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« Appeler les éducateur·rice·s à une action contre la crise climatique », par Gustavo E. Fischman, Daniel Fischer, Iveta Silova et Jordan King.

Partout dans le monde, les jeunes se mobilisent dans l’urgence et avec passion pour contester la réponse inadéquate apportée par les dirigeant·e·s mondiaux·ales à la crise climatique dans le but de promouvoir des actions en faveur de la durabilité et de la justice. Des milliers de jeunes élèves de tous les continents participent à des grèves scolaires et se mobilisent pour d’autres actions destinées à attirer l’attention sur les conséquences importantes de la crise climatique, tout en appelant à des actions immédiates. La dynamique des manifestations émane de l’échec des systèmes politiques, sociaux et économiques à éliminer l’injustice écologique et humaine causée par les changements climatiques. Alors que les jeunes aux quatre coins du monde continuent leur grève et réclament que les dirigeant·e·s mondiaux·ales prennent des mesures, l’effet de ces actions sur les éducateur·rice·s devrait tout à la fois les réveiller et les inspirer. En tant qu’individus, en tant que professionnel·le·s et en tant que collectivité, les éducateur·rice·s doivent également reconnaître notre rôle dans les problèmes provoqués par les changements climatiques et relever le défi urgent d’agir contre l’injustice et la crise climatique.

Les systèmes éducatifs actuels sont profondément impliqués dans la crise climatique que nous connaissons. En effet, les établissements scolaires et les universités poussent systématiquement le monde vers la crise climatique en suivant une approche étroite de l’offre de main-d’œuvre qui vise à accélérer la croissance économique et sert aveuglément des économies de marché concurrentes. Les questions relatives à la durabilité demeurent trop souvent – lorsqu’elles sont traitées – un sujet accessoire non obligatoire dans des programmes de cours inchangés. Pareille éducation n’est ni adéquate pour arrêter le réchauffement climatique ni adaptée pour préparer les apprenant·e·s au type de menaces existentielles que nous devons affronter. L’éducation ne devrait plus contribuer à la crise climatique, mais plutôt agir et être une partie de la solution.

Pour rejoindre le mouvement mondial et contribuer à ce défi urgent, un Appel à action contre la crise climatique (en anglais) a été lancé à tou·te·s les éducateur·rice·s du monde en vue de soutenir les élèves grévistes, tout en invitant instamment les personnels de l’éducation, à tous les niveaux et dans toutes les disciplines, à prendre des mesures immédiates dans leurs classes, leurs établissements d’enseignement et leurs communautés.

De nombreux·ses éducateur·rice·s ont déjà élaboré – et adopté – de nouveaux formats éducatifs, des nouvelles interactions et de nouveaux objectifs, en particulier en introduisant les problèmes liés à la crise climatique dans les activités quotidiennes. Il est vital de modifier les pédagogies et les programmes afin de renforcer la sympathie et les compétences des élèves qui sont nécessaires pour traiter l’injustice climatique. Cette transformation implique également de commencer par supprimer de la pratique pédagogique les modes d’enseignement et d’apprentissage qui ont contribué à la crise climatique, en particulier les idées de l’exception humaine et de l’individualisme (néo)libéral qui limitent les pédagogies modernes à une vision étroite axée sur l’offre de main-d’œuvre et la croissance économique. Orienter une nouvelle approche pédagogique vers un avenir durable impose de repenser radicalement la pédagogie: accéder à des savoirs différents, les utiliser et affronter l’inconnu ; reconnaître les valeurs qui sous-tendent ce que nous jugeons juste et sûr, ou un avenir souhaitable ou indésirable; découvrir les rapports de force et l’inégalité qui façonnent les modes de production et de consommation actuels; s’opposer de manière constructive à des systèmes de valeur et aborder les dimensions sociales et affectives de qui nous sommes, ce que nous valorisons et ce à quoi nous croyons.

La transformation de l’éducation pour répondre à la crise climatique va plus loin que de simples changements en classe et a des répercussions sur la recherche pédagogique qui alimente la pratique. Les chercheur·euse·s en éducation doivent reconnaître l’importance capitale de la crise climatique et d’autres thématiques environnementales. En réalignant les programmes et les pratiques de recherche, les scientifiques peuvent faire évoluer la discipline et la rendre plus critique et plus innovante ainsi qu’en renforcer l’impact. Plutôt que de maintenir le statu quo et son objectif de croissance économique illimitée, les chercheur·euse·s ont un rôle essentiel à jouer pour réorganiser les priorités de la recherche afin de traiter plus clairement et plus profondément la question de la crise climatique. En mettant en évidence ces questions d’une actualité pressante, les chercheur·euse·s en éducation pourront ouvrir une nouvelle voie et renforcer leur impact sur la société et l’avenir de la planète.

