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« Un leadership déterminé et une action concertée sont nécessaires pour éradiquer la pandémie de la discrimination raciale », par Patrick Roach.

Écrit par: Patrick Roach Publié 2021-03-19 Mis à jour 2021-03-19

La veille de la Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale semble un moment opportun pour organiser une rencontre entre les syndicats du Royaume-Uni dans le cadre de la Conférence des travailleur·euse·s noir·e·s du Trades Union Congress (TUC), afin de développer un programme progressiste contre le racisme à la date anniversaire du premier confinement national lié au coronavirus. Au cours de l’année écoulée, le pays a plongé dans un état d’urgence au niveau sanitaire, au niveau économique ais aussi en termes de justice raciale. La pandémie et la réponse du gouvernement à cette dernière ont rouvert les profonds stigmates du racisme structurel qui continue de frapper et de corrompre notre pays et notre économie.

Les travailleur·euse·s et les communautés noir·e·s durement touché·e·s par la pandémieLe racisme structurel continue de léser ces communautés et de limiter l’espérance de vie. Les chiffres révèlent une sombre réalité : les communautés noires enregistrent les taux les plus élevés de décès dus à la COVID-19. Elles ont été systématiquement négligées par les mesures du gouvernement, qui étaient censées nous protéger tou·te·s face à la pandémie. L’analyse réalisée par le TUC montre que le taux d’emploi des travailleur·euse·s noir·e·s a chuté de 5,3 % au cours de l’année écoulée, contre 0,2 % pour les travailleur·euse·s blanc·he·s. La baisse de l’emploi lors de la pandémie a été 26 fois plus élevée chez les travailleur·euse·s noir·e·s que chez les travailleur·euse·s blanc·he·s.  Environ 1 travailleur·euse noir·e sur 12 se trouve désormais sans emploi, contre 1 sur 22 parmi les travailleur·euse·s blanc·he·s. Les travailleur·euse·s noir·e·s à Londres enregistrent un écart de rémunération lié à leur origine ethnique de 24 %. Les travailleur·euse·s noir·e·s sont nettement plus susceptibles d’occuper des emplois précaires, très souvent via des contrats zéro heure ou du travail intérimaire.

Les femmes noires ont deux fois plus de chances que les femmes blanches d’être touchées par l’insécurité de l’emploi. Elles étaient par ailleurs moins susceptibles de bénéficier d’une protection financière lors de la pandémie. Il est affligeant de constater que les femmes noires ont toujours quatre fois plus de risques de mourir au cours d'une grossesse ou d'un accouchement. La pandémie de COVID-19 a révélé de manière encore plus flagrante cette disparité. Les jeunes d’origine noire sont plus susceptibles d’être au chômage que les blanc·he·s, et ce à tous les niveaux de qualification. Àl’instar de ce qui s’est passé dans les années 1980 sous le gouvernement de Margaret Thatcher, les jeunes noir·e·s sont à nouveau confronté·e·s à la perspective bien réelle d’être laissé·e·s pour compte, à moins que des mesures déterminées et concertées ne soient prises afin de s’assurer que la réponse du pays à la pandémie garantisse la justice raciale. Dans le système éducatif, nous avons constaté que le racisme systémique continue de détériorer les conditions de vie des enfants noirs. Les garçons noirs ont trois fois plus de risques d’être exclus des écoles, trois fois plus de risques de se retrouver au chômage et sont plus susceptibles de finir en prison. En outre, les femmes noires sont victimes de discriminations multiples – elles ont deux fois plus de risques d'avoir des emplois précaires et effectuent des tâches plus dures et moins sûres par rapport à leurs homologues blanches. Il est scandaleux de constater que, depuis le début de la pandémie, les travailleur·euse·s noir·e·s ont été confronté·e·s deux fois plus souvent que les travailleur·euse·s blanc·he·s aux pratiques de « licenciement et réembauche » de certains employeurs  : 1 travailleur·euse noir·e sur 7 a été informé·e par son employeur qu’il·elle risquait de perdre son emploi s’il·elle n’acceptait pas de moins bonnes conditions de travail, contre 1 travailleur·euse blanc·he sur 13. Les travailleur·euse·s noir·e·s ont été systématiquement les premier·ère·s touché·e·s par les pertes d’emploi lors de la pandémie. Dans chaque secteur économique ayant enregistré des pertes d’emploi, les travailleur·euse·s noir·e·s en ont payé le plus lourd tribut. Et lorsque les travailleur·euse·s noir·e·s ont conservé leur emploi, non seulement ils·elles sont plus susceptibles d’occuper des emplois mal payés et précaires, mais il·elle·s ont aussi trois fois plus de risques de mourir de la COVID-19. Nos communautés continuent de subir des attaques racistes dans les rues et d’être victimes de discrimination lors des arrestations et des contrôles effectués par la police. Dans ce contexte de pandémie, les Noir·e·s et les Asiatiques ont 54 % plus de risques que les blanc·he·s d’être verbalisé·e·s en raison des mesures contre le coronavirus.

Les syndicats réclament la justice raciale dans le cadre des mesures d’urgence pour lutter contre le coronavirusEn tant que syndicats, communautés et travailleur·euse·s noir·e·s, nous ne voulons plus d’excuse. Nous ne voulons plus de délai. Le gouvernement n’a pas tenu sa promesse de mettre un terme à l’injustice raciale : au contraire, il a  réduit les budgets des organes chargés de l’application des lois en matière d’égalité et a refusé de publier des évaluations de l’impact sur l’égalité raciale des mesures d’urgence mises en place au cours de l’année écoulée. Il est grand temps que le gouvernement cesse de faillir à sa promesse en matière d’égalité. Il doit agir. Notre mouvement syndical exige un changement. Et c’est précisément ce à quoi nos syndicats œuvrent dans le cadre des activités du groupe de travail contre le racisme du TUC. Nous ne resterons pas les bras croisés alors que le racisme continue de sévir et que les travailleur·euse·s noir·e·s et blanc·he·s sont dressé·e·s les un·e·s contre les autres face à l’injustice raciale qui persiste. Les syndicats, tels que la NASUWT, œuvrent en vue de créer une nouvelle génération de militant·e·s déterminé·e·s à faire campagne contre le racisme sur le lieu de travail et à travailler de pair avec les organisations de la société civile. Nous sommes résolu·e·s à faire de la lutte contre le racisme une priorité, partout où il sévit – dans notre système éducatif, au sein de notre gouvernement, sur le lieu de travail, ainsi qu'au sein de nos syndicats. Il est grand temps que le gouvernement s’engage également. Garantir l’application de la loi sur l’égalité (Equality Act) constituerait un premier pas. Toutefois, des actions sont également nécessaires afin de contraindre les employeurs à déclarer les écarts de rémunération liés à l'origine ethnique, de mettre en place un plan d’action national pour lutter contre les inégalités raciales au travail, dans la santé, l’éducation et la justice, d’interdire les contrats zéro heure, et de consolider les droits des travailleur·euse·s précaires. Des mesures proactives sont par ailleurs nécessaires pour prévenir la hausse du chômage et améliorer le filet de sécurité sociale pour les personnes qui perdent leur emploi. De surcroit, nous avons besoin d’une législation qui garantit des protections plus fortes pour tou·te·s les travailleur·euse·s, ainsi que de programmes scolaires qui abordent les injustices historiques favorisant le racisme structurel. Un plan de redressement national créerait les conditions nécessaires pour mettre un terme au racisme au sein de nos communautés et sur nos lieux de travail. La pandémie de racisme peut être éradiquée, mais cela nécessitera un leadership déterminé et une action concertée.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.