Renforcement syndical et victoire pour l’éducation publique : l’expérience « La force du public » de la Mongolie
Lors du forum de clôture de la campagne « La force du public : ensemble on fait école ! » en Mongolie, qui s’est déroulé dans la capitale Oulan-Bator, les syndicalistes de l’éducation et les autres parties prenantes ont réaffirmé leur engagement commun à renforcer l’éducation publique, investir dans la profession enseignante et promouvoir le dialogue social.
Organisé par la Fédération des syndicats mongols de l’éducation et des sciences ( Federation of Mongolian Education and Science Unions - FMESU), en partenariat avec le bureau de l’Internationale de l’Éducation pour la région Asie-Pacifique (EIAP) et la fondation Friedrich Ebert en Mongolie, le forum a dressé le bilan des réussites de la campagne et a permis de réfléchir aux prochaines étapes de plaidoyer et de mobilisation. Il a réuni plus de 700 responsables et militant·e·s des syndicats de l’éducation, responsables gouvernementaux, parlementaires et membres de la société civile
« La force du public », bien plus qu’une campagne sur le financement
En ouverture du forum, Anand Singh, directeur régional de l’EIAP, a rappelé que la campagne mondiale « La force du public : ensemble on fait école ! » repose sur la conviction que l’éducation publique est un bien public et que les gouvernements doivent investir dans celles et ceux qui rendent possible un enseignement de qualité.
« Les questions portées par "La force du public" concernent le financement de l’éducation, mais elles vont aussi bien au-delà. Il s’agit de reconnaître l’éducation comme un bien public et comme le fondement d’un développement durable et inclusif. Il s’agit aussi de faire en sorte que l’enseignement soit une profession attractive, respectée et soutenue comme il se doit. Il s’agit enfin de renforcer le dialogue social afin que les gouvernements, les enseignant·e·s et leurs syndicats puissent œuvrer ensemble à l’élaboration de solutions pratiques et durables pour l’avenir de l’éducation. »

M. Singh a également replacé la campagne dans le contexte mondial de la pénurie croissante d’enseignant·e·s : « Dans la région Asie-Pacifique, comme dans le reste du monde, les systèmes éducatifs sont confrontés à des pénuries d’enseignants et d’enseignantes, à des charges de travail croissantes, à des difficultés de recrutement et de maintien en poste, aux évolutions technologiques et à des inégalités persistantes. »
Il a insisté sur le fait que la solution ne consiste pas simplement à recruter davantage d’enseignant·e·s, mais à investir pour des conditions de travail décentes, un accompagnement professionnel et une éducation publique de qualité.
Il a aussi fait remarquer que :
« Lorsque personnels de l’éducation s’organisent, ils peuvent changer la teneur des débats. Lorsqu’ils unissent leurs forces, ils peuvent peser sur les politiques publiques. Et lorsqu’ils font front commun, les gouvernements n’ont d’autre choix que de les écouter. Tel est l’esprit de "La force du public : ensemble, on fait école !" »
Anand Singh, Directeur de l’Internationale de l’Éducation pour la région Asie-Pacifique
L’efficacité de la mobilisation syndicale
Le forum a mis en lumière les avancées obtenues grâce à la mobilisation de longue haleine de la FMESU. Plus de 40 000 enseignant·e·s et membres des personnels de soutien à l’éducation de 720 établissements scolaires ont pris part à un mouvement national qui a contribué à la conclusion d’un accord prévoyant une augmentation de 50 % du salaire de base des enseignant·e·s à compter de janvier 2026, une nouvelle hausse étant prévue plus tard dans l’année.
Pour Tsogtgerel Zambal, président de la FMESU, cette victoire est une démonstration de ce que les travailleurs et travailleuses de l’éducation peuvent accomplir lorsqu’ils s’organisent collectivement et parlent d’une seule voix.

