Les syndicats de l'éducation concrétisent leurs actions collectives grâce à la campagne La force du public en Égypte, en Irak, au Liban et au Maroc
Les syndicats de l’éducation d’Égypte, d’Irak, du Liban et du Maroc se sont réunis à Beyrouth, au Liban, afin de mettre à profit la dynamique croissante de la campagne « La force du public : Ensemble on fait école ! » pour renforcer le pouvoir et l’action des syndicats. La réunion régionale d’évaluation et de planification stratégiques de la campagne, qui s’est tenue les 3 et 4 octobre 2026, a été l’occasion de faire le point sur les avancées concrètes, de relever les défis qui subsistent et de préparer la prochaine phase d’action collective en faveur d’un renforcement des investissements publics dans l’éducation et le personnel enseignant.
S'appuyant sur leurs expériences nationales, les syndicats ont fait le point sur les progrès accomplis concernant les politiques relatives aux enseignant·e·s et le financement de l’éducation. Ils ont en outre échangé sur leurs stratégies et les enseignements tirés de leurs campagnes, renforcé la solidarité régionale et commencé à définir des priorités nationales et régionales ambitieuses pour 2027.
Lors de l’ouverture de la réunion régionale, Manal Hdaife, présidente de la Structure interrégionale des pays arabes, a souligné l’importance de forger une unité autour de revendications communes et de renforcer les syndicats en tant que force de changement dans la politique éducative.
Succès régionaux : concrétiser les actions de campagne
À travers toute la région, la campagne « La force du public : Ensemble on fait école ! » aide les syndicats à renforcer leur pouvoir collectif, à influencer les politiques et à inscrire l’investissement public en faveur des enseignant·e·s et de l’éducation au cœur des priorités politiques. Qu’il s’agisse des progrès réalisés en matière d’emploi permanent et de salaires, de l’augmentation du financement de l’éducation, du renforcement des structures syndicales ou encore de l’amélioration du dialogue social et des négociations collectives, les syndicats ont présenté des exemples illustrant comment une action syndicale et un plaidoyer soutenus contribuent à des changements concrets.
Égypte : promouvoir le recrutement de personnel enseignant, la sécurité de l’emploi et l’investissement dans la profession
En Égypte, le plaidoyer syndical autour des priorités de la campagne La force du public a contribué à la mise en place de réponses politiques concrètes aux revendications de longue date des syndicats de l’éducation, notamment en ce qui concerne la pénurie de personnel enseignant, la sécurité de l’emploi et la rémunération.
Près de 90.000 enseignantes et enseignants ont d’ores et déjà été recruté·e·s, l’objectif à terme étant fixé à 150.000, répondant ainsi directement aux appels des syndicats visant à remédier à la pénurie chronique de personnel enseignant et à faire en sorte que les écoles publiques soient dotées des effectifs dont elles ont besoin.
Des progrès ont également été accomplis en matière de sécurité de l’emploi, grâce aux efforts visant à passer d’un système de rémunération horaire à un régime d'emploi contractuel. Cette mesure répond à une revendication syndicale fondamentale visant à réduire le travail précaire et à garantir au personnel enseignant une plus grande sécurité de l’emploi ainsi que des conditions de travail décentes.
Au cours de ces cinq dernières années, les enseignantes et enseignants ont également bénéficié d’augmentations salariales significatives, notamment d’une prime supplémentaire de 1.000 EGP par enseignant·e à la fin de l’année 2025, reflétant par-là même la pression constante exercée pour améliorer la condition et la rémunération de la profession.
Parallèlement, les réformes de l’enseignement technique et professionnel visent à renforcer la qualité et la pertinence de l’enseignement public. Quelque 70 programmes d’études ont été élaborés ou mis à jour, intégrant des domaines tels que les compétences numériques, la programmation et l’intelligence artificielle, parallèlement à des efforts visant à mieux articuler l’enseignement technique avec les futures opportunités d’emploi.
