Les syndicats francophones appellent à investir dans l’enseignement public et renforcer le dialogue social
Le Comité Syndical Francophone de l’Éducation et de la Formation (CSFEF) renforce ses efforts dans son combat contre la marchandisation, pour l’investissement public et un dialogue social au cœur des décisions et ancré dans les preuves.
Réuni à Dakar, au Sénégal, du 18 au 21 mai 2026, le Bureau du CSFEF a tiré la sonnette d’alarme face à l’expansion de l’enseignement privé, tout en consolidant sa stratégie de plaidoyer tournée vers l’investissement public, le renforcement syndical et l’appropriation syndicale des résultats du PASEC.

Contre la privatisation et la commercialisation de l‘éducation
Marième Sakho Dansokho, vice-présidente de l’Internationale de l’Éducation (IE) pour la région Afrique, a souligné que « l’IE félicite le CSFEF et apprécie à sa juste valeur, son ancrage dans l’IE matérialisé par un rapprochement renforcé notamment avec l’IE Afrique qui regroupe la majorité des syndicats qui composent le CSFEF ».

Pour elle, « le CSFEF contribue ainsi non seulement à renforcer les syndicats des pays francophones pour plus d’efficacité dans leur combat quotidien dans la quête d’une éducation publique de qualité pour toutes et tous mais également à développer un élan de solidarité entre les syndicats francophones ».
La francophonie syndicale doit représenter un outil permettant de relever les défis « de l’unité syndicale, du renforcement de la solidarité entre syndicats de pays francophones, qui agiront ensemble en égale dignité, qu’ils soient du nord ou du sud et de la promotion de la démocratie qui sous-tend la stabilité sans laquelle il est difficile d’envisager un système éducatif performant », a-t-elle ajouté.
Elle aussi explique que l’IE exhorte les syndicats francophones à s’engager dans la campagne La force du public : ensemble on fait école ! et « à s’imprégner des outils à leur disposition, tels que les Recommandations des Nations Unies sur la profession enseignante, l’Objectif de développement durable 4, la Stratégie continentale pour l’éducation en Afrique et les résultats de recherches menées par l’IE pour organiser leur plaidoyer et mettre les gouvernements face à leurs responsabilités. »
Elle a conclu en rappelant qu’en septembre 2026 se tiendra à Bahia, au Brésil, la 5e Conférence des femmes de l’IE, « l’occasion de relever le défi de la participation des francophones et de l’utilisation de la langue française », et où le CSFEF pourrait travailler à identifier les déléguées francophones, renforcer leurs capacités et connaissances, notamment sur le thème de la conférence, ‘Debout et unies pour la justice de genre : éduquer le monde, mener le changement, défendre la démocratie’, « pour une participation active et remarquée aux débats. »
Défendant l’éducation comme droit fondamental et bien public, Claire Guéville, présidente du CSFEF, a décrit une dynamique inquiétante au Sénégal, emblématique de tendances plus larges. « Le CSFEF veut alerter l’opinion publique sur la marchandisation croissante de l’éducation et de l’enseignement supérieur », a-t-elle déclaré, avant de préciser qu’ « au Sénégal, en un an, cinq écoles privées se sont ouvertes pour une seule école publique en moyenne ».
Dans cette concurrence faussée, a ajouté Luc Beauregard, secrétaire général du CSFEF, « des entreprises font des bénéfices sur le dos des familles et des enseignants, précarisés », ce qui « menace la cohésion des sociétés » et pose un défi commun aux pays francophones.
Un programme d’action : financement public, solidarité, et enjeux du moment
Le CSFEF a aussi arrêté un programme d’action pour l’année à venir articulé autour des priorités syndicales suivantes : promouvoir l’investissement public dans l’éducation, pour améliorer les conditions de travail des personnels ; suivre à l’échelle de chaque état concerné les résultats du Programme d’analyse des systèmes éducatifs (PASEC) qui seront publiés en octobre 2026, et développer la solidarité syndicale, à travers des échanges, en soutien aux pays en crise ou en guerre notamment.
Enfin, le CSFEF veut outiller les syndicats francophones pour affronter des enjeux éducatifs clés du moment: l’impact de l’IA à l’école, la montée de la violence, et l’éducation à la paix.
PASEC : faire entrer l’évaluation dans le champ du dialogue social
Au-delà des constats, la réunion de Dakar a confirmé une orientation stratégique : investir les espaces institutionnels de la Francophonie où se construisent les politiques éducatives, et y faire entendre une voix syndicale.
En tant qu’organisation internationale non gouvernementale accréditée auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le CSFEF possède un accès reconnu aux instances politiques de cet espace. Cette position, le CSFEF entend l’utiliser et renforcer ses liens avec la Conférence des ministres de l’Éducation des États et gouvernements de la Francophonie (CONFEMEN), l’organe politique de l’OIF pour le secteur éducatif.

