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Mondes de l'éducation

Roberto Baradel with EI head office staff
Roberto Baradel with EI head office staff

Voix de l’éducation : situation en Argentine et engagement indéfectible pour La Force du Public !

Publié 18 décembre 2023 Mis à jour 21 décembre 2023
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Roberto Baradel est enseignant et secrétaire général adjoint de la Confederación de Trabajadores de la Educación de la República Argentina (CTERA). Il est également membre de la Confederación de Educadores Argentinos (CEA). Défenseur inébranlable de l’éducation publique et des droits syndicaux, Roberto Baradel est aujourd’hui une figure de proue de la lutte pour la justice éducative en Amérique latine. Dans cet entretien accordé à Mondes de l’Éducation, il nous fait part de son point de vue sur les défis actuels et réitère l’importance de la solidarité internationale pour défendre l’éducation publique et les droits humains à travers le monde.

Q : S’agissant des droits humains et de la démocratie, quel est selon vous l’impact du gouvernement actuel en Argentine ?

R : Aujourd’hui en Argentine, nous sommes malheureusement face à une situation complexe, marquée par la victoire d’un gouvernement d’extrême droite. Emmené par Javier Milei, ce gouvernement extrémiste met en péril la démocratie en Argentine. De plus, il s’agit de la frange négationniste du pays, qui nie la dictature civico-militaire de 1976, pourtant reconnue comme un génocide par la justice argentine et la communauté mondiale.

Exemple concret, le nouveau gouvernement souhaite libérer tous les génocidaires actuellement en détention pour crime contre l’humanité. Une autre frange ultra-libérale estime que seules les lois du marché devraient régir la vie sociale, politique et économique d’un pays.

L’actuelle ministre de la Sécurité, qui occupait ce même poste sous le gouvernement dont nous avons subi la répression, a établi un protocole criminalisant littéralement la contestation sociale, empêchant les mouvements de mobilisation et établissant clairement que si des manifestations massives venaient à occuper la voie publique, les forces de sécurité auraient le droit d’intervenir pour déloger les manifestantes et manifestants et sanctionner les organisations, ainsi que leurs dirigeantes et dirigeants. Pourquoi ? Parce que ce gouvernement est en train de mettre en place un plan d’austérité et d’ajustement radical. Il cherche hélas à transférer les ressources vers les secteurs qui concentrent le plus de richesses, raison pour laquelle il tente d’empêcher la population, les organisations et les syndicats de descendre dans les rues pour protester.

Par ailleurs, ce protocole présente une composante très dangereuse. Le gouvernement précédent avait établi un protocole interdisant aux forces de l’ordre de réprimer les manifestations au moyen d’armes létales. Malheureusement, le gouvernement actuel vient d’autoriser à nouveau les forces de l’ordre à utiliser des armes létales pour faire taire la contestation sociale.

Q : Quelle est la situation de l’éducation et quel est votre rôle face au contexte actuel ?

R : Nous sommes confrontés à d’importants défis pour préserver et améliorer notre éducation publique. À titre d’exemple, le ministère de l’Éducation a immédiatement été supprimé. Le gouvernement estime ne pas avoir besoin d’un ministère de l’Éducation. Le ministère du Travail a lui aussi été supprimé.

Le gouvernement actuel a déjà réduit les investissements dans l’éducation publique, avec des conséquences négatives sur les personnels enseignants et les élèves. Mon travail, avec mes collègues de la CTERA, consiste à exiger que l’État investisse davantage dans l’éducation publique et à lutter pour des conditions de travail équitables pour les personnels de ce secteur. Nous défendons l’éducation publique car elle est un droit humain fondamental.

Nos responsables politiques estiment que la propriété est une valeur absolue, allant au-delà du droit à la vie, à l’exception de la leur et de celle de leurs familles.

Selon moi, le risque le plus important qui nous guette est de voir ces processus s’intensifier et aboutir à la destruction de nos libertés et de nos vies, nous empêchant de lutter, de construire, d’envisager une vie digne d’être vécue par chaque membre de la société, et pas uniquement par une partie de la société qui détient les privilèges et concentre les richesses.

Q : Quel est l’impact de la situation économique actuelle sur le système éducatif public argentin et ses personnels?

R : La situation économique est catastrophique pour la profession enseignante. Les salaires réels ont été réduits en raison de l’inflation et des contractions budgétaires, altérant la qualité de vie des personnels enseignants et donc celle de l’enseignement. Notre combat vise à défendre non seulement les droits des travailleuses et travailleurs, mais aussi le droit de chaque élève à une éducation de qualité.

Q : Dans quelle mesure la solidarité internationale a-t-elle contribué à la lutte pour la défense de l’enseignement public en Argentine ?

R : La solidarité internationale est indispensable à notre survie. Le soutien de l’Internationale de l’Éducation, notamment en cas de menaces et d’attaques, comme ce fut le cas pour ma famille et moi-même, a été inestimable. L’Internationale de l’Éducation nous a apporté des ressources et un soutien moral qui nous ont renforcés et nous ont rappelé que nous ne sommes pas seuls dans notre combat pour le droit à l’éducation et les droits des personnels de ce secteur.

Q : Pourquoi est-il important de lutter pour l’éducation publique et de soutenir la profession enseignante ?

R : L’éducation publique joue un rôle central dans la construction de la citoyenneté et de la démocratie. Elle est essentielle au développement intégral des jeunes et à la construction de sociétés plus justes et plus équitables. La campagne de l’Internationale de l’Éducation La force du public : ensemble on fait école ! revendique une augmentation des investissements publics dans l’éducation, ainsi que le respect de la profession enseignante partout dans le monde.

Q : Quel message souhaiteriez-vous adresser aux personnels éducatifs et aux syndicalistes qui défendent l’éducation publique à travers le monde ?

R : Je souhaiterais envoyer un message d’espoir et d’unité. Malgré tous les défis qui nous attendent, nous devons rester unis dans notre lutte pour l’éducation publique. Il s’agit d’un combat pour l’avenir, pour le droit fondamental à l’éducation. L’éducation publique est essentielle à la construction de sociétés démocratiques et justes. Nous devons la protéger et la renforcer.

À cet égard, nous vous donnons rendez-vous en Argentine au mois de juillet 2024, à l’occasion du Congrès mondial de l’Internationale de l’Éducation, en vue de poursuivre la construction de la citoyenneté et de l’unité et de nous organiser pour défendre l’enseignement public. Nous continuerons à « faire école ». En unissant nos efforts, nous pourrons obtenir une augmentation du financement public de l’éducation et construire un monde plus digne pour toutes et tous.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.