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Mondes de l'éducation

Image credit: PICTURE ALLIANCE PHOTO (DPA) | Palestinian teacher gives a lesson at Rawdat Tayba, a volunteer-run educational center partially damaged by Israeli strikes, in Gaza. Rawdat Tayba was established by volunteer teachers to provide basic education for displaced children who have been out of school for nearly two years due to the destruction of schools during the war.
Image credit: PICTURE ALLIANCE PHOTO (DPA) | Palestinian teacher gives a lesson at Rawdat Tayba, a volunteer-run educational center partially damaged by Israeli strikes, in Gaza. Rawdat Tayba was established by volunteer teachers to provide basic education for displaced children who have been out of school for nearly two years due to the destruction of schools during the war.

L’avenir appartient à la solidarité, et non à la peur

Publié 13 mars 2026 Mis à jour 18 mars 2026
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Nous traversons une crise géopolitique et géopolitique où la guerre, la désinformation et l’autoritarisme s’alimentent mutuellement.

À l’heure qu’il est, des enfants s’efforcent de s’instruire malgré le vacarme des frappes aériennes, la menace des drones, la contrainte des déplacements forcés et le traumatisme du deuil. Face à chacune de ces crises, les écoles ne constituent malheureusement pas uniquement des havres d’espoir ; elles sont de plus en plus souvent considérées comme des dommages collatéraux, voire comme des cibles.

Permettez-moi donc de commencer là où l’Internationale de l’Éducation doit toujours commencer : par la vie des enfants, par la dignité des travailleurs et travailleuses de l’éducation, par la protection des écoles.

À Gaza, les enfants et les familles ont subi une dévastation d’une ampleur qu’aucun enfant ne devrait jamais connaître. Nous appelons à un cessez-le-feu immédiat et durable, à la protection des populations civiles et à un accès sûr et sans entrave à l’aide humanitaire. Nous demandons que les écoles soient protégées, que les personnels de l’éducation soient protégés et que l’apprentissage reprenne le plus tôt possible, car l’éducation n’est pas un luxe d’après-guerre ; c’est un soutien vital quand la guerre fait rage.

En Iran, une nouvelle guerre injustifiée, menée par les États-Unis et Israël, a déchaîné de nouvelles souffrances sur les populations civiles. Des enfants ont été tués et blessés, des familles déplacées et des écoles se sont retrouvées dans la ligne de tir. Lorsqu’une école est frappée, le monde ne perd pas seulement un bâtiment, il perd un refuge, une routine, un sentiment de sécurité et un avenir. Nous sommes aux côtés des enfants, des enseignantes et enseignants et des communautés scolaires d’Iran. Nous appelons à la cessation immédiate des hostilités, à la désescalade et au retour à la diplomatie, parce que les enfants ne doivent jamais être des victimes collatérales et que les écoles ne doivent jamais être des champs de bataille.

Au Liban, la recrudescence de la violence et les déplacements de population contraignent une nouvelle fois les familles à lutter pour leur survie. Lorsqu’un enfant est déplacé, l’éducation est souvent la première chose qui se perd. Nous sommes solidaires des communautés qui s’efforcent de préserver l’apprentissage dans un contexte d’instabilité.

Nous appelons à la désescalade et à la protection des populations et des infrastructures civiles.

En Ukraine, la guerre perturbe la scolarité année après année. Les enfants étudient au son des sirènes d’alerte aérienne, les enseignantes et enseignants exercent leur métier sous une pression extrême et les communautés scolaires vivent dans l’angoisse au quotidien. Nous appelons à la fin des attaques qui mettent en danger les populations civiles, au respect du droit international humanitaire et à la protection des écoles en tant que lieux sûrs.

Au Soudan, un conflit brutal a engendré l’une des plus graves crises de l’éducation au monde. Des millions d’enfants ont été écartés de l’enseignement, des écoles ont fermé ou ont été réaffectées, et les travailleuses et travailleurs de l’éducation portent le fardeau de cet effondrement. Nous appelons à la fin de la violence, à la mise en place de couloirs humanitaires, à la protection des enfants et à des investissements urgents en vue de reconstruire le système éducatif.