Dans l’ensemble, ces évolutions témoignent de progrès importants vers les priorités fondamentales de la campagne « La force du public : Ensemble on fait école ! », à savoir : remédier à la pénurie de personnel enseignant, améliorer la sécurité de l’emploi et la rémunération, investir dans la profession enseignante et renforcer l’éducation publique.
Irak : de l’emploi précaire à des postes permanents
En Irak, le Syndicat des enseignant·e·s d’Irak (Iraq Teachers Union − ITU) a fait état d’avancées majeures à la suite du dialogue soutenu mené avec le gouvernement. Quelque 200.000 enseignant·e·s contractuel·le·s passent ainsi au statut d’employé·e·s permanent·e·s de la fonction publique, le gouvernement ayant accepté de prévoir ces postes dans le budget national de 2027. Au cours des deux dernières années, le syndicat a également obtenu pour les enseignant·e·s des augmentations salariales équivalant à environ 200 USD et s’est vu accorder un rôle dans les discussions sur les critères relatifs à l’ouverture d’écoles privées.
Suite aux progrès réalisés sur le plan de l’emploi des enseignant·e·s, le syndicat met désormais davantage l’accent sur les investissements publics dans les infrastructures scolaires et, plus largement, sur la qualité de l’éducation publique.
La campagne contribue, d’autre part, au renforcement des capacités syndicales. Le Syndicat des enseignant·e·s d’Irak a mis en place un nouveau département chargé de la recherche et du développement ainsi qu’un système de gestion numérique des affiliations. Il a, en outre, mis sur pied un comité des femmes national et modifié son règlement intérieur en vue de l’instauration d’une formation syndicale à l’intention des enseignantes et des enseignants qui accèdent à la profession. L’ensemble de ces dispositions renforcent la capacité du syndicat à organiser, recruter, produire des données factuelles et soutenir l’action de plaidoyer.
Dans la région du Kurdistan irakien, le syndicat KTU a fait état d’un dialogue plus soutenu avec les autorités en charge de l’éducation, notamment en ce qui concerne le financement de l’éducation, les salaires et les conditions de travail, la pénurie de personnel, les infrastructures et la qualité de l’éducation. La campagne La force du public a également fourni un cadre plus solide facilitant les synergies entre le KTU et l’ITU autour des enjeux de l’investissement dans le personnel enseignant et l’éducation publique.
Maroc : pressions syndicales et investissement accru
Au Maroc, les pressions coordonnées du mouvement syndical se sont traduites par des avancées notables pour la profession enseignante. Quelques 140.000 membres contractuels du personnel enseignant ont accédé au statut d’employé·e·s permanent·e·s, avec des conditions de travail comparables à celles des autres salarié·e·s de la fonction publique.
Les augmentations significatives des investissements publics vont également dans le sens préconisé par la campagne La force du public. Le budget de l’éducation publique est, en effet, passé d’environ 58 milliards de dirhams marocains en 2021 à 99 milliards de dirhams en 2026. Par ailleurs, un nouveau cadre réglementaire couvrant environ 336.000 membres du personnel éducatif s’est accompagné d’augmentations salariales d’au moins 1.500 dirhams (environ 150 USD) par mois. Le budget 2026 prévoit en outre la création dans le secteur de l’éducation de 20.000 nouveaux postes, dont approximativement 19.000 postes d’enseignants et enseignantes.
On a également assisté à une augmentation des infrastructures d’éducation publique ainsi que de l’accès à celles-ci, avec la mise en place de nouveaux établissements éducatifs, la rénovation de milliers d’écoles et un accès amélioré aux écoles préscolaires publiques. Ces développements interviennent dans le cadre du processus plus large de réforme de l’éducation nationale au Maroc, tout en répondant aux revendications syndicales de longue date en faveur d’un renforcement des investissements publics dans l’éducation et la profession enseignante.
Liban : renforcer l’unité autour de données factuelles et de revendications communes
Au Liban, les syndicats ont su tourner une conjoncture particulièrement difficile en une occasion de renforcer leur unité et de coordonner leurs efforts de plaidoyer. Les syndicats de l’éducation ont mis en place un front commun « La force du public : Ensemble on fait école ! » et ont noué une alliance avec d’autres employés du secteur public, ce qui leur a permis d’obtenir une augmentation salariale de 100 USD.