Tout changement dans les pratiques en salle de classe et dans les priorités de recherche doit s’inscrire dans un cadre de politique éducative holistique. Ces cadres doivent tenir compte de l’importance de la crise climatique pour façonner le monde que les éducateur·rice·s enseignent et la réalité actuelle et future que les élèves vivent. Les responsables politiques doivent réfléchir aux lacunes des cadres actuels qui mettent en avant la croissance économique aux dépens du bien-être écologique et social. En apprenant à respecter la justice intergénérationnelle et environnementale plutôt qu’en prônant un développement incessant, les responsables politiques peuvent renforcer la capacité des éducateur·rice·s de réagir à la crise climatique plutôt que d’en aggraver les conséquences.

Les actions des éducateur·rice·s doivent aussi s’étendre à leurs communautés et mobiliser les collègues, les parents, le monde politique, les syndicats et les organisations professionnelles. Si ces efforts requièrent audace et humilité, les traits de caractère nécessaires pour s’opposer à l’injustice climatique vont de pair avec les capacités des éducateur·rice·s d’inspirer leurs collègues – actifs dans la politique, la recherche ou la pratique de l’éducation – afin qu’ils prennent leurs responsabilités sur le plan professionnel pour lutter contre la crise climatique. Si les éducateur·rice·s sont capables de faire entendre leurs voix ensemble pas simplement pour s’opposer, mais pour s’engager, leurs collègues, leurs communautés et les responsables politiques n’auront d’autre choix que de répondre et d’agir.

L’appel à action définit les grandes mesures à prendre pour déplacer l’impact de l’éducation sur l’injustice climatique, mais le processus sera chaotique, douloureux et exigeant, tout autant que gratifiant, valorisant et à fort impact. L’appel à action n’est donc pas la fin de la contribution potentielle des éducateur·rice·s à l’action, mais plutôt une étape vers un nouvel avenir pour l’éducation, l’humanité et la Terre. Pour les éducateur·rice·s, l’appel à action est un vœu appelant à nous changer, nous et nos pratiques, pour lutter contre la crise climatique et à soutenir nos élèves avec l’urgence et la passion qu’ils méritent.

Nous encourageons tou·te·s les éducateur·rice·s intéressé·e·s à combattre la crise climatique à lire et signer l’appel à action aujourd’hui sur le site: educators-for-climate-action.org (en anglais). Ensemble, les éducateur·rice·s et leurs élèves peuvent et doivent penser et agir différemment. Ensemble, nous pouvons cultiver ce changement dont la Terre et l’humanité ont besoin en cette période sombre et pourtant pleine de possibilités. Parce que, comme l’a dit la jeune militante Greta Thunberg, « le changement arrive, que vous le vouliez ou non ».


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Jordan King

Jordan King est un doctorant de la School of Sustainability de l’Arizona State University. Ses travaux de recherche sont axés sur la pratique et la théorie de l’éducation à la durabilité, le leadership de l’enseignement supérieur et l’évaluation. Jordan cherche à comprendre comment produire des compétences individuelles et collectives grâce à l’innovation en matière pédagogique et de programme scolaire pour traiter les problèmes locaux et mondiaux de durabilité.

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Daniel Fischer

Daniel Fischer est professeur assistant à la School of Sustainability de l’Arizona State University. Avec son groupe de recherche SuCo2, il étudie des manières de développer des modes de vie plus durables par la communication et l’apprentissage. Daniel est très intéressé par la manière dont des stratégies d’enseignement et d’apprentissage innovantes comme la pleine conscience, la narration ou les sciences citoyennes peuvent accroître la réflexion chez les apprenant·e·s et – dans une tradition éducative – nous aider à revoir nos relations avec la société de consommation dans laquelle nous sommes nés et avons été éduqués et socialisés dans le monde industrialisé.

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Gustavo E. Fischman

Gustavo E. Fischman est professeur de politique éducative et directeur d’edXchange, l’initiative de mobilisation des savoirs au Mary Lou Fulton Teachers College, de l’Arizona State University. M. Fischman défend l’idée que la recherche en éducation doit être considérée comme un bien public et concentre ses travaux sur la compréhension et l’amélioration des processus de production de savoirs et d’échanges entre scientifiques, éducateur·rice·s, militant·e·s, praticien·ne·s, administrateur·rice·s, travailleur·euse·s sociaux·ales, responsables politiques et grand public. L’objectif de son travail est de promouvoir une recherche pédagogique plus engagée, réactive et utilisable, orientée vers la suppression des inégalités éducatives et sociales.

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Iveta Silova

Iveta Silova est professeure et directrice du Center for the Advanced Studies in Global Education au Mary Lou Fulton Teachers College de l’Arizona State University. Elle est docteur en éducation comparative et sociologie politique de la Graduate School of Arts & Sciences de l’Université de Columbia. Ses recherches sont axées sur l’étude de la mondialisation et les transformations de l’éducation post-socialiste, y compris les intersections entre le post-colonialisme et le post-socialisme de l’après-Guerre froide. Depuis 2008, Iveta coédite European Education: Issues and Studies.

 

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