L’éducation de qualité pour les réfugié(e)s toujours à la traîne un an après les engagements pris au niveau mondial

Alors que seules quelques modestes avancées ont été réalisées au cours de cette année depuis que les pays se sont engagés à promouvoir l’éducation des refugié(e)s lors du Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Assemblée générale des Nations Unies en 2016, de nouveaux appels sont lancés pour prendre des mesures immédiates. 

Dans son rapport « Losing Out On Learning » (les opportunités d’apprentissage manquées), Save the Children souligne que la lenteur des progrès nourrit les incertitudes des réfugié(e)s quant à leur avenir et empêche l’apport d’un soutien adéquat aux pays d’accueil. L’UNHCR affirme en outre qu’un nombre sans précédent de 65,6 millions de personnes ont été forcées d’abandonner leurs foyers à travers le monde.

Crise de l’éducation des réfugié(e)s

La situation de l’éducation des réfugié(e)s à travers le monde réclame une intervention urgente, comme le confirmera l’édition 2019 du Rapport mondial de suivi sur l’éducation (GEM), centré sur la migration, les déplacements et l’éducation. Plus de la moitié de l’ensemble des réfugié(e)s dans le monde, 3,5 millions, ne sont pas scolarisé(e)s.

Absence d’éducation signifie absence d’opportunités en matière d’apprentissage et régression plus que probable dans le développement pédagogique de l’enfant. Selon un article de blog de deux experts de Save the Children, à savoir Joseph Nhan-O’Reilly, Responsable du plaidoyer et des politiques en matière d’éducation, et Sébastien Hine, Conseiller pour la recherche en éducation, plus longue est la durée de la déscolarisation des enfants, plus importante sera la perte de leurs compétences et aptitudes déjà acquises.

Plan mondial, action nationale

Nhan-O’Reilly et Hine appellent les Etats membres et les institutions internationales à développer un plan mondial assorti d’une assistance financière et technique adéquate, en vue de garantir à l’ensemble des enfants réfugiés un accès à une éducation de qualité. Les gouvernements des pays d’accueil doivent, eux aussi, être soutenus afin de leur permettre d’élaborer des plans d’action nationaux en faveur de l’éducation des réfugié(e)s, précisent-ils. De tels plans aideraient les gouvernements des pays hôtes à mieux sensibiliser l’ensemble de leur population à la situation des réfugié(e)s au niveau national et à définir un cadre politique et de prestation permettant de garantir la scolarisation de l’ensemble des réfugié(e)s.

Toujours selon les deux experts, la communauté internationale doit s’engager à ce que tous les plans d’action nationaux viables pour l’éducation des réfugié(e)s soient mis en œuvre, et non pas voués à l’échec faute de financement. Ils ont identifié quatre domaines d’action pour le respect de cet engagement:

·         Accroissement de l’investissement: des ressources supplémentaires sont nécessaires pour combler le déficit financier.

·         Inclusion des réfugié(e)s: les gouvernements des pays d’accueil doivent définir des plans d’action et mettre en œuvre des politiques pour garantir que l’ensemble des réfugié(e)s, indépendamment de leur situation juridique, puissent avoir accès à une éducation de qualité pertinente faisant partie intégrante du système national et reconnue par ce dernier.

·         Amélioration de l’éducation: les services éducatifs déjà en place pour les réfugié(e)s doivent être améliorés afin de pouvoir garantir le bien-être et l’apprentissage des étudiant(e)s.

·         Renforcement de la responsabilisation: la communauté internationale doit définir un cadre de résultats et de responsabilités pour la mise en œuvre des engagements de la Déclaration de New York en faveur de l’éducation, accompagné d’un calendrier précis, d’indicateurs et d’objectifs en termes de résultats mesurables, devant faire l’objet d’un rapport annuel.