Les syndicats ont, dans le même temps, renforcé leur action de plaidoyer en s’appuyant sur des données factuelles. Une vaste enquête nationale a, en effet, permis de recueillir les témoignages de 6.320 travailleurs et travailleuses de l’éducation issu·e·s de l’enseignement primaire, secondaire, technique et professionnel, ainsi que de l’enseignement supérieur.
Les résultats de cette enquête ont été synthétisés sous la forme d’une note d’orientation et d’un programme de plaidoyer communs, que les syndicats ont présentés à la ministre de l’Éducation, au Premier ministre et aux principales parties prenantes du secteur de l’éducation, notamment l’UNICEF et l’UNESCO. Cette initiative a permis aux syndicats libanais de l’éducation de disposer d’une base commune de données factuelles et d’un ensemble de revendications unifiées, renforçant ainsi leur voix collective dans un contexte de crise économique, de conflit et de sous-investissement chronique dans l’enseignement public.
Une leçon est clairement ressortie de ces différents contextes nationaux : lorsque les syndicats de l’éducation s’organisent en s’appuyant sur des données factuelles, nouent des alliances et parlent d’une seule voix, ils sont en mesure d’influencer les priorités politiques, les budgets et la politique éducative. « La force du public : Ensemble on fait école ! » transforme progressivement une revendication commune de campagne en une force syndicale organisée et en mesures concrètes en faveur des enseignant·e·s et de l’enseignement public.
Inscrire les revendications des enseignant·e·s au cœur des débats politiques au Liban
Cette dynamique politique a été directement mise en relation avec la politique nationale en matière d’éducation lors d’une réunion de haut niveau à laquelle ont participé la ministre libanaise de l’Éducation, le président de l’IE, Mugwena Maluleke, les syndicats libanais de l’éducation, les syndicats de toute la région arabe participant à la campagne La force du public, ainsi qu’une centaine d’enseignantes et enseignants en provenance de tout le Liban. Cette rencontre a également suscité un vif intérêt de la part des médias et de la presse locale.
Se basant sur l’enquête à laquelle ont pris part 6.320 travailleurs et travailleuses de l’éducation, les syndicats libanais ont mis en avant un ensemble de revendications claires : des salaires équitables versés en temps voulu, un emploi sûr, une protection sociale et un développement professionnel renforcés ; un financement durable pour les établissements éducatifs publics ; et un dialogue social constructif qui donne aux enseignant·e·s et à leurs syndicats une véritable voix dans l’élaboration des politiques.
La revendication centrale de la campagne La force du public était au cœur de leur message : les gouvernements doivent assumer la responsabilité du financement adéquat de l’éducation publique et de l’investissement dans les personnels enseignants grâce auxquels une éducation de qualité est possible.
Dans son allocution, le président de l’Internationale de l’Éducation, Mugwena Maluleke, a adressé directement au gouvernement le message politique qui se trouve au cœur de la campagne La force du public : les engagements politiques en faveur de l'éducation doivent s'accompagner d’investissements publics.
« C’est dans les budgets que les priorités se font réalité. »
L’appel qu’il a lancé portait notamment sur des salaires équitables et la protection sociale, des efforts continus et soutenus dans le domaine du développement professionnel et des établissements d’éducation publique adéquatement dotés en personnel et en ressources.
« Si l’éducation est une priorité, prouvez-le. Financez-la. Investissez-y. Protégez-la. Renforcez-la. »
Mugwena Maluleke, président de l’Internationale de l’Éducation
Rendant hommage aux sacrifices extraordinaires consentis par les enseignantes et les enseignants du Liban au fil des crises successives que le pays a traversées, M. Maluleke a mis en garde contre la tentation de laisser l’engagement des enseignant·e·s compenser indéfiniment le manque d’investissement :
« La résilience est une vertu, pas une politique. La résilience suscite l’admiration, ce n’est pas un poste budgétaire. »
Il a également appelé à ce que les enseignant·e·s et leurs syndicats aient leur place à la table des décisions politiques, notamment en donnant suite au projet de Commission nationale des enseignant·e·s du Liban, qui pourrait constituer un mécanisme de dialogue efficace entre le gouvernement et les syndicats de l’éducation.
