. Seuls 15 syndicats ont déclaré pouvoir s'adresser à leur gouvernement lorsqu'ils en avaient besoin.

Les répondant(e)s ont dressé la liste des thèmes prioritaires en matière de politiques de formation, ayant fait l'objet de discussions productives : les programmes scolaires (17 syndicats), le développement professionnel (16), les questions d'égalité (14), les salaires et les avantages (13), ainsi que les conditions de travail (11). Certaines questions spécifiques relatives aux politiques de formation, telles que la formation des adultes (13), les compétences (11), la stratégie de formation des jeunes (10) ou encore le financement des formations (10), ont fait l'objet d'un nombre inférieur de consultations.

Enquête sur la consultation avec les gouvernements

A la lumière de cette situation, l'IE a récemment mené une enquête auprès des syndicats participant régulièrement au groupe de travail sur l'éducation, la formation et les politiques de l'emploi de la Commission syndicale consultative (CSC) auprès de l'OCDE, sur la nature des consultations entre les gouvernements et les syndicats de l'éducation.

Vingt-quatre syndicats ont répondu à ce sondage, dont dix-huit syndicats d'enseignants. Si la majorité des répondant(e)s ont déclaré être partiellement impliqué(e)s auprès des gouvernements dans le cadre du développement et de la mise en œuvre des politiques d'éducation, ils/elles ont également confié que ces relations n'étaient pas entièrement satisfaisantes. Seuls les syndicats de quatre pays se sont déclarés pleinement impliqués auprès de leur gouvernement. Les syndicats de deux pays ont quant à eux révélé n'entretenir aucune relation de ce type. Le degré d'implication des syndicats dans la mise en œuvre de politiques est légèrement inférieur à celui du développement de politiques. Les syndicats de trois pays ont fait état d'une implication totale à cet égard, tandis que trois autres n'en ont indiqué aucune.

Les syndicats ont déclaré qu'en règle générale, les gouvernements organisaient eux-mêmes les consultations. Cependant, le nombre de répondant(e)s ayant rapporté une existence partielle de ce type de relations était supérieur à ceux indiquant une implication totale. Au sein d'un même pays, les syndicats ont parfois répondu différemment. Ces divergences reflètent souvent le fait que les gouvernements entretiennent des relations différentes avec les syndicats, en fonction de leur secteur