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Mondes de l'éducation

Jamaica Teachers' Association 2025
Jamaica Teachers' Association 2025

Voix de l’éducation | La solidarité en soutien aux communautés scolaires face aux événements climatiques extrêmes

Entretien avec Susan Rattray-Hammond (docteure), directrice de l’école primaire et maternelle de Petersfield, en Jamaïque.

Publié 25 août 2026 Mis à jour 25 août 2026
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Mondes de l’éducation : Susan, merci d’avoir accepté de nous accorder cet entretien. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots auprès de nos lecteurs et lectrices ?

Je m’appelle Susan Rattray-Hammond, je suis diplômée en enseignement primaire et j’ai suivi une formation avancée en mathématiques. En tant qu’enseignante depuis trois décennies, j’ai enseigné à tous les niveaux du système éducatif jamaïcain. Je suis actuellement directrice de l’école primaire et maternelle de Petersfield, dans la paroisse de Westmoreland, en Jamaïque. J’ai l’honneur et le privilège de diriger cet établissement depuis seize ans.

Mondes de l’éducation : Pourquoi avez-vous décidé de devenir enseignante ?

Si j’ai choisi d’enseigner, c’est parce que je suis convaincue que l’éducation constitue l’un des vecteurs les plus importants d’un développement significatif, tant sur le plan individuel que communautaire. Selon moi, « le savoir, c’est le pouvoir ; mais le véritable pouvoir ne s’acquiert que lorsque le savoir est utilisé de façon positive au service de l’humanité ». Mon métier d’enseignante me permet d’adopter et de mettre en pratique ces principes au quotidien.

Mondes de l’éducation : Pourriez-vous nous décrire une journée type dans votre vie d’enseignante au lendemain de l’ouragan Melissa ? Quels ont été les principaux défis auxquels vous vous êtes heurtée immédiatement après l’ouragan et quelles difficultés rencontrez-vous aujourd’hui ?

En tant qu’enseignante et directrice d’école, surmonter les défis consécutifs à l’ouragan Melissa n’a pas été chose facile. Dans les jours qui ont suivi l’ouragan, la priorité était de prendre contact avec les membres du personnel, les élèves, les familles et les autres parties concernées. En même temps que j’évaluais l’ampleur des dégâts au niveau de mon propre foyer et de ma famille, je me suis efforcée d’évaluer la situation à l’école, en prenant des nouvelles du personnel, des élèves et des parents, pour m’assurer que tout le monde allait bien. Une expérience qui s’est révélée éprouvante par moments, notamment lorsque j’ai constaté les ravages causés tout autour de moi et les difficultés rencontrées par certaines personnes pour surmonter le traumatisme résultant de la destruction. Je me suis retrouvée à assumer une multitude de rôles, non seulement au sein de ma communauté scolaire, mais aussi au niveau de ma communauté locale.

Le principal défi au lendemain de l’ouragan Melissa était de communiquer, car les systèmes d'alimentation électrique et les réseaux de télécommunications avaient tous été fortement touchés. Le simple fait de pouvoir joindre ses proches, ses amis, ses collègues était devenu impossible. Les coupures de courant ont plongé de nombreuses communautés dans l’obscurité pour une longue période. L’approvisionnement en eau potable a également été perturbé, alors que l’accès à certains lieux a été rendu impossible en raison des inondations et des dégâts subis par le réseau routier.

Dix mois plus tard, nous nous heurtons à d’autres difficultés liées, cette fois, à la lenteur des travaux de reconstruction et de relance, en raison des coûts élevés mais aussi de la pénurie de main-d’œuvre et de matériaux. La situation est, de surcroît, aggravée par les problèmes logistiques mondiaux, la baisse des revenus et la gestion ponctuelle de la distribution de l’aide humanitaire.

Nous ne sommes plus qu’à quelques semaines de la rentrée scolaire et de nombreux établissements ne sont toujours pas prêts. Nous devons envisager des solutions alternatives à ce qui serait une rentrée scolaire normale. Outre le fait de devoir composer avec des environnements d’apprentissage loin d’être idéaux, nous devons également nous préparer à prendre en compte les traumas éventuels subis par nos élèves. Cela implique de former nos enseignant·es à l’aide psychologique de première ligne et de leur apprendre à intégrer l’ensemble des variables et des antécédents qui ont une incidence sur les acquis scolaires de nos élèves.

Mondes de l’éducation : L’ouragan a-t-il eu des répercussions disproportionnées sur les enseignantes ?

