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Mondes de l'éducation

Commission de la condition de la femme des Nations Unies : reconnaître les liens entre nos luttes et unir nos forces

Publié 30 mars 2026 Mis à jour 2 avril 2026
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Il y a toujours quelque chose de puissant dans le fait de se retrouver dans un espace où des femmes du monde entier sont réunies, chacune portant son histoire, ses responsabilités et les raisons qui l’ont menée là. On ressent le poids de tout cela, mais aussi une force partagée, celle qui naît du fait de savoir qu’on n’est pas seule dans ce travail. 

Il s’agissait de ma sixième participation à la Commission de la condition de la femme des Nations Unies (UNCSW), mais cette année, c’était différent. Cette année, j’ai participé en tant que membre de la délégation de l’Internationale de l’Éducation (IE), aux côtés de dirigeantes syndicales du secteur de l’éducation du Ghana, du Tadjikistan, des Bahamas, de Norvège, du Canada, d’Inde et du Royaume-Uni. L’événement n’a pas été aussi plébiscité que les années précédentes, et de loin, ce que beaucoup ont attribué au climat politique actuel, mais les discussions ont également semblé plus ciblées et étaient, à certains égards, animées d’un sentiment d’urgence accru.

Cette édition avait pour thème prioritaire : Garantir et renforcer l’accès des femmes et des filles à la justice. Il s’agissait par conséquent d’examiner de près le fonctionnement – ou les dysfonctionnements – des systèmes, de remettre en question les lois discriminatoires et d’identifier les obstacles d’ordre structurel qui continuent de limiter la pleine participation des filles et des femmes à la société, en sécurité. De grandes idées, certes, peut-être même trop grandes, tout du moins au premier abord, mais qui sont pourtant directement liées à ce que nous voyons chaque jour dans nos propres communautés et écoles.

La Commission de la condition de la femme est l’un des rares espaces à proposer aux femmes du monde entier de se réunir dans un tel format : différentes langues, cultures et expériences vécues, et un attachement commun à garantir l’égalité entre hommes et femmes et les droits humains. Cette année, je ne pouvais ignorer l’absence de voix autochtones d’Amérique du Nord dans bon nombre de ces espaces. S’agissant d’un rassemblement sous l’égide des Nations Unies, et alors que le bâtiment lui-même est situé sur les terres ancestrales des Lenapes, cette absence est à déplorer. Nous devons la souligner, en particulier dans des lieux où se prennent des décisions à caractère mondial.

À travers l’IE, et aux côtés de nos collègues du Congrès du travail du Canada (CTC), nous avons garni les rangs d’une importante délégation syndicale mondiale. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec la Confédération syndicale internationale (CSI), aux côtés d’autres partenaires syndicaux mondiaux comme l’Internationale des Services Publics (ISP). Les syndicats se sont exprimés d’une voix claire et résolue, reflétant une même compréhension des priorités communes concernant les droits des travailleuses, l’équité et des systèmes publics solides.

Les Conclusions concertées, le document que les États membres négocient et adoptent et qui décrit les engagements à prendre pour aller de l’avant, comptent parmi les résultats les plus importants de la Commission de la condition de la femme. Le processus n’est pas simple. Les pays défendent des perspectives très différentes et la tension est parfois manifeste au cours de la discussion.

Les syndicats ont activement plaidé en faveur de l’inclusion de conditions de travail sûres et équitables dans le document final. Cet aspect est important, car il existe un lien marqué entre l’égalité de genre et les conditions de travail. Il s’agit de sécurité, de salaires équitables et de protection contre la violence, autant d’enjeux réels qui touchent les femmes au quotidien, y compris celles qui travaillent dans l’éducation et les services publics.

Certains moments m’ont également rappelé à quel point le progrès peut être fragile. Au cours des négociations, certains pays, les États-Unis en tête, ont demandé la révision de certains éléments de langage dans les documents, afin de revoir la définition du genre et restreindre la définition aux termes « homme » et « femme‏ ». Le langage initialement proposé, plus inclusif, a été adopté, mais cela souligne combien les valeurs axées sur l’accessibilité, l’inclusion et l’équité sont attaquées. Aujourd’hui plus que jamais, nous devons faire preuve de vigilance, afin de faire respecter les normes qui nous protègent toutes et tous.

À la fin de la session, les États membres ont adopté les Conclusions concertées, en mettant l’accent sur le renforcement de l’accès à la justice. L’accord comprend des engagements en faveur d’une réforme juridique, de l’élimination des lois discriminatoires et de l’élimination des obstacles systémiques, qui empêchent les femmes et les filles de participer concrètement à la société, en sécurité.

Pour moi, en tant qu’Anishinaabekwe (femme des Premières Nations), mère, éducatrice et dirigeante syndicale, ces discussions tenues à l’échelle mondiale sont toujours liées à ce que nous voyons dans nos communautés. La violence fondée sur le genre continue de sévir partout en Amérique du Nord et affecte les femmes et les filles autochtones de façon disproportionnée. Lorsque nous parlons de justice, il est important de reconnaître les aspects encore défaillants des systèmes, les cas dans lesquels les dispositifs de soutien sont inaccessibles, inéquitables ou inadaptés à la réalité culturelle.

Ma présence ici à la Commission de la condition de la femme, entourée de femmes du monde entier, en écoutant leurs expériences et en reconnaissant les liens entre nos luttes, m’a confirmé que ce travail est un effort commun. Il se peut que nous vivions des expériences différentes, mais bon nombre des défis que nous rencontrons sont les mêmes, tout comme la nécessité d’une action collective.

En tant que travailleuses de l’éducation, ce travail est le nôtre, peu importe le nom que nous lui donnons. Les écoles sont des lieux où ces réalités deviennent visibles, mais ce sont aussi des lieux où le changement peut prendre effet. L’éducation publique a la responsabilité de créer des environnements plus sûrs et plus inclusifs, et d’aider les élèves à comprendre l’équité, la justice et leur rôle dans la construction de cet avenir.

En tant que syndicalistes, certaines responsabilités nous incombent également. Notre travail ne porte pas seulement sur les contrats et les conditions de travail, mais aussi sur le maintien de la dignité, de l’équité et du plaidoyer. Le travail que nous accomplissons par le biais de la négociation, du soutien aux membres et du plaidoyer public est directement lié à la lutte contre les obstacles systémiques et à la promotion de la justice de genre. Des syndicats forts contribuent à des systèmes publics solides, et ces deux aspects ont leur importance.

En quittant la Commission de la condition de la femme, je garde à l’esprit que les engagements mondiaux n’ont d’importance que si nous les transposons dans notre travail quotidien et dans nos interactions avec celles et ceux qui nous entourent. Les échanges menés dans l’arène des Nations Unies doivent se poursuivre dans nos salles de classe, nos écoles, nos syndicats et nos communautés.

Parce que l’accès à la justice ne doit pas rester un sujet de discussion sur les forums mondiaux : c’est un droit qui revient à nos élèves, à nos familles et à nos communautés, et toutes et tous devraient pouvoir en jouir dans leur vie quotidienne.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.