Non-respect des engagements mondiaux

Lors de l’AG 2016 des Nations Unies, les initiatives en faveur des refugié(e)s et de leur éducation ont pu être relancées par le biais de deux événements: la Déclaration de New York, qui marque l’engagement de la communauté internationale à faire en sorte que la déscolarisation de l’enfant ne se limite qu’à quelques semaines après son déplacement, et le Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement consacré aux réfugié(e)s, à l’occasion duquel 18 pays, dont les Etats-Unis, le Canada, l’Allemagne et le Mexique, ont pris des engagements significatifs pour soutenir l’éducation des réfugié(e)s, parmi ces 18 pays, 14 accueillent des réfugié(e)s et 4 sont des bailleurs de fonds. Les promesses qui ont été faites devaient permettre à un million de réfugié(e)s de prendre le chemin de l’école.

Un an plus tard, le rapport de Save the Children, Losing Out On Learning, dresse le bilan des avancées réalisées dans chacun de ces 18 pays. Il apparaît que, depuis le Sommet sur les réfugié(e)s, seuls quelques progrès modestes ont été accomplis par rapport à ces engagements et que le poids des responsabilités retombe de manière disproportionnée sur les pays à revenu faible et intermédiaire. Des progrès notables ont été observés en Turquie, en Jordanie et en Ethiopie, ces trois pays ayant créé au total 290.000 places supplémentaires dans leurs écoles, et au Tchad, où l’on note des améliorations dans les domaines de l’offre de manuels scolaires et de l’accréditation du personnel enseignant réfugié.

IE: une éducation de qualité pour les réfugié(e)s

Pléthore d’idées et de propositions ont été formulées à l’occasion de la Conférence consacrée à l’éducation des réfugié(e)s, convoquée par l’Internationale de l’Education (IE) à Stockholm en novembre 2016, à laquelle ont participé diverses organisations syndicales, la société civile, des représentant(e)s de gouvernement, des enseignant(e)s et des étudiant(e)s en provenance de 43 pays.

Parmi les propositions qui ont été avancées et qui continuent à être mises sur la table, l’IE a ouvert la voie en formulant les 3 promesses suivantes:  

·         L’IE s’engage à faire pression en vue de la tenue d’une réunion de l’Union européenne consacrée aux problèmes rencontrés par les enfants et les jeunes réfugié(e)s sur le terrain de l’éducation.

·         L’IE garantit aux affiliés africains qu’ils feront l’objet d’une attention particulière et que l’éducation des réfugié(e)s restera une priorité de son programme.

·         Un engagement en faveur de l’éducation à la citoyenneté mondiale: l’IE continuera à plaider auprès de ses partenaires mondiaux et encouragera ses organisations membres à prendre les devants en partageant leurs expériences avec leurs affilié(e)s. Le débat entourant la citoyenneté mondiale doit être engagé au profit des futures générations de citoyen(ne)s mondiaux/ales. L’IE demande à ses affiliés d’informer leurs membres en réservant des espaces dans leurs publications et leurs communications en ligne, afin de promouvoir les actions mises en œuvre aux quatre coins du globe en faveur de la citoyenneté mondiale.

Le 13 septembre, à l’occasion de l’atelier de la région africaine de l’IE consacré à l’éducation des réfugié(e)s, organisé à Addis-Abeba, les représentant(e)s des syndicats de l’éducation de 11 pays d’Afrique ont pris l’engagement de défendre le droit à l’apprentissage et à l’enseignement des réfugié(e)s.

Au cours de cet événement, 30 militant(e)s syndicaux/ales africain(e)s de l’éducation ont passé en revue les moyens dont disposent les affiliés de l’IE pour travailler au sein de leurs propres structures et avec d’autres parties prenantes et agences gouvernementales et intergouvernementales, afin de promouvoir l’éducation de qualité pour l’ensemble des réfugié(e)s, défendre les droits des enseignant(e)s réfugié(e)s et offrir des programmes de développement professionnel au personnel de l’éducation en charge des populations réfugiées et déplacées.

Pour consulter le portail de l’IE dédié à l’éducation des refugié(e)s, cliquez ici.

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