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Conclusion du SIPE : le personnel enseignant demeure au cœur de l’éducation

Publié 12 mars 2026 Mis à jour 2 avril 2026

Au terme de deux journées de débats riches et instructifs, le Sommet international sur la profession enseignante (SIPE) s’est conclu par une très large reconnaissance de la dimension relationnelle de l’éducation et par la prise d’engagements concrets de la part des délégations participantes.

Le dialogue entre ministres et syndicats de l’éducation était centré sur les trois thèmes du Sommet : l’évolution de la profession enseignante, l’autonomie du personnel éducatif et de la direction des établissements scolaires, et l’intelligence artificielle et la technologie éducative.

À propos du Sommet, Larry Flanagan, de l’Educational Institute of Scotland, a déclaré : « On nous demande d’exprimer clairement ce que nous valorisons dans l’éducation et ce que nous voulons protéger. Pour moi, cela est évident : l’humanité de la classe, la joie d’apprendre et le sourire des enfants. C’est dans nos écoles que nous préparons l’avenir de nos sociétés, alors soyons prudents. »

Il est ressorti des échanges relatifs à l’évolution de la profession enseignante que l’éducation demeurait fermement ancrée dans la relation décisive élève-enseignant·e. Les participant·e·s ont reconnu le défi mondial entourant le recrutement et la rétention des enseignant·e·s et qui, comme l’ont souligné les syndicats, résulte du niveau insuffisant des salaires ainsi que de la charge de travail déraisonnable. Alors que les gouvernements s’efforcent de remédier à la pénurie mondiale qui touche la profession, les syndicats ont insisté sur la nécessité de respecter les normes professionnelles. « À tous les niveaux, chaque enfant a le droit à un enseignant ou une enseignante ayant des qualifications », a insisté Flanagan.

L’importance de renforcer la confiance a été mentionnée parmi les principaux points à retenir des discussions sur l’autonomie du personnel éducatif et de la direction des établissements scolaires. Bien que la cohérence politique soit essentielle pour susciter la confiance à l’égard des systèmes, l’autonomie collaborative au sein même d’un système est le fondement sur lequel l’école façonne la démocratie au profit des sociétés.

L’IA dans l’éducation : des approches divergentes

Si tous les pays ont reconnu que les enseignant·e·s restaient les chevilles ouvrières d’une éducation de qualité, des divergences importantes ont été observées au sujet des modalités envisagées en ce qui concerne l’intégration de l’intelligence artificielle dans leurs salles de classe (comment et dans quelle mesure). Les gouvernements étaient plus prompts à voir les opportunités tandis que les enseignant·e·s et leurs syndicats préconisaient une approche plus prudente et appelaient à une réglementation accrue.

Les syndicats ont ainsi fait valoir que, si les avancées technologiques peuvent s’accompagner d’opportunités pour le personnel enseignant, elles risquent également d’accroître la pression sur une profession déjà mise à rude épreuve. « Dans les écoles estoniennes, nous faisons actuellement le nécessaire pour intégrer l’intelligence artificielle dans l’enseignement de manière avisée et responsable. La démarche exige des efforts supplémentaires de la part des enseignants et enseignantes et des ajustements continus de l’enseignement et de l’apprentissage. Ainsi, dans ce contexte de changements multiples, le Syndicat estonien du personnel éducatif plaide pour une prise en compte appropriée du bien-être et de la charge de travail des professionnels et professionnelles de l’éducation », a souligné Reemo Voltri, président du syndicat précité.

Ce point a été repris par la délégation espagnole, qui a souligné qu’il était absolument essentiel de proposer au personnel enseignant une formation de qualité à l’IA, mais que celle-ci devait être dispensée dans les limites de leurs heures de travail normales.

Des préoccupations ont également été soulevées au sujet de l’impact de l’IA sur le développement cognitif des élèves. Andreas Schleicher, directeur de la Direction de l’éducation et des compétences au sein de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a mis en garde contre le phénomène de « décharge cognitive » qui touche les élèves recourant à l’IA de manière excessive. « L’apprentissage s’inscrit dans un processus de confrontation sur le plan cognitif et implique de fournir certains efforts. Les élèves ne doivent pas se contenter de la facilité. »

Les syndicats ont également attiré l’attention sur l’impact potentiel de l’IA sur les compétences sociales des élèves. « Nous devons veiller à ce que les IA anthropomorphes les plus trompeuses ne commencent pas à tisser avec les enfants des liens que ces derniers sont censés nouer avec leurs enseignants, leurs amis et leurs pairs. Il va donc falloir réglementer », a déclaré David Edwards, secrétaire général de l’Internationale de l’Éducation.

Le personnel enseignant est irremplaçable

Tout au long des discussions, le point fondamental selon lequel les enseignant·e·s sont et doivent rester au cœur des systèmes éducatifs a été reconnu et appliqué.

« Une chose est absolument certaine : l’IA ne remplacera pas les enseignants et enseignantes. Nous constatons une pénurie de personnel, et non l’inverse », a souligné Kristina Kallas, ministre estonienne de l’Éducation et de la Recherche.

Un constat repris par le directeur de la Direction de l’éducation et des compétences au sein de l’OCDE, qui a noté ce qui suit : « Dans tous nos échanges, on retrouve une idée essentielle, à savoir que l’éducation est fondamentalement une entreprise humaine. Elle présente une dimension relationnelle, elle est basée sur la confiance et le lien. Il ne s’agit pas d’une entreprise transactionnelle que nous pouvons automatiser. »

« Aborder comme il se doit la question des outils, du temps et de la confiance, de manière délibérée et résolue, dans le respect et en veillant aux conditions propres à soutenir le personnel enseignant, avec les salaires qui conviennent et des opportunités propices à leur développement : voilà le fondement d’une éducation de qualité. Ce professionnalisme collaboratif est au cœur d’une éducation de qualité. Il s’agit de relations, de la relation élève-enseignant, et c’est ce que nous devons protéger. Et c’est cela même que ce dialogue doit s’efforcer de protéger », a conclu M. Edwards.

Prise d’engagements par les pays participants

Lors de la session de clôture du Sommet, chaque pays participant a présenté trois engagements concrets en vue d’améliorer ses systèmes éducatifs au cours de l’année à venir. Ces engagements feront l’objet d’un suivi durant l’année. l’Internationale de l’Éducation et l’OCDE surveilleront ainsi les progrès accomplis. Les engagements pris par les différents pays pourront être consultés sur le site Internet du SIPE 2026 (en anglais) au cours des prochains jours. Le rapport final du Sommet sera publié plus tard dans le courant de l’année.

Alors que les délégations regagnent leurs pays respectifs avec de nouvelles perspectives et une vision plus claire de l’avenir de l’éducation, les travaux préparatoires en vue du prochain Sommet international sur la profession enseignante commencent dès à présent. En 2027, l’événement sera accueilli par le Royaume-Uni.