Les femmes étant majoritaires dans le secteur de l’éducation, l’impact de l’ouragan sur les enseignantes risque d'être disproportionné par rapport à celui subi par leurs homologues masculins. En tant que nourricières et pourvoyeuses de soins, les femmes contribuent à créer un environnement rassurant, sécurisant et stable, permettant aux membres de leur entourage de s’épanouir. C’est pourquoi, au lendemain d’une crise telle que l’ouragan Melissa, notre présence sur le terrain est primordiale pour apporter un réconfort social et psychologique aux personnes qui nous entourent. Que ce soit dans les salles de classe, les églises, les associations communautaires ou l’entraide citoyenne, nos consœurs ont démontré que « la main qui berce le berceau gouverne le monde ».

Mondes de l’éducation : Comment vous soutenez-vous mutuellement avec vos collègues, et quel est le rôle de votre syndicat ?

En tant que “famille scolaire”, mes collègues et moi-même veillons constamment les uns sur les autres. Nous échangeons des mots d’encouragement et de réconfort, nous partageons des informations utiles, et nous veillons de manière générale au bien-être de chacune et de chacun, tant sur le plan professionnel que personnel. Tout en offrant à toutes et tous un cadre sûr et bienveillant au niveau de l’école, nous éprouvons de la reconnaissance quant au fait d’appartenir à une association qui se soucie de ses membres et qui s’efforce de soutenir et de promouvoir leur bien-être. Pour cette raison, nous tenons à exprimer notre gratitude à la Jamaica Teachers’ Association pour son soutien à un moment où nous étions particulièrement vulnérables. Alors que nous nous préparons pour l’année scolaire 2026-2027, le soutien de notre syndicat reste nécessaire, notamment sous forme de ressources concrètes. Nous encourageons vivement la poursuite de la mise à disposition de services de santé mentale pour nos collègues qui en ont besoin, car aucun d’entre eux ne devrait jamais être contraint de souffrir en silence. Ceci est d’autant plus important que l’enseignement est une profession très stressante.

Mondes de l’éducation : Quelles mesures préventives ont été mises en place dans le secteur de l’éducation, sachant que des ouragans frappent chaque année la Jamaïque à différents endroits ?

Compte tenu de la situation géographique de la Jamaïque, de notre histoire marquée par des ouragans dévastateurs, ainsi que des réalités du changement climatique et de ses effets néfastes sur notre pays, j’ai l’espoir que le processus de reconstruction de nos écoles mettra l’accent sur l’atténuation des risques de catastrophe, la résilience climatique et les sources d’énergie renouvelables. Même si nous ne pouvons pas contrôler la nature, nous pouvons tirer les leçons de nos expériences passées et nous en inspirer pour orienter notre planification stratégique en matière de gestion des risques de catastrophe. Nous pourrons ainsi réduire les délais de reconstruction et reprendre une activité productive, non seulement dans nos écoles, mais aussi dans la société dans son ensemble.

Mondes de l’éducation : Vos collègues du monde entier se sont mobilisé·es pour soutenir les enseignant·es de votre pays en cette période difficile. Quelle a été votre expérience de la solidarité ? Qu’est-ce que cela a représenté pour vous et vos élèves ?

Le soutien témoigné par nos collègues du monde entier a été fort apprécié, et ce à un moment où le besoin s’en faisait cruellement ressentir. Vivre une crise de l’ampleur de l’ouragan Melissa peut s’avérer une expérience extrêmement éprouvante. Le fait de savoir qu’il existe, aux quatre coins du monde, des personnes prêtes à donner un coup de main peut faire et fait effectivement la différence. Vos pensées, vos prières et votre soutien concret nous ont été d’un grand secours. Cette solidarité a montré que les enseignantes et enseignants ne sont pas seulement des héros à l’école, mais des héros sans frontières, des héros qui ont un impact sur la vie de personnes qu’ils et elles ne connaissent pas personnellement. C’est cela, le véritable héroïsme.

Mondes de l’éducation : Y a-t-il un message que vous souhaiteriez transmettre à vos collègues à travers le monde ?

Au nom des écoles, des élèves, des parents et des enseignant·es, je tiens à vous exprimer notre sincère gratitude. Vous nous avez rappelé que nous ne sommes pas seul·es. Même si vous n’étiez pas personnellement touché·e·s, vous avez partagé notre souffrance, compris les implications de la crise à laquelle nous faisions face, et vous vous êtes mobilisé·es pour nous venir en aide. Votre soutien nous a apporté l’espoir, nous a redonné le sourire et nous a aidé·es à nous relever. Nous vous en sommes sincèrement reconnaissant·es. Merci.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.