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La réunion du Bureau exécutif de l’Internationale de l’Éducation se penche sur les avancées et les défis des enseignant·e·s à travers le monde

Publié 17 novembre 2023 Mis à jour 19 janvier 2024

« Nous traversons l’une des périodes les plus décisives de notre histoire. Les Nations Unies, orientées et conseillées par l’Internationale de l’Éducation (IE), s’emploient actuellement à encourager les États membres à prendre des mesures déterminantes pour répondre à la crise mondiale de l’éducation. Ils doivent le faire en veillant spécifiquement à revaloriser et à transformer le rôle et le statut de la profession enseignante. » C’est en ces termes que le secrétaire général de l’IE, David Edwards, a entamé la présentation de son rapport d’activités lors de la 64e réunion du Bureau exécutif qui s’est tenue du 13 au 16 novembre 2023 à Bruxelles, en Belgique.

Rapport d’activités du secrétaire général de l’IE

Soulignant le travail accompli par le Groupe de haut niveau des Nations Unies sur la profession enseignante, au sein duquel sont représentés l’IE et les syndicats de l’éducation, il a expliqué que cette instance a convenu que les gouvernements du monde entier devaient prendre des mesures décisives pour répondre à la crise mondiale de l’éducation, en veillant à revaloriser et à transformer le rôle, le statut et l’avenir de la profession enseignante.

Le groupe de travail finalise actuellement une série de recommandations dont la publication est attendue au début de l’année prochaine.

Campagne « La force du public : ensemble on fait école ! »

Il a ensuite précisé que la campagne de l’IE « La force du public : ensemble on fait école ! » était déployée dans toutes les régions du monde et avait pour objectif de sensibiliser à l’importance d’investir dans la profession et de financer pleinement l’éducation publique, au travers de la mobilisation des organisations membres, de la recherche, de la communication et du renforcement des capacités.

S’agissant du Baromètre International du personnel de l’éducation 2023 (I-BEST), lancé en octobre dernier par l’IE et ses partenaires (le réseau Éducation & Solidarité et l’UNESCO), il a indiqué que ce rapport s’appuie sur l’expérience de plus de 26.000 enseignant·e·s, responsables d’établissement scolaire et personnels de soutien à l’éducation dans de nombreux pays et territoires. Malgré les difficultés et la détérioration des conditions de travail, la plupart des participant·e·s à l’enquête opteraient à nouveau pour une carrière dans l’enseignement. Il ressort de l’enquête que les professionnel·le·s de l’éducation se sentent sous-estimé·e·s et soulignent les charges de travail excessives, les environnements de travail difficiles, le manque de reconnaissance et le peu de perspectives de carrière.

Concernant le volet des droits humains et syndicaux, David Edwards a souligné que l’IE et ses affiliés ont condamné l’attaque terroriste perpétrée par le Hamas contre des civil·e·s israélien·ne·s et que, face à l’escalade de la violence dans la bande de Gaza, ils ont également demandé au cabinet de guerre israélien de mettre fin à la souffrance et aux vagues de destructions et de respecter les principes de la Charte des Nations Unies et du droit international humanitaire.

L’IE et ses affiliés ont également apporté leur soutien et exprimé leur solidarité à leurs collègues et à la population en France, en Iran, en Irak et en Syrie, en Eswatini, au Népal et au Sri Lanka, parmi d’autres pays.

David Edwards a rappelé que la Journée mondiale des enseignant·e·s (JME) de cette année, célébrée le 5 octobre, était centrée sur la pénurie mondiale d’enseignant·e·s, qui ne cesse de s’aggraver et de susciter des inquiétudes. La présidente de l’IE Susan Hopgood, qui a participé aux célébrations de la JME à Delhi, s’est adressée aux syndicalistes de l’éducation indien·ne·s, qui clôturaient avec succès leur campagne « Bharat Yatra » menée pendant un mois pour exiger le rétablissement des droits à la pension pour tou·te·s les enseignant·e·s et employé·e·s de la fonction publique.

Le secrétaire général de l’IE a ajouté que l’IE poursuivait ses travaux dans le cadre de projets de coopération au développement, via les Cafés de la CD centrés sur différentes thématiques, de l’éducation au changement climatique, des pratiques d’évaluation formative, des droits des LGBT et de la recherche. L’IE a également inauguré un nouveau bureau régional pour l’Asie-Pacifique à Bangkok, en Thaïlande.

David Edwards a conclu en évoquant « une autre initiative particulièrement intéressante » : la proposition du groupe des organisations membres lusophones de l’IE de demander à l’UNESCO de reconnaître comme patrimoine mondial le modèle transactionnel de l’éducation – les relations entre enseignant·e·s et étudiant·e·s.

Rapport d’activités pour la région Afrique de l’IE

Dennis Sinyolo, directeur régional de l’IE, a présenté les activités entreprises par la région Afrique de l’IE (IERAF) et a souligné les graves problèmes auxquels est confrontée cette région : les coups d’État (sept en trois ans), la perte d’un grand nombre d’enseignant·e·s en raison de la COVID-19, le changement climatique, les conflits et la recrudescence des violences.

