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Photo: ILO/Phan Hien
Photo: ILO/Phan Hien

Partage d’expérience: le programme de formation de l’OIT-CIF « Education 2030 et éradication du travail des enfants »

Publié 18 avril 2019 Mis à jour 18 avril 2019
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Yamikani Mlangiza, assistante à la coordination des programmes du Teachers Union of Malawi (TUM), a accepté de faire part de son expérience à Mondes de l’Education (MdE), après avoir participé à un programme de formation organisé l’an dernier au Centre international de formation de l’Organisation internationale du Travail (OIT) à Turin, avec le soutien de l’Internationale de l’Education (IE).

MdE: Pourriez-vous nous expliquer comment vous avez été amenée à participer à cette formation?

Yamikani: Le TUM, syndicat qui représente le personnel enseignant du secteur public dans le pays, a déployé plusieurs projets pour protéger le vie des enfants (étudiant·e·s). L’un de ces projets concerne le travail des enfants. En 2019, le TUM commencera la mise en œuvre à Dowa d’un nouveau programme d’action de deux ans pour l’éradication du travail des enfants, avec le soutien financier de l’IE. C’est dans le cadre de ce futur projet que, du 26 au 30 novembre 2018, j’ai eu le privilège de pouvoir participer à une courte formation intitulée « Education 2030 et éradication du travail des enfants ».

MdE: Pouvez-vous nous en dire un peu plus à propos de cette formation et de votre expérience à Turin?

Yamikani: Cette formation était organisée par le Centre international de formation de l’OIT, proposant des séances de travail intensives durant cinq jours, portant sur différentes thématiques en lien avec le sujet de la formation: définitions, concepts, statistiques mondiales, normes fondamentales du travail, programme Education 2030, avancées et défis dans le domaine du travail des enfants, obstacles à l’éducation, lutte contre l’exclusion, apprentissage innovant, consolidation de la résilience, dimension du genre, transition entre travail et école, etc.

Vingt-deux délégué·e·s en provenance de différents pays ont participé à la formation. Cette diversité a permis d’enrichir considérablement les discussions et les thématiques développées, dans la mesure où les participant·e·s ont pu tirer des enseignements à partir de contextes différents. Les échanges entourant les diverses thématiques ont offert l’occasion aux participant·e·s d’expliquer certaines de leurs stratégies ayant prouvé leur efficacité à l’échelon national, ainsi que d’autres moins probantes, et de poser mutuellement des questions à propos des problèmes rencontrés dans leurs pays respectifs. Dans l’ensemble, cet apprentissage a été d’une grande richesse.

MdE: Quelles sont les principales leçons que vous avez pu tirer pour vous-même et votre syndicat?

Yamikani: Les informations glanées tout au long de cette formation me permettront de mieux définir les stratégies du TUM dans le cadre de ses initiatives pour éliminer le travail des enfants et de mieux promouvoir l’éducation pour l’ensemble d’entre eux.

En premier lieu, la formation m’a aidée à comprendre l’importance d’adopter une approche globale pour appréhender le problème du travail des enfants. Les cas de travail des enfants, ainsi que les enfants impliqués, varient d’une situation à l’autre. Le contexte qui entoure chaque enfant est différent. Lorsque l’on prend conscience de cela, on comprend que les solutions formatées, censées apporter des réponses universelles aux différentes situations, ont généralement une portée limitée. En revanche, lorsque vous mettez en place des stratégies adaptées aux besoins individuels de groupes spécifiques, vous augmentez vos chances de réussite. Par exemple, pour les enfants plus âgés, non scolarisés depuis une longue période, il est préférable d’opter pour une stratégie qui consiste à les inscrire à une formation à la vie active, plutôt que dans l’enseignement formel.

Par ailleurs, la formation m’a également offert la possibilité d’étudier sous un angle théorique les différentes stratégies potentielles pour aborder la problématique du travail des enfants. Ces stratégies vont du versement d’argent liquide aux familles des enfants (bien que ce ne soit pas une solution durable aux yeux du plus grand nombre) à l’apprentissage mobile. Connaissant désormais ces nouvelles solutions possibles, à condition que les fonds le permettent, mon syndicat peut devenir le fer de lance pour l’adoption de stratégies identiques dans le pays.

