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« Les technologies et l’éducation dans le sillage de la crise de la COVID-19 », par Alison Egan.

Écrit par: Alison Egan Publié 2020-10-28 Mis à jour 2020-11-04

La pandémie de coronavirus (COVID-19) a marqué l’avènement d’une ère nouvelle pour l’éducation, dans laquelle les éducateur·trice·s utilisent désormais les technologies pour enseigner, communiquer et collaborer avec les élèves, les parents et leurs pairs, tout en travaillant depuis leur salon. Si la majorité des éducateur·trice·s a adopté ce tournant numérique avec dynamisme et enthousiasme, neuf mois plus tard les failles du système commencent à se manifester.

Le rapport (en anglais) présenté aujourd’hui par l’Internationale de l'Éducation (IE) met en lumière le rôle des technologies dans l’éducation et la nécessité d’adopter, maintenant plus que jamais, une approche axée sur la pédagogie (Selwyn, 2011).

Lorsque ce tournant numérique est survenu en mars 2020, nombre d’éducateur·trice·s se sont d’abord soucié·e·s des technologies nécessaires à la poursuite de leurs activités. Disposer d’un ordinateur portable et d’une bonne connexion haut débit constituait leur principal objectif en vue d'assurer la continuité de l’enseignement jusqu’à la fin de l'année scolaire. Toutefois, une fois levé le premier obstacle lié à l’accès aux technologies, d’autres problèmes ont émergé. Les éducateur·trice·s ont commencé à réfléchir aux meilleures approches pédagogiques pour assurer un enseignement en ligne. Il·Elle·s se sont posé des questions sur leurs propres compétences et la manière d’utiliser plus efficacement les technologies dans ces nouveaux contextes éducatifs. Comment faire participer mes élèves ? Comment couvrir l'intégralité du programme ? Comment savoir si mes élèves m’écoutent ? Comment m’assurer qu’ils arrivent à suivre ?

Depuis le confinement, l’effet de nouveauté pour les élèves, qui peuvent accéder à distance aux cours et au matériel pédagogique, commence à s’estomper. Tandis qu’il·elle·s se réjouissent toujours de la possibilité d’accéder au contenu de leurs cours via n’importe lequel de leurs appareils mobiles, pendant une promenade par exemple, la façon dont ce contenu est présenté importe également. Des murmures de mécontentement commencent à se faire entendre sur Twitter et les groupes WhatsApp où faire référence à « la fatigue Zoom » et au « fait d’être constamment connecté·e·s » devient la norme, tout comme les protestations liées à l’« épuisement » et la « charge de travail » émanant aussi bien du personnel enseignant que des élèves. Dans les établissements d'enseignement supérieur, les étudiant·e·s veulent être sur le campus et faire l’expérience de la vie étudiante au sens large, et ne pas se cantonner à suivre des cours magistraux depuis leur chambre. Comme le souligne le rapport sur les technologies publié en octobre 2020 par l'Internationale de l'Éducation, le bien-être des élèves et du personnel enseignant dans cet environnement d’apprentissage à distance constitue un risque permanent qui mérite l’attention des syndicats, alors que nous nous dirigeons vers 2021.

D’autres problèmes ont vu le jour lorsqu’il a fallu reproduire des compétences pratiques dans un environnement en ligne. Les éducateur·trice·s ont toutefois fait preuve d’ingéniosité dans les réponses apportées à ces problèmes pédagogiques. Il convient de souligner qu’une grande partie de la littérature relative à l’utilisation des technologies dans l’éducation préconise le rôle moteur de la pédagogie en parallèle du rôle d’accélérateur des technologies (Fullan, 2013). Neil Selwyn (2011) est un grand défenseur de ce principe consistant à accorder la priorité à la pédagogie lorsque l’on utilise des technologies dans un cadre éducatif, et un point de vue similaire est également présenté dans le rapport de recherche publié ce mois-ci par l’IE.

