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Eswatini : coopération et solidarité syndicales internationales pour soutenir les éducateur·trice·s

Publié 10 janvier 2022 Mis à jour 20 janvier 2022

La coopération syndicale internationale était au cœur des activités récentes de la Swaziland National Association of Teachers (SNAT). Elle s'est engagée avec succès auprès du South African Democratic Teachers' Union (SADTU) et du Trade Union of Education in Finland (OAJ). Cette coopération permettra au syndicat de l'éducation du Swaziland/Eswatini de renforcer sa structure et de démontrer le soutien total des éducateur·trice·s au niveau mondial. Elle intervient à un moment où le syndicat est confronté à des menaces pour les droits humains et syndicaux.

Engagement avec les collègues sud-africain·e·s

En 2021, le 9 décembre a marqué une nouvelle ère pour la SNAT et SADTU. « Ce jour historique a vu l'adoption d'un programme de coopération au développement entre les deux syndicats », a déclaré Sikilela Dlamini, secrétaire général de la SNAT.

Cette coopération est née de l'engagement du SADTU souhaitant renforcer son action internationale, notamment en ce qui concerne les questions sociopolitiques dans les pays voisins, dont l'Eswatini. Cet engagement a été concrétisé par une résolution nationale adoptée par le congrès du SADTU.

La section du SADTU dans la province voisine de KwaZul-Natal (KZN) a été chargée de renforcer les syndicats en Eswatini. Elle a entamé une coopération bilatérale avec la SNAT, par le biais d’un programme mis en place en août 2021, après une séance de réflexion entre le Comité exécutif national de la SNAT et le SADTU.

Objectifs du partenariat

Les principaux objectifs du partenariat sont les suivants :

  • Renforcer les capacités des membres des deux organisations, afin qu’il·elle·s puissent être mieux protégé·e·s contre toutes les formes d’injustices sur le lieu de travail.
  • Renforcer les systèmes opérationnels et de direction des organisations, afin qu’elles deviennent des « organisations de choix » pour tous les éducateur·trice·s dans leurs pays respectifs.
  • Mettre en place et/ou améliorer l’orientation internationale des deux organisations.
  • Sensibiliser leurs membres à la philosophie de la classe ouvrière.
  • Approfondir la compréhension par leurs membres des questions politiques dans leur environnement immédiat, les aider à se réapproprier leur rôle dans les questions politiques et leur permettre d’apporter des contributions concrètes à ces questions.

Lignes directrices pour la coopération

L’engagement bilatéral entre le SADTU et la SNAT du 9 décembre a également défini des résolutions qui serviront de lignes directrices pour la coopération :

  • Structurer et mettre en œuvre un programme clair de développement du leadership et des membres, avec des dispositions délibérées pour le renforcement des capacités.
  • Montrer l’engagement des syndicats dans des partenariats internationaux importants.
  • Protéger la dignité des deux organisations par le biais de divers médias et présenter une image correcte sur diverses plateformes publiques, tout en faisant progresser le professionnalisme qui découle de la conscience de classe.
  • Mobiliser des ressources pour assurer une large compréhension du contexte politique, économique et organisationnel, soutenir les activités des syndicats et atteindre tous les membres.
  • Adopter un programme politique qui approfondit l’idéologie de la SNAT en tant qu’organisation d’enseignants, même s’il est confronté à des défis politiques.
  • Mener une analyse situationnelle délibérée pour présenter les revendications des travailleur·euse·s aux tables de négociation collective, en garantissant des processus libres et équitables par une participation active qui a également dé fi né les modalités de réparation.

Il est temps de contrer le dénigrement des syndicats

Le secrétaire général de la SNAT Dlamini a déclaré : « Un tel partenariat ne pouvait pas mieux tomber, car la SNAT a absolument besoin d’établir et de renforcer la solidarité internationale. Le comportement du gouvernement d’Eswatini est clairement antisyndical, et ce sont de telles initiatives qui permettent à des syndicats comme le nôtre de contrer le dénigrement syndical par l’employeur. »

Il a ajouté que « ce partenariat permettra à la direction de la SNAT de guider adéquatement les membres dans un programme d’éducation politique qui aidera les éducateurs et éducatrices à mieux comprendre le climat politique actuel du pays, afin qu’ils puissent mieux participer aux débats et processus politiques nationaux tout en se joignant à l’appel national pour la réalisation d’une démocratie constitutionnelle multipartite dans ce pays ».

