Zimbabwe: Le personnel enseignant en grève pour une hausse des salaires alors que la crise monétaire s’aggrave

Alors que les négociations avec le gouvernement n’ont pas abouti à un accord, les enseignant·e·s zimbabwéen·ne·s sont parti·e·s en grève pour faire pression sur le gouvernement afin qu’il leur verse leur salaire en dollars américains.

Les travailleur·euse·s, y compris ceux de l’éducation, touché·e·s par un système financier national à la dérive

Le manque de liquidités a plongé le système financier du Zimbabwe dans le chaos, menaçant la paix sociale et sapant les efforts du Président Emmerson Mnangagwa visant à attirer des investisseurs étrangers. L’insuffisance de devises pour soutenir les fonds crédités sur les comptes bancaires a fait dévisser la valeur de la monnaie électronique. De ce fait, les entreprises et les fonctionnaires ont exigé d'être payés en dollars américains, des fonds qu’ils peuvent retirer.

La Zimbabwe Teachers’ Association (ZIMTA), un affilié de l’Internationale de l’Education, a déclaré que ses membres allaient partir en grève étant donné que la spirale de l’inflation les a mis dans l’impossibilité d’acheter des produits de base et du carburant, dont les stocks sont au plus bas. Le Zimbabwe doit en effet faire face à de graves pénuries de carburant, forçant les automobilistes à faire la queue pendant des heures.

Le Président de la ZIMTA, Richard Gundani, a expliqué qu’alors qu’une réunion s’est tenue le 7 janvier entre les syndicats du secteur public et le Ministre du Travail faisant fonction July Moyo (la plupart des enseignant·e·s étant employé·e·s par le gouvernement), aucune solution viable n’a été proposée par le gouvernement. Le seul accord auquel sont parvenus les participant·e·s a été de reprendre les discussions. Les enseignant·e·s ne se présenteront pas au travail à partir du 8 janvier.

Soulignant que « tous les syndicats ont convenu que les travailleurs sont affectés et que nous avons suffisamment justifié qu'ils ne sont pas en mesure de travailler », il a ensuite insisté sur le fait que la ZIMTA et les autres organisations syndicales participant à la réunion avait annoncé au gouvernement leur intention de déclencher une grève dans les 14 jours.

Selon le Secrétaire général de la ZIMTA, Tapson Nganunu Sibanda, « après des mois de négociations et de discussions approfondies avec le gouvernement qui n’ont rien donné pour le personnel enseignant zimbabwéen sous-payé, les syndicats du Zimbabwe et la ZIMTA, en particulier, ont déclaré l’incapacité des enseignants à assurer leur travail normal d’enseignement aussi régulièrement qu’avant à compter de ce mardi 8 janvier 2019 ».

ZIMTA: conditions de vie des enseignant·e·s et qualité de l’enseignement en chute libre

Une écrasante majorité d’enseignant·e·s du Zimbabwe ont répondu à l’appel et ne se sont pas présenté·e·s au travail, a-t-il indiqué.

Les revendications syndicales soumises au gouvernement sont les suivantes:

  • Le paiement du personnel enseignant en monnaie étrangère ou en salaires équivalents au taux du bond, étant donné que la monnaie zimbabwéenne, le « bond », perd de la valeur quasiment jour après jour. Le bond est la monnaie locale officiellement considérée comme équivalent au dollar américain, mais il a perdu de sa valeur ;
  • Le rétablissement des primes et allocations des enseignant(e)s supprimées en 2018.

L’Internationale de l’Education est solidaire avec la ZIMTA et les personnels de l’éducation du Zimbabwe qui cherchent à pousser le gouvernement à agir vite pour améliorer leurs conditions de travail.

« Si le gouvernement ne le fait pas, cela poussera les enseignants dans une misère abjecte tout en contribuant à une nouvelle détérioration de la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage dans les écoles zimbabwéennes », a averti Sibanda.

PTUZ: nécessité d’une augmentation adéquate et rapide des salaires

Le 7 janvier, « nous avons présenté nos revendications au gouvernement, parmi lesquelles figuraient le paiement de nos salaires en dollars américains et leur ajustement pour tenir compte des nouvelles réalités économiques », a affirmé en écho le Secrétaire général du Progressive Teachers Union Zimbabwe (PTUZ), Raymond Majongwe.

Il a également déploré qu’au « lieu de répondre à nos préoccupations, le gouvernement n’a rien proposé d’autre qu’une nouvelle réunion prochainement, afin de discuter de l’ajustement. L’antienne du gouvernement selon laquelle il ne peut pas payer les salaires en dollars et qu’il met en œuvre une politique d’austérité pour le bien des générations futures ne soulage en rien nos préoccupations les plus urgentes conduisant à l’incapacité d’exercer notre métier. »

Entre-temps, a-t-il indiqué, les membres du PTUZ se sont présentés au travail le 8 janvier, mais à compter de cette date, ils ne travailleront que deux jours par semaine.

« Si le gouvernement ne nous accorde pas une augmentation adéquate et rapide des salaires avant l’expiration du préavis de 14 jours, les 16 associations/syndicats de travailleurs de la fonction publique sont déterminés à mener une grève totale », a-t-il poursuivi.

Majongwe a conclu en louant l’unité dont ont fait preuve les syndicats avant et après la réunion avec le gouvernement zimbabwéen et en espérant que « nos membres feront preuve de la même unité ».

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