Ministre de L’Éducation : investir dans le personnel enseignant, c’est investir dans l’avenir du Liban
À l’occasion de la même rencontre, la ministre de l’Éducation, Reema Karameh, a présenté une vision qui s’inscrit en droite ligne des appels de la campagne en faveur de l’investissement dans l’enseignement public et la profession enseignante.
Elle a reconnu que la résilience des enseignant·e·s ne saurait se substituer à la responsabilité de l’État et a souligné qu’investir dans les enseignant·e·s, c’est investir dans les capacités futures du pays.
La ministre a fait part de son ambition de renforcer la profession enseignante grâce à des parcours professionnels plus clairs, à un développement professionnel continu, au respect de la dignité professionnelle et à une plus grande capacité d’action des enseignant·e·s. Point important pour les syndicats, la ministre a également reconnu les syndicats de l’éducation et les associations professionnelles comme des partenaires incontournables dans le cadre des réformes et de l’élaboration des politiques, et a appelé à une relation plus institutionnalisée entre les organisations d’enseignant·e·s et le ministère.
Elle a par ailleurs replacé l’éducation publique dans le contexte plus large de la relance du Liban, en faisant valoir que le rétablissement des capacités des écoles publiques s’inscrit dans le cadre du rétablissement de la confiance des citoyens envers l’État lui-même.
Les échanges entre les enseignantes et enseignants, les syndicats, la direction de l’IE et la ministre ont traduit concrètement l’un des principes fondamentaux de la campagne : la réforme de l’éducation ne peut être imposée aux enseignantes et enseignants mais doit nécessairement être élaborée avec eux et leurs syndicats, et s’appuyer sur des investissements publics indispensables à sa mise en œuvre.
Des réussites à une action nationale plus forte
La réunion ne s’est pas bornée à dresser le bilan des accomplissements. Les syndicats participants se sont inspirés des réussites, des défis et des enseignements de la campagne La force du public afin d’élaborer, pour sa prochaine phase, des plans d’action nationaux encore plus solides.
Dans tous les pays, une orientation stratégique commune s’est dégagée : le renforcement du pouvoir syndical est essentiel pour obtenir davantage d’investissements publics dans l’éducation et le personnel enseignant.
La plupart des plans nationaux ont ainsi placé au cœur de leurs priorités le recrutement, l’organisation et un engagement accru des membres, avec une attention particulière aux jeunes enseignant·e·s et aux femmes, en renforçant leur participation et leur leadership au sein des structures syndicales et des actions de campagne.
Le renforcement des capacités et l’organisation des syndicats autour des revendications centrales de la campagne « La force du public : Ensemble on fait école ! » constitueront des outils essentiels et une stratégie transversale pour la mise en œuvre de ces objectifs. Les syndicats continueront de renforcer leurs capacités à mobiliser leurs membres, à recruter et à organiser les enseignantes et enseignants, à construire des alliances, à produire et à utiliser des données factuelles, à dialoguer avec les gouvernements et à plaider collectivement pour :
- un investissement public accru et durable dans l’éducation ;
- un investissement accru dans la profession enseignante ;
- des salaires et des conditions de travail dignes ;
- des emplois sûrs et la protection sociale ;
- des systèmes d’éducation publique solides et de qualité ; et
- un dialogue social constructif et une réelle participation des syndicats à l’élaboration des politiques éducatives.
La réunion s’est terminée par la définition d’une orientation claire pour la prochaine phase de la campagne La force du public dans la région : construire des syndicats plus forts, syndiquer davantage d’enseignant·e·s, renforcer le leadership et la participation des femmes et des jeunes membres et transformer la puissance collective des syndicats en avancées politiques concrètes pour les enseignant·e·s et l’éducation publique.