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Pénurie de personnel enseignant : la recherche appelle à lutter contre les inégalités de genre

Publié 8 juillet 2026 Mis à jour 23 juillet 2026

Le Réseau de recherche (ResNet) de l’Internationale de l’Éducation (IE), qui rassemble le secteur syndical et la recherche, a déclaré qu’il n’est pas possible de comprendre la pénurie mondiale d’enseignant·e·s – ni d’y faire face – sans s’attaquer aux inégalités de genre qui façonnent les systèmes éducatifs, le monde du travail et la profession elle même.

Placer le genre au cœur du combat

Au cours d’une réunion organisée par le Réseau de recherche les 15 et 16 juin, les participant·e·s ont étudié la pénurie d’enseignant·e·s sous le prisme du genre. L’objectif était de « consolider les données disponibles concernant la pénurie d’enseignantes et enseignants en y intégrant une perspective de genre afin d’examiner comment la recherche peut mieux soutenir les syndicats, le travail de plaidoyer, les actions collectives et l’élaboration de politiques ». Cette discussion s’inscrivait dans le cadre des priorités plus larges de l’IE, notamment le Plan d’action pour l’égalité des genres et la campagne « La force du public : ensemble on fait école ! ».

Selon les intervenantes ayant participé à cette rencontre en ligne, pour étudier la pénurie d’enseignant·e·s sous le prisme du genre, il est essentiel de se pencher sur les structures profondes qui déterminent qui entre dans la profession, qui y reste et qui voit son travail mis en avant. Elles ont également affirmé que la pénurie de personnel enseignant est indissociable de la charge de travail, du stress, des obligations familiales en matière de soins, des stéréotypes de genre, des inégalités d’accès aux postes à responsabilités et du sous financement chronique dans l’enseignement public.

Une profession qui repose sur les travailleuses, mais pas sur l’égalité

Pour Antonia Wulff, directrice de la recherche, des politiques et du plaidoyer à l’IE, la discussion doit s’ancrer dans les engagements stratégiques adoptés par le Congrès mondial de l’IE en 2024 et qui « appellent à prendre des mesures urgentes concernant la pénurie ». Elle a en outre souligné la nécessité d’analyser précisément les raisons pour lesquelles « de moins en moins de jeunes gens » se tournent vers la profession enseignante.

Elle a ensuite mentionné les réalités de la vie quotidienne, qui font qu’il est impossible de considérer cette pénurie comme un phénomène neutre du point de vue du genre : la charge de travail et le niveau de stress, la progression de carrière, les parcours professionnels ou encore les « problèmes de violence et de santé mentale ». Ces aspects, a-t-elle fait remarquer, « ont une forte dimension genre qui exige qu’on s’y attarde et qu’on les questionne avec attention ».

Par ailleurs, Mme Wulff a mis en lumière une des principales contradictions des systèmes éducatifs du monde entier : « La majorité des personnels enseignants sont des femmes, notamment dans l’éducation de la petite enfance. Mais nous savons également que, dans la plupart des pays, la majorité des responsables d’établissement sont des hommes. » Elle a de plus rapporté que de nombreuses organisations membres de l’IE signalent une ségrégation par matière, les hommes s’orientant souvent davantage vers les sciences et les mathématiques tandis que les femmes se tournent vers les sciences humaines et le soin.

Lorsque les États imposent des mesures d’austérité, a ajouté Mme Wulff, « la santé et l’éducation en sont les premières victimes ». Il ne s’agit alors pas seulement d’un « coup porté aux services publics », mais également d’une « atteinte directe au travail des femmes », qui représentent la majorité du personnel du secteur de l’éducation et sont parmi les premières à ressentir les conséquences de la détérioration des conditions de travail, a t-elle déclaré.

Qui porte la responsabilité... et qui détient le pouvoir ?

Dans son intervention, Marie-Pierre Moreau, professeure en sociologie de l’éducation, du travail et des inégalités à l’université Anglia Ruskin, est revenue sur la visibilité croissante de la question du genre dans le débat public. Elle a toutefois averti qu’une plus grande visibilité n'est pas nécessairement synonyme d’une plus grande justice : « Nous vivons dans un monde où on n’a jamais autant parlé de genre », a-t-elle assuré. Pourtant, « la question de l’équité de genre est devenue très controversée ».