Un dossier a ainsi dominé les échanges : celui du PASEC, piloté par la CONFEMEN, et qui évalue périodiquement les compétences des élèves du primaire, en lecture, écriture et mathématiques, dans plusieurs pays d’Afrique francophone. Et il a révélé une problématique non seulement technique, mais aussi politique et sociale : dans de nombreux pays, les syndicats n’ont pas été associés par les ministères nationaux en charge de l’éducation. Ainsi, le PASEC reste largement hors du champ du dialogue social.
IFEF : une coopération envisagée pour servir les personnels et l’égalité
En marge de la réunion, des audiences ont également eu lieu avec l’Institut de la Francophonie pour l’Éducation et la Formation (IFEF), l’organe de la CONFEMEN chargé de programmes d’appui aux politiques éducatives.
La rencontre, une première à ce niveau, a permis d’identifier plusieurs pistes de collaboration, dont un exemple concret autour du programme RELIEFH (Ressources éducatives libres pour l’égalité femmes-hommes). RELIEFH part du constat simple que l’égalité femmes-hommes est encore insuffisamment intégrée dans les curricula de plusieurs pays d’Afrique francophone, ce qui exige des outils, des contenus et des démarches pédagogiques utilisables par les enseignant·e·s au quotidien. Des « caravanes » d’information sont annoncées, notamment au Gabon à partir de septembre 2026, et le CSFEF prévoit de mobiliser son affilié sur place pour faciliter le lien et défendre une mise en œuvre utile sur le terrain.
Une action francophone reliée à La force du public au plan mondial
Le Bureau du CSFEF a par ailleurs inscrit son action dans la campagne La force du public : ensemble on fait école ! de l’Internationale de l’Éducation.
Il met en garde sur le fait que « sans investissement massif, stable et équitable dans les systèmes éducatifs, les États francophones ne pourront ni tenir les engagements issus des Objectifs du Millénaire pour le développement, ni atteindre l’Objectif de développement durable 4 sur l’éducation de qualité pour tous. Loin d’être une dépense de confort, l’éducation conditionne la réduction de la pauvreté, l’amélioration de la santé, l’égalité femmes hommes, la vitalité démocratique et la capacité à faire face aux crises économiques, sociales et climatiques. »
Or, rappelle-t-il, dans de nombreux pays francophones, des millions d’enfants restent hors de l’école ou en sortent sans maîtriser les compétences de base. Les rapports internationaux montrent un déficit massif de financement qui empêche de généraliser la scolarisation de base, de garantir des infrastructures dignes et de soutenir la transformation numérique des systèmes éducatifs. Trop souvent, l’éducation reste une variable d’ajustement budgétaire.
C’est pourquoi il rappelle que « l’avenir de la Francophonie se joue dans les écoles » et demande que les gouvernements consacrent au minimum 6% du PIB et 20% des dépenses publiques à l’éducation, seuils nécessaires pour former et recruter des enseignant·e·s, réduire la taille des classes, améliorer les conditions de travail, lutter contre les inégalités territoriales et de genre et garantir une éducation tout au long de la vie.
Une communication passée à la vitesse supérieure
La réunion de Dakar a mis en lumière une autre avancée : la communication. Le CSFEF a ainsi désormais une politique plus planifiée, combinant communiqués, relais médiatiques (comme Mediapart) et présence renforcée sur les réseaux sociaux. Il s’agit de construire une visibilité qui force la reconnaissance politique et défende les organisations membres, en rendant plus difficiles les tentatives de marginalisation des syndicats dans le débat éducatif.
Prochaines échéances favorables pour faire avancer le dialogue social
Une prochaine étape majeure est la publication des résultats du PASEC 2024 le 26 octobre 2026, avec une ambition pour le CSFEF : être présent au lancement des rapports et peser sur la manière dont ces résultats seront présentés, interprétés et utilisés.
Le CSFEF estime que cette publication peut ouvrir une période propice au dialogue entre syndicats et autorités gouvernementales dans les pays concernés, à condition que les organisations soient prêtes, formées et coordonnées pour jouer pleinement leur rôle de partenaire dans le dialogue social. Le CSFEF s’engage en ce sens et prévoit d’ores et déjà des formations de renforcement des capacités pour ses organisations membres.

Le CSFEF veut donc accompagner les organisations les plus engagées, notamment via des webinaires et des actions de renforcement de capacités, afin que les syndicats puissent s’approprier les rapports et construire un plaidoyer étayé. L’objectif est clair : quand un syndicat rencontre un ministre, il doit pouvoir appuyer ses recommandations sur des éléments précis des rapports pour imposer un rapport de force fondé sur des faits, sans renoncer au projet politique d’une école publique émancipatrice.
Vous pouvez lire le communiqué de Dakar du CSFEF en date du 17 juin ici.