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« Investir dans l’éducation : une nécessité pour se relever de la pandémie et atteindre les ODD », par Dennis Sinyolo.

Écrit par: Dennis Sinyolo Publié 2021-04-28 Mis à jour 2021-04-29

La pandémie de COVID-19 continue de dévaster les communautés et de mettre à l’épreuve les systèmes éducatifs du monde entier.

Les enquêtes de l’Internationale de l’Éducation visant à évaluer l’impact de la COVID-19 sur l’éducation montrent que les écarts en termes d’équité et de qualité n’ont cessé de s’accentuer en raison de la pandémie (voir des exemples ici et ici).

Dans un grand nombre de pays en développement, il est rare que l’apprentissage ait pu se poursuivre durant la fermeture des écoles, principalement en raison de la fracture numérique. Les pays africains sont nombreux, en effet, à manquer d’infrastructures et d’outils de base pour assurer un enseignement et un apprentissage en ligne efficaces.

Si certaines initiatives telles que la diffusion de programmes télévisés, ou autres, ont bien été tentées, aucune d’entre elles n’aura été suffisante pour garantir le droit à une éducation de qualité aux élèves les plus marginalisés, notamment aux enfants des zones rurales, en situation de handicap, migrants ou réfugiés. Les filles ont été les plus touchées par la pandémie et le risque est bien réel de voir un grand nombre d’entre elles ne pas pouvoir retourner à l’école, en raison d’une grossesse, d’un mariage précoce, du travail des enfants ou d’autres entraves à leur scolarité.

Menée par l’IE en 2019, l’évaluation des progrès en faveur de la réalisation du quatrième Objectif de développement durable (ODD 4) pour l’éducation de qualité indique que notre monde n’est pas sur la bonne voie. Malheureusement, la situation n’a cessé d’empirer depuis, en raison de la COVID-19, et les perspectives de réaliser cet ODD 4 à l’horizon 2030 sont aujourd’hui plus sombres que jamais.

La pandémie a mis à nu et aggravé les problèmes déjà présents dans les systèmes éducatifs à travers le monde. Une reprise complète et des progrès substantiels ne seront possibles que si les gouvernements et la communauté internationale investissent davantage d’argent dans l’éducation de qualité, équitable et inclusive, pour tous les individus.

Cette année, la Semaine mondiale d’action pour l’éducation (SMAE) sera l’occasion pour les éducateur·trice·s et leurs syndicats, les organisations de la société civile, les syndicats d’étudiant·e·s, les militant·e·s et l’ensemble des défenseur·euse·s de l’éducation d’unir leurs forces pour réclamer une augmentation et une amélioration du financement de l’éducation.

Je propose, dans cet article, trois principes fondamentaux pour augmenter le financement de l’éducation.

Principe 1 : respecter les engagements mondiaux en termes de financement de l’éducation.

Les gouvernements doivent respecter leurs engagements mondiaux à investir au moins 15 à 20 % du budget national ou au moins 4 à 6 % du PIB dans l’éducation. Un grand nombre de pays n’atteignent toujours pas ce seuil de référence décidé au niveau international (entre autres, plusieurs pays africains tels que la République démocratique du Congo, l’Érythrée, le Nigeria et le Zimbabwe). Selon le Rapport mondial de suivi sur l’éducation, les pays investissent en moyenne 4,4 % de leur PIB au niveau mondial. Les États africains investissent 16,8 % du montant total de leurs dépenses publiques dans l’éducation.

Il est d’une importance cruciale de rappeler que, avant 2015, le seuil pour le financement de l’éducation était fixé à 20 % du budget national et à 6 % du PIB.

La palette de ces différents engagements financiers est née d’une volonté de parvenir à un consensus en tenant compte des pays industrialisés dont la population est vieillissante. Comme l’indique le Cadre d’action pour l’éducation 2030, les pays en développement où la population est plus jeune doivent investir davantage (au moins 20 % du budget national ou au moins 6 % du PIB). Les pays industrialisés doivent respecter leur engagement à investir au moins 0,7 % de leur Produit Intérieur Brut (PIB) dans l’aide au développement et veiller à ce qu’au moins 20 % de ce montant soit affecté à l’éducation.

Principe 2 : accroître la taille du « gâteau » budgétaire à travers une taxation équitable et progressive.

Pour un grand nombre de pays en développement, le principal écueil reste la taille limitée du « gâteau » budgétaire qui, en toute logique, détermine la taille de la part attribuée à l’éducation. Quelques mesures simples pour augmenter le montant global du budget permettraient d’accroître massivement les ressources nationales disponibles pour l’éducation. Il serait possible, par exemple, d’augmenter le taux de pression fiscale en introduisant des politiques fiscales progressives ou de lutter contre l’évitement fiscal agressif, l’évasion fiscale, les exonérations fiscales et la corruption.

Tout investissement durable dans le personnel enseignant nécessite notamment de mobiliser en suffisance les recettes fiscales nationales et d’en allouer une part équitable à l’éducation. Une fiscalité équitable et progressive permettra toujours de mettre à disposition les ressources les plus importantes pour les budgets de l’éducation en général et pour le personnel enseignant en particulier.

Principe 3 : remettre en question les conditionnalités et les politiques des institutions financières internationales.

Les politiques de prêt des institutions financières internationales (IFI), telles que le Fonds monétaire international (FMI), imposent souvent des conditions destructives pour les pays en développement.

Il peut leur être demandé de plafonner leurs dépenses publiques et la masse salariale, ce qui rend difficile, voire impossible, pour les pays bénéficiaires d’investir une plus grande partie de leurs ressources nationales dans l’éducation et le personnel enseignant. Les politiques d’ajustement structurel et les plafonds budgétaires imposés par les institutions financières internationales ont limité la possibilité pour un grand nombre de pays en développement d’assurer la formation, le recrutement et la rétention du personnel enseignant qualifié.

Les études menées récemment par ActionAid et Oxfam montrent que les pressions sur la masse salariale ont été incorporées dans les prêts COVID-19 accordés par le FMI aux pays en développement. Ces pressions se sont soldées par un échec pour de nombreux États africains, ou d’autres pays en développement, qui ont tenté de se relever des conséquences des programmes d’ajustement structurel lancés dans les années 1980 et 1990.

Les IFI ne se limitent pas à imposer des conditionnalités punitives aux pays à revenu faible et intermédiaire, elles prescrivent ou financent également trop souvent des politiques et des programmes éducatifs destructeurs.

L’enseignement privé est souvent présenté comme la panacée concernant les problèmes liés à la qualité et à l’accès, en particulier pour les groupes les plus marginalisés. La Banque mondiale est réputée pour promouvoir la privatisation et la commercialisation de l’éducation, la concurrence et les évaluations normalisées, estimant à tort que ces initiatives contribueront à améliorer la qualité, alors qu’elles se traduisent souvent par un amincissement des programmes d’études et l’exclusion.

Conclusion

Les revendications en faveur du financement de l’enseignement public et la lutte contre la privatisation sont deux côtés d’une seule et même médaille. Raison pour laquelle, les syndicats de l'enseignement, la société civile et les défenseur·euse·s de l’éducation doivent continuer non seulement à réclamer une augmentation et une amélioration du financement de l’éducation, mais aussi lutter contre la privatisation et la commercialisation de l’éducation.