Selon Mme Moreau, les inégalités de genre constituent, à bien des égards, un enjeu de justice sociale. Alors que les femmes représentent la majorité du personnel enseignant, elles se concentrent principalement dans les segments du marché du travail « moins valorisés ou considérés comme moins prestigieux », a t-elle indiqué. Dans le même temps, il existe « une grande méfiance vis-à-vis des hommes qui enseignent », en particulier dans le préscolaire et dans le primaire, ce qui crée des obstacles dans un contexte où les systèmes éducatifs peinent déjà à recruter et à retenir leur personnel.

Mme Moreau s’est également penchée sur les termes employés pour décrire la profession. « Lorsqu’on parle de quelque chose, on ne fait pas que décrire cette réalité, on la construit aussi », a-t-elle expliqué, détaillant les nombreuses significations associées au mot « féminisation ».

D’après son analyse, ce terme est souvent utilisé de manière vague pour désigner la présence numérique des femmes, les qualités prétendument féminines associées à l’enseignement ou encore l’idée que la profession serait en quelque sorte « adaptée aux femmes ». Elle a démontré que chacune de ces définitions peut servir à présenter le soin comme un travail féminin et à dévaloriser le travail des enseignant·e·s.

De plus, elle a remis en cause l’argument tenace selon lequel la profession enseignante serait « particulièrement compatible avec une vie de famille ». S’appuyant sur les résultats d’une enquête menée au Royaume-Uni, Mme Moreau a fait valoir que les enseignant·e·s travaillent souvent « entre 50 et 60 heures par semaine » et rencontrent des difficultés à concilier leur travail avec leurs responsabilités familiales. Loin de prouver que l’enseignement est naturellement fait pour les femmes, ce constat révèle au contraire une profession marquée par la surcharge de travail et les contradictions.

« Il est très clair que le problème ne vient pas de la féminisation de l’enseignement », a-t-elle ajouté. « C’est la construction de cette féminisation qui est un problème. » Elle a en outre réfuté la théorie selon laquelle les garçons auraient davantage besoin d’enseignants masculins comme modèles, affirmant qu’aucune preuve ne vient étayer cette croyance.

De la recherche à l’action syndicale

La discussion qui a suivi a permis de dégager une série de priorités urgentes pour les travaux de recherche et les actions syndicales à venir : l’accès des femmes aux postes de direction, l’écart de rémunération, le départ des enseignant·e·s, les stéréotypes liés au soin et à l’exercice de l’autorité, ainsi que des comparaisons transnationales plus approfondies. Les participant·e·s ont fait remonter la nécessité de mettre l’accent sur le leadership, mais aussi sur la surreprésentation des femmes parmi les personnels de soutien à l’éducation et sur la remise en cause des stéréotypes concernant ce que la féminisation de la profession signifie.

Élaborer des stratégies collectives en faveur de la justice de genre

Coordinatrice de la recherche, des politiques et du plaidoyer à l’IE, Gina Pancorbo a présenté le portail santé et bien-être de l’Internationale de l’Éducation, une plateforme collaborative conçue pour promouvoir des environnements de travail plus sains, en particulier en ce qui concerne « la santé et le bien-être physique des femmes ». Elle a notamment précisé que ce portail rassemble des ressources sur l’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle, sur la santé mentale et le stress, ainsi que sur les violences de genre, la santé reproductive et les risques psychosociaux au travail.

Par ailleurs, a-t-elle ajouté, cette plateforme repose sur la participation collective. Adhérent·e·s, chercheur·euse·s et organisations membres sont invité·e·s à apporter leurs propres contributions afin de créer une « base de données mondiale regroupant des connaissances et des ressources ».

Enfin, Mme Pancorbo a présenté un aperçu de la cinquième Conférence mondiale des femmes de 2026, qui réunira des dirigeantes syndicales du monde entier. L’une des séances plénières de cet événement abordera la problématique de la pénurie d’enseignant·e·s « sous le prisme du genre », a révélé Mme Pancorbo, y compris le statut de la profession, l’accès à l’enseignement, la charge de travail et les responsabilités familiales.