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#8Mars : La question du genre dans l'enseignement au Maroc, par Fatima Echaabi

Publié 9 mars 2018 Mis à jour 13 mars 2018
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La notion d’égalité des genres et le concept du genre ont toujours constitué un souci pour les activistes des droits humains et ceux des femmes en particulier tout au long des décennies post-coloniales.

Depuis la première décennie du 3e millénaire, et même quelques années avant, le Maroc a entamé un processus de démocratisation en établissant des réformes politiques et sociales portant sur le respect des droits humains et des libertés publiques marquant ainsi une certaine rupture avec un passé qualifié de « sombre ».

Lesdites réformes ont pu instaurer de nouvelles lois non seulement pour inculquer de nouveaux comportements et de nouvelles habitudes au sein de la société, mais aussi pour une réconciliation des citoyen(ne)s avec leur histoire, leur identité et leur régime politique. On peut citer, à titre d'exemple, la participation de l'opposition (à savoir la Gauche) au gouvernement d'alternance, la création de l'Instance Equité et Réconciliation et toutes les recommandations qui en découlent, l'instauration d'un système de quota en faveur des femmes lors des élections (2002 pour les législatives et 2009 pour les communales), la réforme du Code du Statut personnel devenu Code de la Famille, le chantier de l'Initiative nationale du développement humain (INDH) qui a permis, entre autres, l'alphabétisation et l'amélioration de la situation économique des femmes notamment en milieu rural, ainsi que d'autres dispositions telles que la création d'une Commission Consultative sur l'Egalité au sein des communes territoriales et des conseils régionaux après 2011.

« Engagé dans un processus démocratique, l’Etat inscrit son action dans une politique progressive d’égalité entre hommes et femmes, initiée par le gouvernement en 1998 avec le PANIFD, poursuivie sous diverses formes (élaboration de stratégies sectorielles, campagnes de sensibilisation, études, enquêtes…etc.) et concrétisée formellement par l’adoption consensuelle du quota pour les élections législatives de la Chambre des représentants de 2002 et légalement par un mouvement de réformes juridiques important marqué par la réforme du code du statut personnel, en 2004, devenu code de la famille ». Extrait du rapport du Haut-Commissariat au Plan (HCP), décembre 2006.

L'égalité homme-femme ne peut donc avoir lieu sans ce processus de démocratisation de même que celle-ci ne peut être concrétisée sans une prise de conscience collective et une assimilation complète des concepts et valeurs qui contribuent à sa construction, tels les concepts d'égalité, d’équité, de justice sociale ou encore de parité. L'Agenda du gouvernement pour l'Egalité 2009-2011 proposait justement l'accès équitable des filles et garçons à tous les domaines, dont l'éducation, afin d'aboutir à une société développée et équilibrée. La dernière version de la Constitution marocaine (juillet 2011) souligne dans plusieurs de ses articles cette notion d'égalité appelant à couper avec toutes sortes de discriminations envers les femmes (ex. article 19).

L'approche du genre dans le système éducatif marocain

Depuis le premier Forum Mondial sur l'Education tenu à Dakar en avril 2000, plusieurs objectifs ont été tracés à court-terme pour les plus urgents, et d'autres à moyen et long-terme, les plus urgents étant ceux qui visent à généraliser l'accès et le droit à l'éducation pour tou(te)s et à éliminer les disparités entre les genres dans le primaire et le secondaire. De même, pour les conférences Internationales sur l'enseignement supérieur, la question de l'égalité homme-femme en a toujours constitué le point d'intérêt depuis la Conférence de Paris tenue en octobre 1998.

Au Maroc, la prise de conscience sur l'égalité des genres dans le secteur de l'éducation a toujours été le combat de la société civile, des syndicats et des partis politiques progressistes. Elle n'a été explicite de manière officielle qu'après la proposition de l'Agenda gouvernemental pour l'Egalité 2009-2012 par le ministère de la Famille et la Solidarité au Gouvernement d’Abbass Elfassi.

A ce propos, le ministère de l'Education Nationale et de la Formation Professionnelle a élaboré avec l'Union Européenne en 2012 un Contrat de service (n° 2012/301-300) visant une stratégie d'appui à la mise en œuvre du Plan d'action stratégique à moyen-terme pour l'institutionnalisation de l'égalité entre les genres dans le système éducatif au Maroc. Trois axes constituent ladite stratégie: le Processus d'institutionnalisation des concepts d'égalité et de genre; l'élaboration de stratégie et d’outils de communication genrés; et la budgétisation sensible au genre. La mise en œuvre des axes cités a eu lieu dans toutes les institutions relevant des Académies régionales d'éducation et de formation du royaume pendant 15 mois (de janvier 2013 à mars 2014). Cette mise en œuvre a nécessité une méthodologie de travail basée sur deux outils essentiels: la formation et l'accompagnement avec une forte approche participative aussi bien du corps administratif que du corps pédagogique.

Mais qu'en est-il de la réalité de l'égalité entre les genres au sein du système éducatif?

La situation, selon notre constat basé en partie sur celui des rapports ; soit du ministère de tutelle soit des différents organismes de la société civile, est le suivant:

  • le nombre des enfants (filles et garçons) scolarisés au Maroc est, certes, en croissance continue. Cependant, celui des filles dans certaines périphéries urbaines et quelques zones rurales (surtout montagneuses) n'est guère satisfaisant;
  • le nombre de bachelières dépasse celui des bacheliers, de même que le nombre des filles inscrites en études supérieures (au niveau de la licence) est plus élevé que les garçons. Par contre, le nombre des inscrites en masters et doctorats est bien inférieur;
  • le nombre de femmes enseignantes (primaire et secondaire) a beaucoup augmenté, mais combien de femmes sont directrices régionales ou présidentes d'académies? Encore trop peu;
  • le nombre d’enseignantes-chercheuses est en nette augmentation, mais les postes à responsabilité et de décision restent dominés par les hommes. Très peu de femmes occupent les postes de doyenne, vice-doyenne, secrétaire générale, responsable du budget, directrice d'école supérieure, et encore moins celui de présidente d'université; et
  • la question se pose également au niveau syndical: le nombre de femmes enseignantes adhérentes aux différents syndicat nationaux de l'enseignement est aussi important que celui de leurs collègues hommes, mais le pourcentage de la présence féminine dans les bureaux exécutifs ou les comités administratifs est vraiment minime!

En guise de conclusion, on peut dire que la notion de l'égalité des genres dans notre système éducatif est encore mal assimilée malgré les efforts colossaux des un(e)s et des autres. La mentalité « machiste » bien ancrée dans une tradition culturelle et cultuelle aussi bien chez l'homme que chez la femme demeure l'obstacle majeur. Tout changement vers l'égalité reste étroitement lié à une volonté politique en plus du combat quotidien des mouvements militants.

Ledit changement commence d'abord par:

  • la diffusion d'une image positive et objective de la femme par la diffusion du savoir, à travers les manuels scolaires et publications, ou encore en se méfiant des enjeux de certaines traductions (idées déviées et mal interprétées);
  • l'éducation des enfants au sein de la famille au principe de l'égalité et du respect de l'autre. Ceci sous-entend des parents instruits et imprégnés de ces valeurs ;
  • la prise de conscience des responsables du champs médiatique du rôle éducatif des médias audiovisuels; et
  • l'adoption d'un quota de représentativité féminines supérieur ou égal à 30 pour cent (visant la parité) dans les statuts et lois qui régissent aussi bien l'enseignement que les syndicats.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.