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Éducation de la petite enfance, un personnel sous tension : les données de l’OCDE confortent les revendications syndicales en matière d’emplois de qualité et de rémunération équitable

Publié 7 mai 2026 Mis à jour 15 juin 2026

Les nouvelles conclusions de l’Enquête internationale sur l’enseignement et l’apprentissage (TALIS) « Petite enfance, grands défis », une enquête internationale à grande échelle menée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), mettent en lumière une réalité mondiale qui est également une revendication syndicale : pour assurer la qualité de l’éducation de la petite enfance (EPE), il faut des emplois stables, assortis d’une rémunération juste, d’une organisation adéquate du temps du travail, d’une formation appropriée et de niveaux de personnel propres à garantir une bonne pédagogie.

Un personnel qui fait tourner le système éducatif sans bénéficier de conditions de travail équitables

Intitulé TALIS « Petite enfance, grands défis » : de nouvelles données probantes en faveur du personnel de l’éducation de la petite enfance, le webinaire qui s’est tenu le 16 avril 2026 visait à offrir aux organisations membres de l’Internationale de l’Éducation (IE) un espace de discussion pour aborder les implications des données de l’ enquête TALIS « Petite enfance, grands défis » 2024 en matière de renforcement des systèmes d’EPE à travers de meilleures conditions de travail et de formation.

Ouvrant le débat, Antonia Wulff, directrice de la recherche, de la politique et du plaidoyer au sein de l’IE, s’est réjouie de l'opportunité de travailler avec des éléments de preuve qui reflètent ce que les syndicats documentent depuis des années : « Le rapport conclut à une main-d’œuvre sous tension. Des pénuries structurelles et persistantes de personnel, des niveaux élevés de stress et des possibilités limitées de développement professionnel : telle est la réalité du personnel de l’EPE. »

Elle a souligné qu’en dépit d’une grande satisfaction au travail, bon nombre de personnels de l’EPE sont mécontents de leurs rémunérations, des perspectives de carrière et du manque de reconnaissance à l’égard de leur profession, ce qui dénote un système qui repose sur l’engagement tout en sous-estimant les personnes qui rendent possible l'éducation de la petite enfance.

Des « systèmes éducatifs solides » doivent offrir des lieux de travail solides

Présentant les conclusions du rapport, Elizabeth Shuey, analyste au sein de l’équipe Éducation et accueil des jeunes enfants de l’OCDE, a insisté sur le fait que toute définition sérieuse de la qualité se doit de mentionner le bien-être du personnel ainsi que les parcours professionnels : « Des systèmes d’éducation et d’accueil des jeunes enfants solides valent également pour la main-d’œuvre, car c’est précisément au sein de ces systèmes que celle-ci accomplit sa mission. »

Et d’ajouter que de tels systèmes doivent offrir « satisfaction au travail et progression de carrière, de même que des possibilités d’apprentissage et de collaboration, tout en maintenant le stress à des niveaux raisonnables ».

L’enquête TALIS sur la petite enfance reflète les voix du personnel et des dirigeant·e·s des structures du niveau préprimaire et de celles accueillant des enfants de moins de trois ans dans 17 pays et entités infranationales. Elle met en évidence les pénuries persistantes qui touchent la profession ainsi que le stress lié à la charge de travail et aux ressources limitées.

Elle montre également que dans les différents pays, les éducateurs et éducatrices mettent fortement l’accent sur le développement social et émotionnel des enfants – beaucoup disent aider les enfants à « exprimer ce qu’ils ressentent au quotidien » – mais accordent une importance très variable à d’autres pratiques telles que la lecture quotidienne.

Les dirigeant·e·s de l’EPE font état d’une communication soutenue et fréquente avec les familles mais signalent « une interaction moins régulière avec les spécialistes du développement de l’enfant ou avec les services liés à la santé », alors même que bon nombre de personnels travaillent avec des enfants dont la langue parlée à la maison diffère de la langue utilisée dans le cadre éducatif, un défi supplémentaire face auquel il convient de mettre en place un soutien.

Une formation déterminante pour faire évoluer la pratique, encore hors de portée pour un trop grand nombre d’éducateurs et éducatrices

En ce qui concerne la formation professionnelle, la participation est un fait saillant révélé par les données mais des obstacles et des lacunes sont également mis en lumière. Si plus de 80 % du personnel a suivi une formation professionnelle au cours de l'année précédant l'enquête, principalement sous forme de cours, de séminaires ou d'ateliers, ils sont nettement moins nombreux à avoir participé à des activités d'apprentissage collaboratif sur le lieu de travail.

Ce manque d’intérêt n’est pas sans conséquence dès lors que, comme l’a noté Elizabeth Shuey, les approches d’apprentissage sur le lieu de travail « peuvent être particulièrement efficaces pour faire évoluer les pratiques » et le coaching, « l’une des formes les plus efficaces du développement professionnel continu », a été proposé à « moins de 40 % du personnel au cours de l’année précédant l’enquête ».