En République démocratique du Congo, les conflits et les déplacements de population ont vidé les salles de classe. Lorsque les écoles ferment, les enfants sont exposés à des risques accrus de recrutement par des groupes armés, d’exploitation et de violence. Nous appelons à la paix et à la protection, ainsi qu’à la mise en place de mesures éducatives d’urgence qui permettent aux enfants de poursuivre leur apprentissage et de conserver l’espoir.

Il ne s'agit pas seulement d'une liste de tragédies. C'est le témoignage d’un ordre mondial mis à mal et d’un multilatéralisme battu en brèche. Car lorsque la guerre se propage, c’est le droit international lui-même qui est mis à l’épreuve. Lorsque les populations civiles souffrent, ce sont les principes humanitaires eux-mêmes qui sont mis à l’épreuve. Et lorsque des écoles sont bombardées, c’est notre humanité collective qui est mise à l’épreuve. Or, trop souvent, nous sommes témoins d’une empathie sélective, d’une responsabilité sélective et d’une protection, elle aussi, sélective.

L’Internationale de l’Éducation s’exprime sans ambiguïté morale : nous lançons un appel à la paix. Nous appelons au cessez-le-feu lorsque les populations civiles sont bombardées. Nous appelons à la désescalade pour éviter une guerre de plus grande ampleur. Nous appelons à des solutions politiques négociées qui protègent la vie humaine. Et nous disons à toutes les communautés touchées : « Vous n’êtes pas seules. Vos écoles sont nos écoles. Vos enfants sont nos enfants. Vos enseignants et enseignantes sont nos collègues. »

Souvent, la guerre culturelle est la fumée, et le projet autoritaire le feu.

Nous devons aussi dénoncer le climat politique qui entoure ces guerres. On assiste à l’émergence d’une nouvelle vague autoritaire. Dans toutes les régions du monde, les forces d’extrême droite et les régimes autoritaires transforment l’insécurité économique et le rejet du monde politique en haine organisée et en répression. Cette vague se nourrit d’une conjoncture idéale de chocs économiques à répétition, de hausses du coût de la vie, d'inégalités et de l’affaiblissement des services publics. Lorsque les gens sont gagnés par la peur, les démagogues leur offrent des boucs émissaires. Au lieu de redresser l’économie, ils instrumentalisent la souffrance. Au lieu de redistribuer les richesses, ils attribuent la faute aux autres. Au lieu de bâtir une communauté, ils cultivent la suspicion.

L'éducation se retrouve en première ligne, car l'autoritarisme repose sur trois facteurs : premièrement, une population suffisamment épuisée pour troquer ses droits contre l’« ordre ». Deuxièmement, un appareil de propagande qui banalise la cruauté. Troisièmement, un ennemi, réel ou fabriqué de toutes pièces, pour maintenir la division parmi la population active. C’est pourquoi le personnel enseignant est pris pour cible. C’est pourquoi les programmes scolaires sont attaqués. C’est pourquoi l’idée même d’inclusion est diabolisée.

Nous assistons, dans de nombreux pays, à la mobilisation des politiques religieuses dans des projets antidémocratiques, notamment autour des questions de genre, d’éducation et de contrôle des jeunes esprits. Nous assistons également à des campagnes transfrontalières bien financées contre l’égalité des genres, contre les droits des personnes LGBTQ+, contre la justice reproductive et contre l’intégrité de l’enseignement public. Ces campagnes ne sont pas spontanées. Elles sont organisées. Elles sont financées. Elles sont exportées. Et elles sont utilisées pour fracturer la société, de sorte que les puissants n’aient pas à rendre de comptes. Voici la phrase que nous devons répéter jusqu’à ce qu’elle devienne une évidence pour tout le monde : « La guerre culturelle n’est souvent que la fumée. Le projet autoritaire est le feu. »

Cette vague est amplifiée par une machinerie moderne à forte influence. Les plateformes des Big Tech ont le pouvoir d’amplifier l’extrémisme, de récompenser l’indignation, de noyer la vérité dans le bruit et d’ouvrir la voie à de nouvelles formes de surveillance et de contrôle. La mainmise sur les médias, par la concentration de la propriété et du pouvoir narratif, réduit l’espace pour le journalisme indépendant, dilue les responsabilités et normalise les mensonges. Pour les enseignants et enseignantes, il ne s’agit pas d’une question théorique. Si la propagande est l’arme, l’éducation est le bouclier. Si la désinformation est l'outil, la pensée critique est la défense.