Depuis le mois de mars, la perception des capacités personnelles des élèves et des enseignant·e·s en matière de technologies a également fait l’objet d’une attention accrue. Les éducateur·trice·s se disent préoccupé·e·s par le fait de ne pas disposer des compétences nécessaires pour utiliser les technologies de manière pédagogique. Néanmoins, le Cadre européen pour les compétences numériques des éducateur·rice·s (DigCompEdu https://ec.europa.eu/jrc/en/digcompedu) peut leur permettre d'acquérir les compétences nécessaires pour entamer leur transition numérique. DigCompEdu aborde 22 compétences réparties en six domaines de compétences et explique comment les technologies numériques peuvent améliorer l’enseignement et l’apprentissage tout en innovant. Ce cadre de référence a été d’une aide précieuse pour nombre de responsables des technologies éducatives afin de garantir que leurs collègues et élèves améliorent la perception qu’il·elle·s ont de leurs capacités personnelles en matière de technologies et se détachent d’une mentalité « techno-centrée » (l’idée qu’il·elle·s ont besoin d’une tablette ou de tout autre appareil). 

Là où je travaille, nous avons eu recours au cadre DigCompEdu pour établir une correspondance entre les compétences et les technologies disponibles sur place, et nous avons créé un programme de formation intitulé TELMiE about IT ™. Nous avons commencé par interroger les enseignant·e·s pour savoir quel était leur objectif recherché en classe, avant de mettre en place une approche axée sur la pédagogie dans laquelle les technologies et les appareils étaient placés au second plan. L’approche de ce programme de formation a permis d’accélérer le renforcement de la perception des capacités personnelles en matière de technologies et le développement des compétences numériques de nos collègues, tout en leur permettant d’acquérir également de nouvelles compétences pédagogiques. Il·Elle·s ont pu ainsi intégrer de manière pertinente les technologies à leurs cours, et ce à temps pour le début de la nouvelle année scolaire et tout au long du semestre. Peu importe le type d’appareil, il·elle·s peuvent utiliser n’importe quel outil à leur disposition pour parvenir aux buts et objectifs définis pour le cours. Je suis convaincue que les géants technologiques à l’échelle mondiale préfèreraient que nous achetions les suites complètes d’équipements, mais nous n'en avons pas besoin. Notre confiance et nos compétences dans l'utilisation des technologies dont nous disposons et qui peuvent être mises à disposition des élèves constituent la véritable réussite de nos collègues et des éducateur·trice·s.

L’enjeu de l’équité en termes d’accès aux technologies a également vu le jour dans ce contexte de l’après-COVID-19. Seul·e·s quelques privilégié·e·s disposent de leur propre ordinateur portable et peuvent étudier dans un endroit silencieux tout en bénéficiant d’une bonne connexion haut débit. Cette équité concerne également les élèves atteint·e·s d’un handicap intellectuel à qui l’on demande désormais de consulter du contenu pouvant ne pas être accessible en raison de modes de diffusion synchrones. Que tous les cours soient retransmis avec un sous-titrage en direct, par exemple, ou conformes aux principes de conception universelle devient alors un enjeu important.  Le rapport publié par l’IE souligne que l’équité d’accès aux technologies est un domaine qui devrait faire l’objet d’améliorations et que l’ensemble des syndicats regroupant les formateur·trice·s d’enseignant·e·s devraient en avoir conscience, notamment si la poursuite de l’enseignement en ligne est requise.

Lors des prochains mois, les éducateur·trice·s continueront à être confronté·e·s à des défis constants, mais comme l’a indiqué hier le ministre irlandais de l’Enseignement supérieur « le dynamisme dont a fait preuve le secteur de l’éducation [lors de la crise de la COVID-19] est un enseignement dont nous devons nous rappeler. » Les membres de l’Internationale de l'Éducation en sont parfaitement conscients, et je souhaite à tou·te·s du courage et d’être en bonne santé en cette période difficile.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.