Les syndicats de l’éducation se mobilisent pour les droits des peuples autochtones dans les pays nordiques
Les syndicats de l’éducation des pays nordiques unissent leurs forces pour faire progresser les droits des peuples autochtones dans l’éducation et par l’éducation. Réunis à Tromsø, en Norvège, du 16 au 17 mars, des syndicalistes de Norvège, d’Islande, du Danemark, des Îles Féroé, du Groenland et de Suède ont partagé leurs analyses, appris les uns des autres et discuté des manières d’opérer des changements structurels dans les systèmes éducatifs et au niveau sociétal. La conférence était organisée par l’Union of Education Norway (UEN) et le Nordic Teachers’ Council (NLS).
« L’éducation constitue un champ essentiel des droits des peuples autochtones. L’avenir de l’éducation autochtone dans les pays nordiques dépendra largement de l’évolution de la formation des enseignants et enseignantes. Celle-ci détermine les savoirs qui sont ensuite validés à l’école. Les points de vue autochtones ne peuvent pas se réduire à l’ajout de contenus portant sur les peuples autochtones. Leur prise en compte requiert une transformation des épistémologies, des pédagogies et des relations institutionnelles », a déclaré Pigga Keskitalo, membre du Parlement sami de Finlande et chercheuse en sciences de l’éducation à l’université de Laponie.
Durant ces deux journées, les syndicalistes de l’éducation ont exploré la situation des peuples autochtones dans les pays nordiques, réfléchissant au rôle de l’éducation dans la revitalisation et la réappropriation des langues autochtones, à la manière dont les connaissances et les langues autochtones peuvent être intégrées dans les écoles, et à la façon dont les syndicats de l’éducation peuvent introduire les perspectives autochtones dans leur travail et intensifier leur plaidoyer sur les questions autochtones.
« Plus que toute autre profession, l’enseignement nous permet de créer des espaces où tout le monde se sent accepté et reconnu. L’enseignement nous permet de former les esprits des jeunes à embrasser la diversité et l’inclusion. L’enseignement nous permet de réparer les injustices du passé et de construire un avenir meilleur fondé sur des principes de justice et de respect. Défendre et promouvoir les droits des peuples autochtones est au cœur de notre mission collective, et je suis fier de dire que l’Internationale de l’Éducation y est pleinement engagée », a affirmé David Edwards, secrétaire général de l’IE, dans son discours d’ouverture.

Les participants et participantes ont discuté de trois grands axes autour desquels les syndicats de l’éducation peuvent jouer un rôle essentiel pour garantir la mise en œuvre effective des droits des peuples autochtones.
Premièrement, les syndicats sont des acteurs clés du changement structurel. En plaidant en faveur d’une élaboration de programmes scolaires dirigée par les peuples autochtones, des droits linguistiques et d’une scolarisation ancrée dans les cultures autochtones, les syndicats peuvent veiller à ce que les conclusions des Commissions « vérité et réconciliation » nordiques se traduisent par des réformes éducatives concrètes dans les différents pays.
« L’école n’était pas une institution neutre. Pendant plus d’un siècle, le système éducatif a été utilisé pour affaiblir et réprimer les langues et les cultures autochtones et minoritaires. Les enfants étaient punis lorsqu’ils parlaient leur langue. Les enseignant·e·s faisaient partie de ce système », a déclaré Geir Røsvoll, président de l’UEN, membre de l’Internationale de l’Éducation. Le dirigeant syndical a souligné que la profession enseignante devait assumer pleinement ses responsabilités, tant vis-à-vis de l’histoire que de l'avenir.
Deuxièmement, les syndicats peuvent soutenir les enseignant·e·s et les pédagogies autochtones en renforçant les parcours professionnels pour les personnels enseignants samis, inuits et issus d’autres peuples autochtones. Les syndicats peuvent également exiger que les établissements chargés de la formation des enseignant·e·s intègrent les savoirs, méthodologies et pédagogies autochtones dans leurs programmes.
Troisièmement, les syndicats peuvent inscrire le leadership autochtone au sein de leurs propres structures. En instituant des caucus autochtones, des groupes consultatifs et des mécanismes de codirection, les syndicats peuvent offrir un modèle de gouvernance inclusive, nécessaire à l’incorporation effective des points de vue autochtones dans les systèmes éducatifs nationaux.
« L’objectif de la conférence est d’améliorer le travail mené autour des perspectives samies, kvènes, skogfinns et autochtones dans le secteur de l’éducation. Nous sommes ici pour approfondir notre coopération, afin que les perspectives autochtones ne soient pas traitées comme un élément marginal, mais bien comme une composante centrale de notre action dans les années à venir », a fait remarquer Røsvoll.
Les syndicalistes de l’éducation se sont aussi engagés à consolider la coopération entre organisations autochtones et non autochtones.
Un mouvement mondial
Conformément au mandat conféré par le Congrès mondial, l’Internationale de l’Éducation a officiellement créé un Organe consultatif des peuples autochtones afin de donner une voix authentique et légitime à ses membres autochtones. L’Organe consultatif a entamé ses travaux en septembre 2025, sous la direction de Laures Park, du NZEI Te Riu Roa, qui s’est rendue en Norvège pour participer à la Conférence des peuples autochtones.
Cet organe pilotera l’élaboration d’une politique de l’IE sur les droits des peuples autochtones dans l’éducation. Il proposera des initiatives de plaidoyer et de renforcement des capacités, et orientera l’engagement de l’IE tout au long de la Décennie internationale des langues autochtones des Nations unies. Il jettera également les bases d’un réseau mondial d’organisations membres de l’IE travaillant avec les peuples autochtones.
L’Organe consultatif a convenu que la protection et la promotion des langues autochtones doivent constituer une priorité. Ses membres ont également souligné l’importance du réseautage international, permettant aux peuples autochtones d’entrer en contact les uns avec les autres au niveau régional afin de partager leurs expériences, de dialoguer et de se soutenir mutuellement.
Des espaces tels que la conférence de Tromsø sont essentiels pour renforcer le dialogue, la solidarité et l’action collective entre les personnels de l’éducation autochtones et leurs syndicats.