Mais un bouclier ne suffit pas. Nous avons besoin d’un pouvoir démocratique structuré. C’est pourquoi les syndicats sont importants. Parce que partout où l’autoritarisme progresse, la société civile devient la première cible. Les syndicats sont persécutés. La contestation est criminalisée. La population étudiante est intimidée. Les universités sont étroitement contrôlées. Les activistes des droits humains sont placés sous surveillance. Et une fois que la répression se banalise, la guerre devient plus facile, car un public muselé n’a plus les moyens de l’empêcher.

Nous devons donc l’affirmer haut et fort : une attaque contre la profession enseignante est une attaque contre la société démocratique.

Que peut faire la profession enseignante à l’échelle mondiale ?

En tant que président de l’Internationale de l’Éducation, je propose cinq engagements.

Premièrement, nous devons être la voix mondiale qui appelle sans relâche à la paix, au cessez-le-feu et aux solutions politiques négociées, car les enfants ne peuvent pas apprendre dans un contexte de guerre permanente. Nous appelons à la protection des populations civiles. Nous appelons à la protection des écoles. Nous demandons un accès sûr et sans entrave à l’aide humanitaire. Nous demandons la protection des travailleuses et travailleurs de l’éducation.

Ensuite, nous devons défendre le multilatéralisme, mais un multilatéralisme qui fasse sens. Le multilatéralisme ne peut pas se contenter d’être une tribune pour de beaux discours. Il doit assurer la protection, la responsabilité, l’accès à l’aide humanitaire et l’investissement dans la reconstruction. Lorsque les institutions multilatérales sont affaiblies, ce sont les enfants qui en paient le prix.

Troisièmement, nous devons défendre l’éducation en tant qu’espace protégé. Les écoles ne doivent jamais être utilisées à des fins militaires. Les écoles ne doivent jamais être attaquées. Les écoles ne doivent jamais servir de monnaie d’échange. Nous devons promouvoir et faire respecter les engagements qui protègent l’éducation dans les situations de conflit. Nous devons renforcer les environnements d’apprentissage sûrs et soutenir les enseignantes et enseignants qui poursuivent leur mission éducative malgré les traumatismes.

En quatrième lieu, nous devons nous opposer à la désinformation et à la haine. Exiger des plateformes numériques qu’elles fassent preuve de transparence et de responsabilité. Résister à la mainmise sur les médias. Renforcer la communication d’intérêt public, car en l’absence de vérité, il n’y a pas de choix démocratique.

Cinquièmement, nous devons faire preuve d’une solidarité immédiate et visible. Lorsque des enseignants et enseignantes membres d’une organisation affiliée sont la cible d'attaques, nous n’attendons pas. Nous nous mobilisons. Appui juridique, délégations internationales, fonds de solidarité d’urgence, soutien psychosocial et post-traumatique, campagnes publiques, pression coordonnée à travers le mouvement syndical mondial. Parce que la solidarité n’est pas un message, la solidarité est un mode d’action.

Dans la lutte entre la démocratie et l’autoritarisme, l’éducation n’est pas neutre. La salle de classe est soit un espace d’émancipation, soit une fabrique de la peur. Quant aux enseignantes et enseignants, il ne s’agit pas d'une simple main d’œuvre opérant à l’intérieur d’un système. Ce sont les gardiens et gardiennes de l’avenir.

L’Internationale de l’Éducation prend les engagements suivants :

Nous ne permettrons pas à la guerre de voler l’enfance.

Nous ne permettrons pas à la haine de devenir une politique.

Nous ne permettrons pas à la propagande de se substituer à la vérité.

Nous ne permettrons pas au multilatéralisme de s’effondrer au profit de la force brute.

Nous mobiliserons. Nous éduquerons. Nous résisterons à la répression. Nous construirons la paix.

Car l’avenir n’appartient pas à la peur, mais à la solidarité.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.