Tsogtgerel Zambal, président de la FMESU
« Nous avons pu défendre les intérêts de notre profession et faire inscrire au budget national de 2026 les crédits nécessaires à l’augmentation des salaires. Nous avons réussi à convaincre le gouvernement que l’éducation était une priorité, afin de pouvoir offrir une éducation de qualité. »
Tsogtgerel Zambal, président de la FMESU
Il a souligné que ces succès étaient le fruit de l’action syndicale au niveau local dans toute la Mongolie : « Cela a été possible grâce à un travail intensif d’organisation et de mobilisation des syndicats à travers le pays. »
Le forum a aussi mentionné l’issue positive de la campagne de la FMESU en faveur d’une participation financière plus élevée aux repas dispensés aux élèves de maternelle, qui a permis d’obtenir un financement supplémentaire de l’État, bénéficiant à environ 280 000 enfants. En mobilisant ses membres, en travaillant avec les parents d’élèves et en dialoguant avec les responsables du gouvernement, le syndicat a montré comment une campagne pour l’éducation publique peut apporter des avantages concrets à la population.
Pour M. Singh, ces résultats illustrent l’un des enseignements essentiels de la campagne « La force du public » : « Lorsque les syndicats se mobilisent autour de questions importantes pour les enfants, les familles et les communautés, nous renforçons le soutien du grand public à l’éducation publique. »
Les enseignant·e·s au cœur des politiques éducatives
L’idée qui est revenue régulièrement au cours des discussions est celle du besoin impérieux de placer les enseignant·e·s et leurs syndicats au cœur de l’élaboration des politiques éducatives.
« Une véritable réforme se construit avec les enseignants, elle ne leur est pas imposée », a déclaré M. Singh aux participant·e·s, en appelant à un dialogue social constructif avant l'élaboration des politiques, pendant leur mise en œuvre et au moment de l’évaluation de leur impact réel.
Le forum a également été l’occasion d’entendre des représentant·e·s du gouvernement rappeler l’importance d’investir dans la profession enseignante. Dans un message adressé aux participant·e·s, le premier ministre Nyam-Osoryn Uchral a souligné le rôle des enseignant·e·s dans la transformation de l’éducation et réaffirmé l’engagement du gouvernement à augmenter les salaires et améliorer les conditions de travail.
Des syndicats renforcés grâce à la mobilisation
Tout au long du forum, les participant·e·s ont insisté sur le fait que la campagne « La force du public » ne vise pas seulement à influencer les politiques publiques. Elle a aussi pour objectif de renforcer les syndicats de l’éducation et de les rendre plus représentatifs.
M. Singh a décrit « La force du public » comme « une campagne d’organisation syndicale » qui permet de recruter des adhérent·e·s, de faire émerger de nouveaux leaders, de renforcer l’organisation collective sur les lieux de travail et de nouer des alliances avec les communautés.
« La force du public : ensemble, on fait école ! » ne se résume pas à une augmentation des budgets alloués à l’éducation. Il s’agit de donner aux travailleurs et travailleuses de l’éducation les moyens de façonner l’avenir de l’enseignement. La Mongolie a montré ce que sont en mesure d’accomplir les personnels de l’éducation syndiqués lorsqu’ils se rassemblent, se mobilisent et font entendre leur voix. »
Il a insisté sur le fait que « chaque campagne doit aboutir à un renforcement des membres, à une organisation syndicale plus robuste sur les lieux de travail, à l’émergence de nouveaux leaders et à une voix collective amplifiée. C’est ainsi que nous transformons la mobilisation menée dans le cadre d’une campagne en une force d’organisation durable. »
Un message clair pour l’avenir
Les échanges qui se sont tenus à Oulan-Bator ont répété les messages clés de la campagne mondiale de l’Internationale de l’Éducation : l’enseignement public nécessite des investissements publics ; les enseignant·e·s doivent être valorisé·e·s et soutenu·e·s ; et des syndicats de l’éducation forts sont indispensables pour bâtir les systèmes éducatifs dont les communautés ont besoin.