Mauritanie : accroitre le pouvoir syndical par des visites sur l’intégralité du territoire national
En Mauritanie, le Syndicat national de l’enseignement secondaire (SNES) mène un travail patient et déterminé pour soutenir les enseignant·e·s et renforcer la syndicalisation. Avec l’appui du SNES–FSU de France, cette stratégie de terrain s’est intensifiée au fil des années, notamment depuis la pandémie de COVID‑19.
« On a commencé en 2020 à aller chercher les nouveaux sortants de l’École normale supérieure. Une fois sur le terrain, ils trouvaient nos coordinations déjà en place, ce qui facilitait leur intégration », explique Amadou Tidjane Ba, secrétaire général du SNES.
Une organisation structurée, ancrée dans les réalités régionales
Le SNES couvre désormais les 363 établissements secondaires du pays. Ceci a été rendu possible par une méthode simple et efficace : répartir les 15 régions entre les membres du bureau exécutif selon leurs attaches locales. « Chacun va dans sa région natale. Et quand nous identifions un problème particulier, moi et mes adjoints, nous allons partout », précise Ba.
Les coordinations régionales jouent un rôle central. Dans certaines zones, comme l’Inchiri ou le Tiris Zemmour, les équipes se réunissent chaque fin de mois, lorsque les enseignant·e·s viennent retirer leur salaire en ville : « Ils en profitent pour se rassembler, tenir une réunion, recruter deux ou trois collègues. ».
Le syndicat organise également un webinaire chaque début de mois avec l’ensemble des 12 coordinateurs régionaux, assurant ainsi une circulation régulière des informations et des revendications.

Sur le terrain, un travail minutieux et souvent entravé
Chaque visite d’établissement requiert une procédure administrative contraignante, à savoir un ordre de mission validé par le gouverneur. « Sans cet ordre, certains établissements refusent l’accès », regrette le secrétaire général.
Malgré ces obstacles, les militant·e·s visitent les écoles entre le 20 et le 30 de chaque mois. Ils rencontrent les enseignant·e·s à l’école ou à domicile : « Quand je suis allé à Rosso, sur 40 professeurs, seuls 15 étaient là. Le reste, il fallait aller les voir chez eux. »

Ces visites permettent aussi de distribuer les documents essentiels : statuts, règlements intérieurs, matériel de campagne. Le syndicat dispose d’un guide syndical, certes ancien, mais toujours utilisé en attendant la mise à jour.
Syndicalisation : engagement, nomadisme et solidarité
Le SNES continue de recruter à chaque passage. Mais la faible culture syndicale complique la fidélisation. « Certains collègues ne regardent le syndicat qu’en cas de problème. Et quand tout va bien, ils oublient le syndicat », déplore Ba.
La question des cotisations est un défi majeur, compte tenu de faibles salaires et de la concurrence de syndicats financés politiquement. « Beaucoup de syndicats sont appuyés par des partis politiques. Nous non. Nous devons nous autofinancer, mais les gens n’aiment pas entendre cela. »
Pourtant, cette autonomie financière est vitale. Grâce aux cotisations, les coordinations régionales paient les loyers des locaux, les rames de papier, l’encre ou les factures. Lorsque l’argent manque, le bureau national comble les écarts.
« Avec les maigres salaires qu’on a, c’est avec ça qu’on peut lutter », affirme Ba.
Un appui international décisif pour faire vivre l’action syndicale
Face aux difficultés financières et politiques, l’appui du SNES‑FSU de France est déterminant. « Grâce aux conseils de l’Internationale de l’Éducation et au financement du SNES‑FSU, on peut se maintenir. On arrive à faire pas mal de choses : aller sur le terrain, fidéliser nos membres », reconnaît Ba.
Cet appui permet au syndicat de rester un acteur indépendant, qui mène un travail de fond essentiel pour défendre les enseignant·e·s et promouvoir l’enseignement public.
Comme le rappelle Ba : « Il faut qu’on soit autonomes. Il faut qu’on puisse se financer nous-mêmes. C’est la seule façon de tenir. »