L’IE salue le programme d’action de Marrakech pour éradiquer le travail des enfants et demande une éducation de qualité, du dialogue social et une paix durable
Une délégation restreinte de l’Internationale de l’Éducation (IE) a rejoint des représentant∙e∙s de gouvernements, d’employeurs, de syndicats et de la société civile lors de la 6ᵉ Conférence mondiale sur l’élimination du travail des enfants, qui s’est tenue à Marrakech du 11 au 13 février 2026. Le Cadre mondial d’action adopté à Marrakech réaffirme ce que tou∙te∙s les éducateur∙trice∙s savent déjà : l’accès universel à une éducation gratuite, obligatoire et de qualité est indispensable pour mettre fin au travail des enfants. Le cadre d’action souligne également que l’implication des syndicats d’enseignant∙e∙s est essentielle pour élaborer et mettre en œuvre des stratégies spécifiques.

Alors que 138 millions d’enfants sont encore englués dans le travail, dont 54 millions dans des travaux dangereux, l’IE a rappelé que cette crise est avant tout une crise de l’éducation, marquée par le sous-financement des écoles, les pénuries d’enseignant∙e∙s, l’exclusion des zones rurales, la protection sociale limitée et, de plus en plus, l’impact dévastateur des conflits armés sur l’accès des enfants à l’apprentissage.
L’éducation au cœur de la prévention
L’IE a salué l’accent mis sur la prévention, en particulier pour les enfants âgés de 5 à 11 ans et ceux vivant dans les zones rurales et agricoles. L’appel à élargir l’accès à une éducation de base gratuite et obligatoire fait écho au plaidoyer de longue date de l’IE: les enfants doivent être en classe, pas au travail.
La délégation de l’IE a souligné que la qualité de l’éducation dépend de :
- Un financement public équitable, conforme aux objectifs du Cadre Éducation 2030 de l’UNESCO.
- Le recrutement et la rétention d’enseignantes et enseignants formés, correctement rémunérés et bien soutenus.
- Des environnements d’apprentissage sûrs et inclusifs, notamment pour les filles et les enfants en situation de handicap.
- Une protection sociale universelle, afin que la pauvreté ne pousse pas les familles à recourir au travail des enfants.
Les porte-parole de l’IE ont rappelé que « chaque enfant retiré du travail doit être dans une école bien dotée et avec du personnel enseignant qualifié ».
Le dialogue social : élément indispensable de la mise en œuvre
L’IE approuve l’appel du Cadre à renforcer les institutions, améliorer l’application des lois et promouvoir un dialogue social solide. Pour les éducateur∙trice∙s, le dialogue social est indispensable pour concevoir et mettre en œuvre des politiques efficaces :
- Il garantit que les syndicats d’enseignant∙e∙s ont voix au chapitre dans l’élaboration des stratégies éducatives de prévention du travail des enfants.
- Il permet une action coordonnée entre gouvernements, employeurs et travailleur∙euse∙s dans les secteurs où le travail des enfants est le plus répandu, comme l’agriculture.
- Il construit la confiance et les structures de gouvernance nécessaires pour un changement durable.
L’IE a rappelé que sans dialogue social significatif, les engagements risquent de rester lettre morte, comme ce fut le cas pour l’Appel à l’action de Durban de 2022, seulement partiellement mis en œuvre.
Les recommandations du Groupe de haut niveau sur la profession enseignante vont dans le même sens :
- « Les gouvernements devraient également faire en sorte que les enseignants et leurs organisations puissent participer au dialogue social, […] » (Recommandation 15)
- « Un dialogue social coordonné et institutionnalisé […] devrait être le mécanisme principal d’élaboration des politiques sur l’éducation, […] » (Recommandation 48)
La paix comme condition préalable : les conflits détruisent l’avenir des enfants
Les représentant∙e∙s des travailleur∙euse∙s ont également souligné que les conflits accroissent le travail des enfants. Les conflits réduisent les possibilités de scolarisation : destruction des écoles, militarisation, utilisation comme abris, déplacement des enseignants, perte de moyens de subsistance des familles, etc. Autant de facteurs qui poussent les enfants vers le travail, l’exploitation ou le recrutement forcé.
L’IE a insisté sur le fait que la paix, la stabilité et le respect des droits humains et de l’état de droit sont des conditions préalables à des progrès durables contre le travail des enfants. Les investissements dans l’éducation doivent donc s’accompagner d’engagements forts en faveur de la consolidation de la paix, de la réponse aux catastrophes et de la protection de l’éducation contre les attaques.
Le Groupe de haut niveau de l’ONU rappelle aussi que « le financement de l’éducation doit être géré de manière à assurer la continuité du service en cas de perturbations dues à des crises.» (Recommandation 12). Cela implique aussi de soutenir les enseignant∙e∙s en contexte de crise, en protégeant leur bien-être, en répondant à leurs besoins physiques, émotionnels et psychosociaux, et en garantissant des salaires réguliers et adéquats.
Un cadre intégré : éducation, travail décent et protection sociale
Le Cadre de Marrakech reconnaît que le travail des enfants est aggravé par des lacunes structurelles dans les opportunités de travail décent, protection sociale et accès aux services publics. L’IE a salué l’approche intégrée du Cadre, reliant éducation, développement des compétences, travail décent pour les adultes et protection sociale universelle.
Les affiliés de l’IE en Afrique mènent d’ailleurs des interventions combinant scolarisation, éducation de la petite enfance, repas scolaires, soutien aux familles et activités génératrices de revenus, toutes des solutions éprouvées qui doivent être étendues.
Comme le souligne Soumeila Maiga du SNEC/Mali: « Lorsque les adultes ont accès à un travail et des revenus permettant de vivre décemment, les enfants vont à l’école ».
Le Cadre attire également l’attention sur l’exploitation commerciale et sexuelle facilitée par les technologies en ligne. L’IE a insisté pour que la protection des enfants, hors ligne comme en ligne, soit intégrée dans les programmes scolaires, la formation enseignante et les politiques éducatives.
Responsabilité au-delà de Marrakech
Le Cadre de Marrakech s’appuie sur l’Appel à l’action de Durban de 2022, que l’IE estime encore loin d’être pleinement mis en œuvre. Le nouveau Cadre exige une responsabilité renforcée, de meilleures données, un financement durable et des indicateurs liés à l’éducation, notamment les objectifs du Cadre Éducation 2030 de l’UNESCO et les taux d’achèvement nationaux du primaire au secondaire supérieur.
Tout en saluant le Cadre, les travailleur∙euse∙s ont exhorté les gouvernements à ne pas tomber dans les mauvaises habitudes des conférences précédentes : cette fois, ils doivent aller au-delà des paroles et fournir des investissements réels, majeurs et durables dans l’enseignement public, accompagnés d’un dialogue social renforcé et d’efforts concrets en faveur de la paix.