L'Internationale de l’Éducation et ses affiliés se mobilisent pour les enseignant·e·s et les élèves frappés par la guerre au Moyen‑Orient
L’Internationale de l’Éducation (IE) a réuni des syndicalistes de l’éducation du monde entier à l’occasion d’un webinaire de solidarité avec des organisations membres affectées par la guerre au Moyen‑Orient. Lors de cette rencontre en ligne, qui donnait la parole à des enseignant·e·s et des syndicalistes directement touché·e·s par le conflit, les membres de l’IE ont réaffirmé leur appel à un cessez‑le‑feu immédiat, à la protection des communautés scolaires et à un engagement en faveur de la paix dans la région.
« Nous sommes ici aujourd’hui parce que nos syndicats font le choix de la solidarité. Nous choisissons la paix. Et nous choisissons de protéger les enfants ainsi que celles et ceux qui les éduquent », a déclaré le président de l’IE, Mugwena Maluleke, qui a présidé la réunion.
« Si l’attention se porte aujourd’hui sur le Moyen‑Orient, ces crises reflètent des dynamiques mondiales que l’on observe également au Soudan, en République démocratique du Congo, en Ukraine et dans de nombreuses autres régions touchées par les conflits : des régions où les salles de classe se vident, où des enseignant·e·s et des élèves sont tués, et où l’avenir des enfants est menacé», a‑t‑il ajouté.
La session a été marquée par des témoignages de dirigeantes et dirigeants syndicaux du Bahreïn, d’Iran, d’Irak, du Koweït, du Liban, de Palestine et de Syrie. Ces interventions ont mis en lumière les réalités quotidiennes de la violence, des déplacements forcés, de la destruction des écoles, des crises humanitaires et économiques, ainsi que les pressions immenses que subissent les enseignantes et enseignants dans leurs efforts pour sauvegarder l’apprentissage.
Des membres du Bureau exécutif de l’IE, Jalila al Salman (Bahreïn) et Manal Hdaife (Liban), également présidente de la Structure transrégionale des pays arabes, étaient présentes afin de relayer les voix de la région.
Ce webinaire en ligne, tenu le 2 avril, s’est déroulé dans un contexte d’escalade du conflit dans la région, à la suite d’attaques de grande ampleur lancées le 28 février 2026 par les États‑Unis et Israël contre l’Iran. La campagne militaire a inclus des frappes aériennes, de missiles et de drones répétées sur l’ensemble du territoire iranien, visant des installations militaires, des infrastructures liées au nucléaire, des systèmes énergétiques, des réseaux de transport et, de plus en plus, des zones civiles et des institutions publiques. L’Iran a riposté en menant des attaques contre Israël, des bases américaines et des États du Golfe.
Au moins 30 universités et des dizaines d’écoles ont été endommagées ou détruites. Des millions de personnes sont confrontées à des pénuries d’électricité, à l’inflation et aux déplacements forcés. Depuis le début de la guerre, les autorités iraniennes ont également intensifié la répression interne, multiplié les arrestations massives et imposé des coupures d’internet.
Au Liban, qui constitue un autre front du conflit, les hostilités se traduisent par des frappes aériennes et des opérations terrestres israéliennes sur le territoire libanais, ainsi que par des attaques de roquettes et de drones menées par le Hezbollah contre Israël. Selon diverses sources, plus de 1 000 civil·e·s ont été tué·e·s et plus de 1,2 million de personnes ont été déplacées. Les écoles, les hôpitaux et les infrastructures civiles ont été à plusieurs reprises pris pour cibles, et environ 70 % des écoles publiques sont aujourd’hui utilisées comme abris.
Si chaque pays est confronté à des défis spécifiques, les participant·e·s ont clairement souligné qu’il ne s’agit pas de crises isolées. Les témoignages ont au contraire dressé le tableau d’une catastrophe régionale unique et interconnectée, alimentée par une guerre imposée et une instabilité permanente.
Les systèmes éducatifs de l’ensemble de la région sont au bord de l’effondrement. Des écoles ont été détruites, fermées ou transformées en refuges pour les familles déplacées. Dans certains pays, les établissements et les élèves ont été contraints de recourir à l’enseignement en ligne malgré les coupures d’électricité et d’autres obstacles majeurs. Cette approche n’est ni inclusive ni durable dans le contexte actuel : de vastes zones de la région ne disposent pas d’un accès fiable à internet, ni à l’électricité, ni à des infrastructures numériques adéquates, ni même d’équipements informatiques de base.