En deuxième lieu, la formation m’a confirmé l’urgence de prendre des mesures pour éradiquer le travail des enfants. Elle m’a aidée à comprendre que, si la remise des enfants sur le chemin de l’école et leur protection font partie des excellentes stratégies pour résoudre ce problème, il conviendra, à long terme, de se concentrer sur la prévention. Mon syndicat, le TUM, a mis en œuvre le coffret pédagogique SCREAM (Défense des droits des enfants par l’éducation, les arts et les médias), un outil de prévention pour plusieurs années dans le pays. Ceci m’offre l’opportunité d’appliquer ce que j’ai acquis au cours de la formation au travers de la diffusion du coffret SCREAM à d’autres écoles dans d’autres régions du pays, où nous ne sommes pas encore actif·ive·s.

Enfin, la formation m’a aidée à envisager la question du travail des enfants sous un angle plus large, autrement dit, inclure notamment les enfants vulnérables tels que les réfugiés et les enfants issus de familles migrantes saisonnières ou de familles déplacées sur le territoire même, etc. Grâce à cette formation, je comprends désormais la nécessité de cibler ces enfants et de les intégrer délibérément à nos stratégies opérationnelles. Avec le prochain projet dédié au travail des enfants, qui sera déployé dans le district de Dowa au Malawi, où sont regroupés la plupart des réfugié·e·s du pays, mon syndicat se voit offrir une formidable opportunité d’intégrer ces enfants vulnérables à ses stratégies opérationnelles.

MdE: De retour au Malawi, comment avez-vous partagé votre formation acquise à Turin avec vos collègues et les membres du TUM?

Yamikani: La première chose que j’ai faite à mon retour au Malawi a été d’organiser au bureau une réunion d’information en face-à-face avec mes collègues. Nous avons discuté de ce que j’avais appris au cours de cette courte formation et examiné la façon dont ces acquis pourraient renforcer nos interventions futures. D’autre part, j’ai distribué un court rapport que j’avais préparé.

Outre cela, au mois de décembre 2018, nous avons organisé deux formations consacrées au travail des enfants, une adressée aux dirigeant·e·s de la communauté, l’autre aux chef·fe·s d’établissement et au personnel enseignant, dans l’une des circonscriptions où le projet est déployé. Les formations ont été organisées en partenariat avec le bureau national de l’OIT au Malawi. Au cours de ces formations, j’ai été en mesure d’appliquer mes compétences et de partager les acquis de mon apprentissage avec la base militante du syndicat. Et pour la première fois, les dirigeant·e·s communautaires et les enseignant·e·s ont pu travailler ensemble pour préparer des plans d’action destinés à lutter contre le travail des enfants dans leurs écoles spécifiques, en favorisant la collaboration et les bonnes relations de travail entre les deux groupes. Actuellement, le TUM leur confie la responsabilité de la mise en œuvre de ces plans d’action, en évaluant régulièrement leur progression.

De même, au mois de janvier, le TUM a organisé des journées portes ouvertes dans une autre circonscription participant au projet. Au travers de ces événements, nous avons pu diffuser les connaissances acquises à environ 1.200 personnes, parmi lesquelles des représentant·e·s du gouvernement, des dirigeant·e·s traditionnel·le·s, les membres de la communauté, les enfants et, plus important, les enseignant·e·s affilié·e·s au syndicat.

Conclusion, la formation a été une formidable opportunité pour mon syndicat et moi-même. Elle nous a offert un environnement d’apprentissage exceptionnel, enrichi par les nombreuses expériences partagées au sein d’un groupe diversifié de participant·e·s. J’ai beaucoup appris tout au long de cette semaine, que ce soit en classe ou en dehors, et ces nouvelles connaissances nous aident à renforcer les interventions de notre syndicat. Je reste optimiste et demeure convaincue qu’un monde sans travail des enfants est possible.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.