Elle a poursuivi en soulignant que « le travail avec des enfants ayant des besoins éducatifs spéciaux » est le principal domaine pour lequel le personnel affirme avoir davantage besoin de possibilités de développement professionnel, alors même que l’accueil d’enfants ayant des besoins spéciaux constitue également une source de stress importante lorsque la formation s’avère insuffisante et les responsabilités bien trop nombreuses.

L’autonomie professionnelle peut atténuer le stress, a-t-elle ajouté, mais elle ne permet pas de compenser les problèmes chroniques de sous-effectifs et de surcharge.

Rémunération, reconnaissance et sous-évaluation de l’EPE fondée sur le genre

Au cours du webinaire, les organisations membres de l’IE ont également réfléchi à la pertinence des données par rapport à la réalité quotidienne de leurs membres, afin de mieux adapter les stratégies syndicales.

Depuis la Nouvelle-Zélande, Cassie Katene, NZEI Te Riu Roa, a souligné que « les défis auxquels nous sommes confrontés sont les mêmes aux quatre coins du monde », ajoutant que « nous avons toutes et tous conscience que les conditions dans lesquelles travaillent les enseignant·e·s sont aussi celles dans lesquelles apprennent les élèves ». Elle a ensuite mis en garde contre « les décisions et les réformes qui reposent sur des motivations commerciales, placent le profit avant les enfants et portent atteinte aux salaires et aux conditions dont bénéficient les enseignant·e·s », insistant sur le fait que « des investissements importants et un soutien à l’apprentissage » sont essentiels.

Elle a poursuivi en appelant au pouvoir d’organisation, en particulier dans les chaînes privées à but lucratif : « En agissant à l’unisson et en faisant appel au pouvoir collectif, le potentiel de changement est énorme. »

Jon Kaurel de l’Union of Education Norway a décrit ce qui se passe lorsque les effectifs s’effondrent : une « crise du personnel des écoles maternelles » qui oblige à fermer des établissements ou limiter les heures d’ouverture et menace ainsi de réduire l’éducation préscolaire à « des services de garderie, lui ôtant toute valeur pédagogique ».

Il a évoqué le lien entre la charge de travail et l’augmentation des maladies mentales et expliqué que les tâches confiées « ne font que s’accumuler », ce qui accentue le stress et empêche une bonne conciliation entre travail et vie privée. Il a également mentionné la nécessité avérée de disposer « d’un personnel suffisant et de salaires décents pour attirer et retenir des enseignantes et enseignants de maternelle qualifiés ».

Depuis le Bénin, Gaétan Kponoukon, secrétaire général du Syndicat national des enseignantes et enseignants des écoles maternelles du Bénin (SYNAEM-Bénin), a indiqué que les données de l’OCDE concordent avec les réalités observées par les syndicats en Afrique : l’EPE n’est pas suffisamment financée et reconnue, les règles qui améliorent le statut du personnel sont mises en œuvre lentement et le personnel enseignant travaille souvent sur la base de contrats précaires.

Il a également précisé : « Le secteur de l’éducation de la petite enfance est à la base même de tout système éducatif. Sans un statut décent et de bonnes conditions de travail en faveur du personnel de l’EPE, la réalisation d’une éducation de qualité relève du vœu pieux. »

Marjolaine Perreault, directrice générale de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et membre du Bureau exécutif de l’IE, a indiqué que l’EPE était le secteur le plus sévèrement impacté par les pénuries et le manque de financement au Québec, et elle a mis en garde contre le fait que les solutions à court terme, à savoir la réduction du personnel qualifié et le déploiement des formations de courte durée, portent atteinte aux normes de qualification, à la stabilité et à la qualité.

Elle a également mis en lumière des acquis syndicaux, soulignant les revalorisations salariales et les investissements en faveur du développement professionnel continu, avant d’ajouter que « nous devons réinvestir dans le secteur public, améliorer les conditions de travail et valoriser la profession ».

Des preuves à la négociation : exploiter les données au profit des travailleurs et travailleuses

En clôture de la réunion, Antonia Wulff a encouragé les affiliés à reconnaître la valeur politique des preuves : « Bien souvent, le fait d’appuyer nos interventions sur des données provenant d’un expert neutre comme l’OCDE nous place dans une situation avantageuse lors de nos échanges avec les gouvernements, les institutions et les processus politiques. »

Elle a également exhorté les syndicats à poursuivre les lancements de l’enquête TALIS au niveau national – idéalement en collaboration avec les gouvernements, dès lors que les conclusions « font écho à ce que nous défendons et revendiquons depuis des années ».

Pour en savoir plus sur la politique de l’IE dans le domaine de l’EPE, cliquez ici.

La synthèse proposée par l’IE, Conclusions de l’enquête TALIS « Petite enfance, grands défis » : principales données sur la profession (en anglais) sont disponibles ici.