La lutte pour l’indépendance politique dans les salles de classe du Kurdistan irakien
Au Kurdistan irakien, un nouveau front de lutte est en train d’émerger à la suite des récentes élections du Conseil national irakien. Les éducateur·trice·s tirent la sonnette d’alarme au sujet de l’influence politique croissante dans les établissements scolaires et avertissent que le caractère sacré de l’éducation est menacé.
Les écoles ne devraient jamais être un lieu de manipulation politique
Pour Abdulwahed Mohammed Haje, président du Kurdistan Teachers’ Union (KTU), la question est claire : « Chacun et chacune comprend un fait important : les établissements d’enseignement n’appartiennent pas à une personne ou à un parti politique. Ils ne représentent pas uniquement un seul groupe de personnes. Ce ne sont pas des institutions qui doivent être utilisées par une tendance politique particulière pour servir ses propres objectifs. Les écoles ne devraient jamais être un lieu de manipulation politique. »
Et d’ajouter : « Les établissements d’enseignement sont considérés comme sacrés et extrêmement respectés. Ce sont des institutions nationales au service de chaque groupe de la société, c’est-à-dire des idéologies différentes, des contextes différents et des points de vue différents. En raison de leur importance, ils sont protégés. Personne n’a le droit d’interférer, à moins que ce ne soit pour améliorer l’éducation et servir ses objectifs véritables. »
Pression politique dans la salle de classe
Les récentes élections ont jeté un éclairage cru sur ce problème. Selon le KTU, des réunions politiques ont été organisées durant les heures de cours, avec des symboles et des foulards partisans. « De nombreux responsables d’établissement ont ouvertement fait campagne et demandé au personnel enseignant de voter pour un parti spécifique, en violation de la liberté individuelle et des droits humains », a indiqué M. Haje.
La pression n’a pas arrêté les enseignant·e·s. Dans certaines écoles, les élèves ont été invités à voter pour un parti spécifique et même d’apporter la carte d’électeur·trice de leurs parents. « Ils ont été victimes de menaces cachées, telles que des notes plus basses ou des sanctions. On leur a également promis de l’argent et des avantages, comme celui d’être admis aux examens », a ajouté M. Haje.
Le coût : érosion de la confiance et affaiblissement de l’éducation
Pour de nombreux·euses éducateur·trice·s, les conséquences sont catastrophiques. « Ce qui s’est passé n’est pas seulement une violation du caractère sacré de l’éducation, mais c’est aussi un crime grave contre l’avenir du système éducatif. Cela détruit la valeur de l’éducation. Si cela continue, les écoles deviendront de simples outils politiques. Chaque partie voudra les utiliser à son propre profit. Cela détruira les principes, le contrôle politique s’étendra partout et la paix sociale sera menacée », a averti M. Haje.
L’appel du président du KTU est dépourvu de toute ambiguïté : « Les postes de direction dans l’éducation, tels que les chefs et cheffes d’établissement, les assistants et assistantes et les enseignants et enseignantes, ne devraient être choisis qu’en fonction de leur mérite et non de leur appartenance politique. Personne ne devrait faire sa promotion ou se mettre en avant individuellement dans une école. Tout doit être fait pour les élèves. L’objectif est de former des gens éduqués pour le bien du pays. »
Appel à une réforme
Alors que la région se tourne vers l’avenir, le dirigeant du KTU et d’autres défenseur·euse·s de l’éducation exhortent les partis politiques et les responsables de l’éducation à faire marche arrière et à protéger l’indépendance des écoles. « Les écoles n’appartiennent pas à un parti. Elles appartiennent à la société, à son présent et à son avenir », a conclu M. Haje.