Les budgets de l’éducation publique se réduisent alors que l’inflation augmente fortement, entraînant une instabilité salariale sévère pour les enseignant·e·s et les personnels de l’éducation. Au Kurdistan, au Liban, en Palestine et en Syrie, les enseignant·e·s ne perçoivent pas leur salaire ou ne sont payé·e·s que partiellement : les rémunérations sont retardées, irrégulières ou insuffisantes, rendant impossible le fait de subvenir aux besoins de leurs familles ou d’enseigner dans des conditions dignes.
Dans de nombreux pays, les droits syndicaux font également l’objet de restrictions croissantes, ce qui fragilise davantage encore des systèmes éducatifs déjà précaires.
Les responsables syndicaux·ales ont décrit l’ampleur de la destruction - massacres de masse, déplacements forcés et ciblage systématique des infrastructures civiles, notamment des écoles - comme un traumatisme régional collectif. Nombre d’entre eux et elles ont qualifié la situation de génocide à l’encontre des peuples de la région et de leur avenir.
Ils et elles ont également souligné que la crise actuelle est le résultat de violences prolongées, d’une paralysie politique et de l’échec de la communauté internationale à faire respecter le droit international, à protéger les populations civiles et à garantir le droit à l’éducation. Chaque jour d’inaction aggrave la catastrophe humanitaire et normalise la destruction des systèmes éducatifs ainsi que l’appauvrissement des personnels de l’éducation.
Au nom de leur région, les dirigeants et dirigeants syndicales ont lancé un appel clair à un « cessez‑le‑feu immédiat et inconditionnel, fermement ancré dans les droits humains », et ont exhorté les syndicats à faire pression sur leur gouvernement afin qu’il agisse de manière décisive et immédiate.
Un appel a été lancé à :
- Mettre fin au meurtre d’enfants, assurer la protection des enseignant·e·s et cesser la destruction des systèmes éducatifs ;
- Garantir explicitement la protection de l’éducation et des écoles : les écoles ne doivent jamais être prises pour cibles, occupées ni militarisées ;
- Fournir un soutien financier et humanitaire urgent pour stabiliser les salaires des enseignant·e·s et soutenir les familles déplacées ;
- Rétablir les services publics ;
- Soutenir l’éducation en situation d’urgence par le renforcement de capacités, la formation et la fourniture de matériel pédagogique et d’éducation en situations d’urgence ;
- Garantir le plein respect des droits syndicaux ; et
- Associer les syndicats de l’éducation à l’ensemble des processus de planification d’urgence et de reconstruction.
« Dans ce moment de crise profonde, notre solidarité en tant que syndicats de l’éducation n’est pas seulement un devoir moral, mais un impératif politique : se tenir uni·e·s pour défendre le droit à l’éducation, protéger nos collègues et défendre les valeurs communes qui sont aujourd’hui attaquées », a déclaré le secrétaire général de l’IE, David Edwards. « Nous ne vous laisserons pas seuls », a t il ajouté.
Le président de l’IE, Mugwena Maluleke, a réaffirmé l’engagement de l’IE en faveur de la paix et salué le soutien indéfectible des membres à l’éducation en temps de crise, ainsi que leur solidarité au‑delà des frontières.
« Votre courage, votre sincérité et votre détermination nous rappellent pourquoi la solidarité n’est pas un slogan, mais une ligne de vie. Les syndicalistes de l’éducation tiennent bon au milieu de la guerre, des déplacements, de la peur et de pertes immenses. Ils et elles continuent de s’organiser, de soutenir et de défendre le droit à l’éducation. »
Mugwena Maluleke a ajouté : « Nous savons que les syndicats de l’éducation sont souvent les derniers espaces démocratiques encore debout lorsque la société s’effondre autour d’eux. Nous devons être la voix mondiale qui exige la paix, un cessez‑le‑feu et des solutions politiques négociées, car les enfants ne peuvent pas apprendre dans une guerre permanente. »
Il a conclu le webinaire en relayant l’appel des membres de l’IE: « Nous appelons à la protection des populations civiles. Nous appelons à la protection des écoles. Nous appelons à un accès sûr et sans entrave à l’aide humanitaire. Nous appelons à la protection des personnels de l’éducation. »