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La force du public : les syndicats lusophones appellent à renforcer d’urgence l’enseignement public

Publié 13 mai 2026 Mis à jour 20 mai 2026

À l’occasion de la première Conférence de la Confédération syndicale de l’éducation des pays lusophones (Confederação Sindical da Educação dos Países de Língua Portuguesa, CPLP-SE), tenue du 4 au 8 mai à Lobito, en Angola, les syndicats d’Angola, du Brésil, du Cap-Vert, de Guinée-Bissau, du Mozambique, du Portugal et de Sao Tomé-et-Principe ont réaffirmé leur engagement en faveur de la défense de l’éducation, ainsi que la nécessité urgente de renforcer les organisations et de repenser la pratique syndicale. Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre de la campagne mondiale « La force du public : ensemble on fait école ! » de l’Internationale de l’Éducation (IE).

Sous le thème « Relever les défis d’aujourd’hui », la conférence a réuni 70 dirigeant·e·s et militant·e·s syndicaux·ales pour débattre d’enjeux communs liés aux systèmes éducatifs, à leur financement et aux défis organisationnels. Ces échanges se sont déroulés dans un contexte marqué par la réduction des investissements publics dans l’éducation et l’augmentation soutenue des dépenses militaires à l’échelle mondiale, une tendance qui met en péril le droit à un enseignement public, gratuit et de qualité.

La campagne comme outil d’action syndicale en Angola

Au niveau national, le syndicat SINPROF Angola a présenté la campagne « La force du public : ensemble on fait école ! » comme un outil essentiel pour améliorer les conditions d’apprentissage et renforcer l’action syndicale.

César Gomes António, secrétaire aux échanges et aux relations internationales du syndicat, a souligné que cette campagne aide les organisations syndicales à élaborer des stratégies plus solides pour exiger des gouvernements un engagement accru en faveur de l’investissement dans l’enseignement public.

Il a indiqué que cette dynamique pourrait se traduire par des améliorations concrètes, telles que des salaires plus décents pour les enseignant·e·s, des infrastructures scolaires adéquates, une plus grande disponibilité de matériel pédagogique et davantage de possibilités de formation et de développement professionnel pour le personnel enseignant.

Il a également souligné que cette campagne renforce la dimension internationale du travail syndical. Elle facilite la création d’alliances et la coopération entre les organisations de différents pays, contribuant par là même à renforcer la défense des droits des enseignant·e·s et la promotion d’un enseignement public de qualité pour toutes et tous.

Incidence syndicale et financement international de l’éducation

Un autre axe central de la conférence concernait le financement international de l’enseignement public dans les pays lusophones. April Golden, spécialiste au sein du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE, de son acronyme anglophone), a insisté sur l’importance d’une participation syndicale effective aux processus de définition, de planification et de suivi des ressources éducatives.

Dans son intervention, elle a expliqué que les cinq pays africains présents à la conférence bénéficiaient de fonds internationaux destinés au secteur de l’éducation. Elle a souligné que l’accès à ces ressources exigeait des plans structurés comprenant des preuves de participation sociale, y compris la représentation syndicale.

Organisation et planification pour défendre l’enseignement public

Le représentant de l’Internationale de l’Éducation, Angelo Gavrielatos, a insisté sur le fait que la défense de l’enseignement public passe par des syndicats forts, bien organisés et dotés d’une stratégie claire.

Il a souligné qu’il était important d’allier organisation, conscience politique et planification stratégique. Il a également insisté sur la nécessité d’entretenir des liens étroits avec la base syndicale et les communautés éducatives.

M. Gavrielatos a affirmé qu’aucune avancée n’est possible sans crédibilité, participation et engagement collectif. En ce sens, il a appelé à la mise en place de campagnes nationales coordonnées visant à mobiliser les gouvernements, les communautés et les acteurs internationaux afin de garantir un investissement suffisant et durable dans l’enseignement public.

Financer la vie, pas la guerre

Dans un message adressé à la conférence, le président de l’Internationale de l’Éducation, Mugwena Maluleke, a souligné que la crise du financement de l’éducation n’était pas due à un manque de ressources. Il a expliqué que cette crise est la conséquence de décisions politiques qui privilégient les dépenses militaires au détriment des services publics essentiels.

Alors que les dépenses militaires mondiales atteignent des niveaux records, les budgets alloués à l’éducation sont réduits dans de nombreux pays, a averti M. Maluleke. Cette situation a un impact direct sur les conditions de travail des enseignant·e·s, ainsi que sur les conditions d’apprentissage des élèves.

À cet égard, M. Maluleke a réaffirmé que l’investissement dans l’enseignement public est fondamental pour la paix, la cohésion sociale et le développement durable.

Renforcer la participation et la démocratie éducative

Les débats au sein des groupes de travail ont permis d’aborder différents défis pour l’action syndicale. Parmi ceux-ci figuraient le manque de formation, les difficultés de communication, la faible participation des femmes et des jeunes, ainsi que les atteintes à la liberté syndicale.

Dans le même temps, l’accent a été mis sur la nécessité de rapprocher le syndicat de la réalité quotidienne des établissements scolaires, d’améliorer l’inclusion et promouvoir le renouvellement des organes de direction.

Au cours de la séance de clôture, Heleno Araújo, secrétaire général de la CPLP-SE et vice-président du Comité exécutif mondial de l’IE, a souligné que la campagne « La force du public : ensemble on fait école ! » de l’IE contribue de manière significative au renforcement de l’enseignement public dans toutes les régions du monde.

Il a indiqué que, malgré les progrès accomplis, d’importants défis subsistent pour garantir un accès intégral à des systèmes éducatifs publics dotés d’infrastructures adéquates et d’un personnel éducatif dûment embauché, valorisé et reconnu.

À ce propos, il a fait remarquer que la campagne contribue à maintenir une présence active au niveau local, à en promouvoir la diffusion, à s’adapter aux spécificités locales et à faire du financement de l’enseignement public une priorité permanente de l’agenda syndical et politique.

La première Conférence de la CPLP-SE a réaffirmé que la défense d’un enseignement public, gratuit et de qualité est indissociable de la lutte pour des sociétés plus justes, pacifiques et inclusives.

Depuis l’espace lusophone, les syndicats de l’éducation s’engagent avec détermination dans la campagne « La force du public : ensemble on fait école ! ». Ils exigent que les gouvernements inscrivent l’enseignement public au cœur de leurs priorités et garantissent un financement adéquat et durable, aujourd’hui et à l’avenir.