Il a également rappelé les données de l’UNESCO indiquant que l’Afrique subsaharienne est la région la moins susceptible de pouvoir réaliser l’ODD 4 et celles de l’UNICEF montrant qu’un enfant sur quatre dans la région vit dans un pays en situation de conflit.

Il a insisté sur le fait que la réalisation de l’Objectif de développement durable 4 et des objectifs régionaux et nationaux pour l’éducation était menacée en raison des crises du financement de l’éducation et de la pénurie d’enseignant·e·s, dues en grande partie au manque d’investissement public dans l’éducation, à la privatisation et à la commercialisation généralisées du secteur et au versement irrégulier des salaires des enseignant·e·s.

Il a ajouté que, malgré ces difficultés, l’IERAF continue de consolider son plaidoyer en faveur d’une éducation publique de qualité pour tou·te·s, à lutter contre les violations des droits humains et syndicaux et à renforcer la capacité de ses organisations membres, en encourageant la coopération Sud-Sud. Par exemple, le Syndicat démocratique des enseignant·e·s d’Afrique du Sud ( South African Democratic Teachers’ Union) soutient le Syndicat démocratique des enseignant·e·s de Zambie ( Zambia National Union of Teachers) dans ses efforts pour se relever de l’impact néfaste de la pandémie de COVID-19 sur le secteur de l’éducation.

Dennis Sinyolo a poursuivi en soulignant que la campagne de l’IE « La force du public : ensemble on fait école ! » avait désormais été lancée dans 14 pays de la région et que la conférence régionale, convoquée du 19 au 24 novembre à Johannesburg, en Afrique du Sud, permettra de faire avancer cette campagne.

Il a également déclaré que l’IERAF renforcerait son plaidoyer auprès de l’Union africaine, des communautés économiques régionales et des gouvernements.

Pour terminer, le directeur de l’IERAF a signalé que la région avait lancé un réseau de recherche régional en 2022 et un réseau régional de communication en 2023.

Renforcer l’unité de la communauté syndicale

Luc Triangle, nouveau secrétaire général élu de la Confédération syndicale internationale (CSI), s’est adressé au Bureau exécutif pour célébrer une victoire pour les travailleur·euse·s et la communauté syndicale. Le 10 novembre, le Conseil d’administration de l’Organisation internationale du Travail (OIT) a en effet décidé, à l’issue d’un vote, de saisir la Cour internationale de justice à propos d’un différend de longue date entre organisations syndicales et patronales concernant le droit de grève.

Depuis près de dix ans, a déclaré Luc Triangle, « le travail de l’OIT est paralysé » en raison de l’impasse dans laquelle se trouvent les organisations patronales et les organisations syndicales, ces dernières étant favorables à la jurisprudence de l’OIT selon laquelle le droit de grève découle, en droit international, des conventions 87 (sur la liberté syndicale) et 98 (sur le droit d’organisation et de négociation collective) de l’OIT.

Le secrétaire général de la CSI a ensuite appelé à l’unité de la communauté syndicale au niveau mondial « car la situation internationale est extrêmement difficile », notamment en raison de l’élargissement du bloc économique des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) à six nouveaux pays (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Iran, Égypte, Éthiopie et Argentine).

Reconnaissant les menaces qui pèsent sur la démocratie partout dans le monde, il a déclaré catégoriquement que la communauté syndicale mondiale devait continuer à lutter pour la défendre « car elle incarne les valeurs qui sont les nôtres : inclusion, services publics et égalité des genres. L’effritement de la démocratie va de pair avec l’érosion des droits des travailleur·euse·s, des droits syndicaux et des droits de la femme. » Réaffirmant que « nous sommes le plus grand mouvement social à défendre les valeurs démocratiques », il a annoncé que le combat pour la démocratie serait le thème principal de la campagne de la CSI en 2024.

En ce qui concerne le système économique, marqué par une recrudescence des inégalités et de la pauvreté, Luc Triangle a souligné que, dans un monde basé sur la richesse, garantir l’inclusion et les droits de tous les individus est possible : il s’agit uniquement d’un choix politique. « Comment financer tout cela ? », a-t-il demandé. « La solution est une taxation équitable. Des centaines de milliards de dollars sont en circulation mais échappent à l’impôt. »

Le Bureau exécutif de l’IE a également rendu hommage à Ram Pal Singh Ji, président de l’All-India Primary Teachers’ Federation (AIPTF), récemment décédé « après avoir consacré sa vie à la défense des droits des enseignantes et des enseignants et à la lutte pour l’éducation de qualité pour toutes et tous ».

Le Bureau exécutif de l’IE, dont la prochaine réunion se tiendra en mars 2024, a remercié le membre sortant Steffen Handal (Syndicat de l’Éducation Norvège - Union of Education Norway), pour la « marque indélébile » qu’il laissera au syndicalisme mondial et « pour être resté toujours fidèle à ses principes en tant qu’enseignant et militant syndical » au cours des deux mandats qu’il a exercés au Bureau exécutif de l’IE.