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Mondes de l'éducation

Décoloniser l’éducation en Afrique : le rôle des syndicats de l’éducation

Publié 8 avril 2026 Mis à jour 10 avril 2026
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Nombreux sont les systèmes éducatifs africains qui, aujourd’hui encore, perpétuent l’héritage du colonialisme. Conséquence: les systèmes éducatifs de nombreux pays ont encore du mal à refléter les valeurs, l’histoire, les cultures, les langues et les expériences vécues par les citoyens et citoyennes de notre continent. Les savoirs et la sagesse autochtones sont souvent relégués à la périphérie des programmes scolaires, tandis que les idées coloniales et occidentales occupent le devant de la scène.

Je me souviens, alors que j’étais encore écolier dans la campagne zimbabwéenne, qu’on nous apprenait le nom des rivières et des villes d’Angleterre. J’avoue que je n’arrivais même pas à prononcer certains de ces noms.

En première année, nous récitions l’histoire de Humpty Dumpty et nous chantions « Baa Baa Black Sheep, have you any wool? » Ces réalités étrangères étaient fort éloignées de notre quotidien.

Par contre, je garde un souvenir précieux de ces merveilleuses soirées passées autour du feu, lorsque mon père ou ma mère se mettaient à raconter de belles histoires et des contes traditionnels sur les animaux, les arbres, les rivières et les montagnes de notre pays. Ces histoires commençaient toujours par la phrase : Kuthiwa kwakukhona. En français, on dirait : « Il était une fois ».

Dans le cadre d’un des programmes mis en place par l’Internationale de l’Éducation Afrique, nous apprenons aux enseignants et enseignantes à rédiger pour les enfants des écoles défavorisées des supports de lecture ancrés dans le contexte local. Les enfants aiment lire ces histoires et, rien que l’année dernière, c’est plus de 70 000 livres à l’usage des écoles défavorisées dont nous avons fait don à différents ministères de l’éducation.

La décolonisation de l’éducation consiste à garantir que celle-ci répond aux besoins sociaux, culturels et de développement de nos populations ; il s’agit de construire des systèmes éducatifs enracinés dans les réalités africaines, tout en s'ouvrant avec assurance au reste du monde.

En tant que voix collective du personnel enseignant et des travailleurs et travailleuses de l’éducation, nous jouons un rôle central dans cette transformation. Nous avons la responsabilité de remettre en cause le statu quo, de défendre l’autonomie professionnelle et de plaider en faveur de systèmes d’enseignement public inclusifs, pertinents, de qualité et démocratiques.

L’Internationale de l’Éducation a publié en 2024 une étude intitulée Les syndicats ouvrent la voie en matière de décolonisation de l’éducation. Comme celle-ci le montre clairement, par les mesures concrètes qu’ils adoptent pour contester l’héritage colonial dans les programmes d’études, les politiques linguistiques et la gouvernance éducative, les syndicats de l’éducation, en Afrique et au-delà, sont à l’avant-garde de ce combat.

Notre mission s’articule autour de quatre domaines clés :

  1. Décoloniser les mentalités : on ne peut décoloniser nos systèmes éducatifs si nous restons prisonniers des systèmes éducatifs coloniaux dans nos pensées. Ces systèmes étaient conçus pour subjuguer la majorité et promouvoir une minorité privilégiée.
  2. Décoloniser les programmes d’études : les programmes doivent être ancrés dans le contexte national et refléter nos valeurs, nos cultures et nos aspirations, tout en intégrant les tendances régionales et mondiales pertinentes.
  3. Décoloniser les réformes éducatives : les réformes sont souvent dictées par des bailleurs ou des experts du Nord global. Les enseignant·e·s et leurs syndicats doivent être présents à la table des décisions concernant les politiques et réformes éducatives.
  4. Décoloniser le financement de l’éducation : celui qui finance décide. Nos gouvernements disposent de ressources suffisantes pour investir dans l’éducation. C’est pourquoi la campagne La Force du public : ensemble on fait école ! lancée par l’Internationale de l’Éducation est si importante. Elle appelle à investir dans l’éducation, dans les personnels enseignants et dans les infrastructures éducatives.

La communication représente le pouvoir. La manière dont nous présentons ces enjeux, les voix que nous amplifions et les récits que nous racontons façonneront la compréhension du public, les opinions et les débats politiques.

Nous devons mener une réflexion stratégique sur les moyens de passer du dialogue à l’action ; sur les moyens de persuader, d’inciter et de pousser nos gouvernements à décoloniser l’éducation.

Ensemble, nous sommes plus forts.

Ce discours a été prononcé pour la première fois le 18 mars 2026 lors de la réunion du Réseau des responsables de la communication de l’Internationale de l’Éducation Afrique.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.