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Commission de la condition de la femme des Nations Unies : l’éducation est indispensable à la justice

Publié 14 avril 2026 Mis à jour 16 avril 2026

Une délégation de 15 femmes syndicalistes de l’éducation originaires de huit pays a représenté l’Internationale de l’Éducation (IE) lors de la 70e session de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies qui s’est tenue à New York du 9 au 19 mars. Elle a mis en avant le rôle l’éducation dans l’accès à la justice pour toutes les femmes et les filles, rôle qui a été reconnu par la Commission dans ses conclusions concertées.

La Commission de la condition de la femme (CSW) est le principal organe intergouvernemental mondial des Nations Unies chargé de promouvoir l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes. La 70e session de la CSW avait pour objectif de « garantir et renforcer l’accès de toutes les femmes et de toutes les filles à la justice, notamment en promouvant des systèmes juridiques inclusifs et équitables, en éliminant les lois, politiques et pratiques discriminatoires et en s’attaquant aux obstacles structurels ».

« Je pense que cette 70e session a été à la fois difficile et déterminante, » a déclaré Ann Mari Milo Lorentzen, présidente du Comité de la promotion des femmes de l’Internationale de l’Éducation, membre du Bureau exécutif de l’IE et vice-présidente du Syndicat de l’éducation de Norvège. « La tendance à s’éloigner du consensus était, d’après moi, un fait très préoccupant, en particulier alors que les États-Unis et plusieurs États conservateurs faisaient pression pour procéder à un vote. Il était inquiétant de voir que des formulations qui avaient été précédemment approuvées faisaient de nouveau l’objet de discussions. Cela risque de créer des différends persistants, non seulement sur les questions de genre, mais aussi dans les autres processus internationaux. Dans le même temps, le profond sentiment de solidarité m’a donné espoir. Il s’est révélé déterminant dans la protection des engagements clés en faveur des femmes et des filles. »

Des engagements forts en faveur de l’éducation

En étroite collaboration avec le mouvement syndical mondial, la délégation de l’Internationale de l’Éducation a plaidé pour que la CSW reconnaisse le rôle primordial de l’éducation dans l’accès de toutes les femmes et de toutes les filles à la justice, ainsi que les droits des personnels de l’éducation, un secteur fortement féminisé dans de nombreuses régions du monde.

Les conclusions concertées de la 70e session de la CSW se font l’écho de nombreux points mis en avant par les syndicats de l’éducation:

  • L’éducation est indispensable à la justice: les conclusions concertées exhortent l’ensemble des États à améliorer l’accès à la justice pour toutes les femmes et toutes les filles en investissant dans une éducation inclusive de qualité et en intégrant des formations juridiques aux programmes d’enseignement et aux initiatives de sensibilisation du grand public. Elles appellent également à élaborer des stratégies nationales qui associent réformes législatives et campagnes de sensibilisation du grand public en vue d’impliquer activement les hommes et les garçons en tant qu’alliés dans la promotion de l’égalité des genres et la défense de l’accès des femmes et des filles à la justice.
  • Le droit de travailler et les droits du travail : les conclusions concertées soulignent la nécessité de remplir les obligations issues des conventions de l’Organisation internationale du Travail (OIT) en matière de lutte contre la violence et le harcèlement sur le lieu de travail, ainsi que de réduction de l'écart de rémunération entre hommes et femmes. Elles insistent en outre sur l’application des droits du travail, notamment le droit d'organisation et de négociation collective, la transition de l’emploi informel vers l’emploi formel et décent et le droit à la réparation et à la justice pour les victimes de violations des droits du travail.
  • Les syndicats sont reconnus en tant qu’acteurs clés de la promotion de l’accès à la justice pour les femmes.
  • Des systèmes juridiques qui tiennent compte des questions de genre : les conclusions concertées réclament le financement adéquat des politiques en matière d’accès à la justice, la parité à tous les niveaux de gouvernance publique et au sein des systèmes juridiques, le renforcement des capacités de l’ensemble du personnel dépendant du système juridique et le renforcement des capacités des institutions à intégrer les questions de genre dans les lois et les politiques, y compris en ce qui concerne l’inspection du travail.
  • Le renforcement des capacités : des engagements ont été pris en matière de sensibilisation des femmes au droit, d’assistance juridique gratuite et d’investissements dans l’éducation, l’apprentissage tout au long de la vie et la formation professionnelle pour les femmes et les filles.
  • Un appel à un changement systémique : les conclusions concertées prennent acte de la multiplicité et du caractère intersectionnel des formes de discrimination et des barrières structurelles et systémiques, qui constituent des obstacles majeurs à l’égalité des genres.

Plaidoyer syndical mondial en faveur des femmes dans le monde du travail

Les fédérations syndicales mondiales ont appelé la CSW à veiller à ce que la justice se penche résolument sur les questions d’exploitation des femmes dans le monde du travail et des conditions de travail discriminatoires auxquelles elles font face en raison de leur genre. Elles ont demandé que les conclusions concertées comportent un engagement ferme à ratifier et à mettre effectivement en œuvre les normes internationales du travail liées aux principes et droits fondamentaux au travail de l’OIT pour toutes les femmes.

Vous pouvez lire ici la déclaration des fédérations syndicales mondiales à la 70e session de la CSW.

Les syndicats ont obtenu une victoire importante puisque l’article 8i des conclusions concertées répond à leurs demandes et engage les pouvoirs publics à « adopter, renforcer et faire appliquer des lois et des cadres réglementaires qui respectent, protègent et réalisent pleinement le droit des femmes au travail et leurs droits en tant que travailleuses, compte tenu des obligations qui découlent des conventions pertinentes de l’Organisation internationale du Travail ».

La solidarité syndicale contre les forces rétrogrades

Au cours des négociations de la CSW, certaines entités, en particulier les États-Unis, ont tenté de restreindre la définition du genre aux seules notions d’« hommes » et de « femmes ». Les parties prenantes progressistes ont uni leurs forces et sont parvenues à faire barrage à cette proposition rétrograde. Cependant, cet incident « nous rappelle que les valeurs d’accessibilité, d’inclusivité et d’équité sont menacées. Aujourd'hui, plus que jamais, nous devons veiller à promouvoir des normes qui protègent tout le monde », a noté Tesa Fiddler, éducatrice membre des Premières Nations et présidente du Comité consultatif de l’éducation autochtone de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants dans son article pour les Mondes de l’éducation.

La solidarité internationale a également été mise en avant à l’occasion de la réception organisée par l’American Federation of Teachers (AFT) en l’honneur des délégations de l’Internationale de l’Éducation et de l’Internationale des services publics. La présidente de l’AFT, Randi Weingarten, et la vice-présidente de l’AFT et membre du Bureau exécutif de l’IE, Evelyn DeJesus, ont insisté sur le rôle important que joue la solidarité dans la défense de la démocratie, de la paix, de l’éducation publique, de la santé et des droits des travailleuses et travailleurs dans le monde entier.

Revenant sur son expérience à la 70e session de la CSW, Mme Fiddler a souligné que « les engagements internationaux n’ont de sens que s’ils se traduisent au quotidien dans notre travail et dans nos interactions avec les personnes qui nous entourent. Les discussions qui ont lieu au niveau des Nations Unies doivent se poursuivre dans nos salles de classe, dans nos écoles, dans nos syndicats et dans nos communautés. »