SADTU : lutte contre les employeurs oppressifs et abusifs

La secrétaire du SADTU KZN, Nomarashiya Caluza, a déclaré : « Ce partenariat, qui repose sur des bases solides de solidarité internationale, offre au SNAT et au SADTU une plateforme pour partager leurs expériences et leurs bonnes pratiques sur la manière de mener au mieux et avec succès la lutte contre les employeurs oppressifs et abusifs. Les luttes des travailleurs et travailleuses et le mandat des syndicats sont les mêmes, et la situation politique compliquée qui prévaut actuellement en Eswatini ressemble à la situation dans laquelle se trouvait le SADTU avant 1994 [et l’investiture présidentielle de Nelson Mandela]. La percée démocratique et le soutien que le SADTU a reçu des organismes internationaux nous ont renforcés. »

Les deux syndicats ont convenu que « reconnaître l’importance de la solidarité internationale nous aidera à définir la nature de la révolution de classe que nous devons poursuivre par la collaboration populaire en tant que travailleurs et travailleuses », a conclu Caluza.

Solidarité des éducateur·trice·s finlandais·es

La SNAT est également fortement soutenue par le syndicat finlandais de l’éducation, OAJ, qui a condamné la violation des droits fondamentaux des travailleur·euse·s en Eswatini.

En 2020, l’OAJ et le centre de solidarité syndicale finlandais, SASK, ont lancé leur projet de coopération avec la SNAT. « Nous avons lancé le projet avec la ferme conviction que le partenariat contribuera à construire un meilleur avenir pour les enseignants et enseignantes au Swaziland », a noté la responsable de l’organisation de l’OAJ, Jenni Arnkil.

Les membres de la SNAT « ont été confrontés à une situation très difficile » au sein du syndicat et en Eswatini en général, étant donné la manière dont la pandémie de COVID-19 « a changé notre vie quotidienne, l’enseignement et le statut enseignant à bien des égards dans le monde », a-t-elle ajouté. « Nous avons dû faire face aux restrictions à de nombreux niveaux et domaines de la vie au nom de la pandémie — et, dans certains cas, les restrictions semblent être maintenues. »

S’adressant aux membres de la SNAT, Arnkil a insisté sur le fait que « la crise à laquelle vous avez été confrontés concernant la lutte pour la démocratie, les droits syndicaux et les droits humains est quelque chose que nous suivons avec une inquiétude croissante et nous souhaitons vous exprimer notre solidarité à vous, enseignants et enseignantes du Swaziland ».

Principes de l’OIT et des Nations Unies en matière de démocratie et de droits humains

Elle a souligné que l’Internationale de l’Éducation et son Bureau exécutif ont été choqués d’apprendre que la force avait été utilisée contre des manifestant·e·s pacifiques, qui cherchaient à obtenir de meilleures conditions de travail — ou du moins des conditions décentes — pour les enseignant·e·s et autres travailleur·euse·s du secteur public. L’OAJ a également fermement condamné cette violence.

En tant que membre de l’Organisation internationale du travail (OIT) et des Nations Unies, l’Eswatini s’est engagé à respecter les principes de démocratie et de droits humains de l’OIT et des Nations Unies, a-t-elle souligné. La Déclaration de l’OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail reconnaît quatre catégories de droits, à savoir la liberté d’association et la reconnaissance effective du droit de négociation collective, l’élimination du travail forcé ou obligatoire, l’abolition du travail des enfants et l’élimination de la discrimination en matière d’emploi et de profession, a expliqué Arnkil.

Elle a également mentionné la Déclaration universelle des droits humains des Nations Unies, « un document auquel les États membres des Nations Unies devraient être fidèles chaque jour ». L’article 23 de cette déclaration comprend des principes importants concernant le travail :

  • Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.
  • Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.
  • Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.
  • Toute personne a le droit de fonder avec d’autres des syndicats et de s’affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts.

OAJ : Vous n’êtes pas seul·e·s

« À cet égard, nous sommes préoccupés par la situation en Eswatini, et nous espérons que vous aurez la force et le courage de poursuivre les protestations et les revendications pacifiques pour que ces principes deviennent réalité », a-t-elle ajouté. « Nous condamnons tout recours à la force contre les manifestations pacifiques et les enseignants, et nous espérons qu’un avenir meilleur est à portée de main pour les enseignants et les enfants d’Eswatini. Nous vous encourageons, vous les enseignants et enseignantes d’Eswatini, à continuer à rester forts et à manifester pacifiquement pour renforcer la démocratie et les droits humains et pour un meilleur avenir pour les enfants et les travailleurs et travailleuses d’Eswatini. Je vous remercie pour cela. Vous n’êtes pas seuls », a-t-elle conclu.

Vous pouvez lire le magazine de la SNAT, The Eagle, qui rend compte de ces programmes de coopération au développement mondial ici (en anglais).