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PASEC 2024 : Un levier pour passer des données au dialogue social afin de renforcer l’enseignement et les syndicats

Publié 7 octobre 2026 Mis à jour 2 novembre 2026

À quelques semaines de la publication des résultats du Programme d’analyse des systèmes éducatifs (PASEC) de la Conférence des Ministres de l'Éducation de la Francophonie (CONFEMEN) 2024, le Comité syndical francophone de l’éducation et de la formation (CSFEF) et l’Internationale de l’Éducation (IE) ont réuni des responsables syndicaux de l’espace francophone pour une réunion en ligne consacrée à un enjeu central : permettre aux organisations membres de comprendre les données du PASEC, de les analyser à la lumière des réalités du terrain et de les utiliser pour influencer les politiques éducatives dans leurs pays.

Ouvrant les travaux, Claire Guéville, présidente du CSFEF, a souligné l’importance de ce moment pour les syndicats de l’éducation :

« Ces résultats vont permettre de mieux comprendre les acquis des élèves et les défis auxquels sont confrontés les systèmes éducatifs. Une question essentielle se pose à nous : quelle place les enseignantes et les enseignants, leurs organisations syndicales occuperont-elles dans l'analyse de ces résultats et dans l'usage qu'en feront les gouvernements concernés ? »

Claire Guéville, présidente du CSFEF.

Pour le CSFEF et l’IE, les résultats du PASEC, qui seront publiés les 22 et 23 octobre, à Dakar, au Sénégal, ne doivent pas rester l’apanage des gouvernements ou des experts. Ils doivent devenir un outil au service des personnels de l’éducation et de leurs syndicats afin de renforcer le dialogue social, faire entendre l’expertise des personnels de l’éducation et construire des politiques éducatives plus justes, mieux financées et plus efficaces pour toutes et tous.

Faire entendre la voix du terrain

Présentant le travail du CSFEF sur le PASEC, Luc Beauregard, secrétaire général du CSFEF, a rappelé que les organisations syndicales ont développé, ces dernières années, un dialogue plus étroit avec la CONFEMEN afin de revendiquer leur place dans les processus d’évaluation et d’élaboration des politiques éducatives.

« Les syndicats ne doivent pas seulement recevoir les résultats des évaluations une fois celles-ci terminées. Ils doivent pouvoir participer aux discussions, contribuer à leur interprétation et faire entendre la réalité du terrain. »

Selon lui, les données du PASEC ne peuvent être analysées sans tenir compte du contexte dans lequel travaillent les personnels de l’éducation : taille des classes, ressources pédagogiques, financement de l’éducation, formation initiale et continue des enseignants et enseignantes, ou encore conditions de travail.

Des syndicats encore trop souvent exclus

La réunion a également permis de dresser un état des lieux de l’implication syndicale dans les processus PASEC.

Pour Appoline Fagla, secrétaire générale du Syndicat national de l'enseignement primaire public du Bénin (SNEP-Bénin), les résultats des précédentes consultations menées auprès des organisations syndicales sont préoccupants :

« Nous avons fait le constat d’une implication syndicale très faible, voire inexistante ; ou bien une grande opacité autour du PASEC ; une crainte forte de l’usage politique des résultats contre le personnel enseignant. »

Elle a insisté sur le fait que les syndicats ne s’opposent pas aux évaluations, mais refusent qu’elles soient utilisées pour sanctionner les personnels plutôt que pour améliorer les systèmes éducatifs.

« Les syndicats ne refusent pas l’évaluation. Nous refusons une utilisation punitive ou technocratique des résultats. L’évaluation doit servir à soutenir les systèmes éducatifs et les personnels, pas à fragiliser davantage des professions déjà en crise. »

Le même constat a été partagé par Léa Georgina Eyeng Mefane, secrétaire nationale aux relations extérieures du Syndicat de l'Éducation Nationale (SENA) au Gabon. Malgré les démarches entreprises par son organisation auprès des autorités nationales, « malgré les assurances du ministère de l'Éducation nationale à l’égard du SENA, la situation reste inchangée. Le SENA n'est toujours pas partie prenante du projet et du processus. »

Face à cette situation, le syndicat gabonais entend poursuivre son plaidoyer afin d’obtenir une participation effective des organisations de personnels de l’éducation aux différentes étapes du PASEC.

Les données comme levier pour revendiquer davantage d’investissements

Pour Florian Lascroux, coordonnateur Renforcement des capacités et solidarité à l’Internationale de l’Éducation, les résultats du PASEC peuvent devenir un puissant outil de plaidoyer dans le cadre de la campagne mondiale de l’IE La force du public : ensemble on fait école !.

« Il sera assez aisé de brandir ces résultats comme des preuves absolues que le manque d'investissement dans l'éducation produit des effets néfastes, que le fait de ne pas avoir du personnel enseignant formé produit des élèves qui n'ont pas les compétences souhaitées. »

Selon lui, les données recueillies dans le cadre du PASEC peuvent renforcer les revendications syndicales en faveur d’un financement accru de l’enseignement public, d’une meilleure formation des enseignants et enseignantes et d’une amélioration des conditions d’apprentissage.

Aucune décision sur l’éducation sans implication du personnel enseignant

Cette exigence d’inclusion des personnels de l’éducation dans les processus décisionnels a également été portée par le Dr. Pédi Anawi, Coordinateur au Bureau régional Afrique de l’Internationale de l’Éducation.

Pour lui, l’amélioration de la qualité de l’éducation passe nécessairement par la participation active des enseignants et enseignantes ainsi que de leurs syndicats aux réflexions et décisions relatives aux systèmes éducatifs.

Trois étapes pour passer des données à l’action

En clôture de la partie stratégique du webinaire, Matthieu Pelard, responsable des relations internationales de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), a présenté une feuille de route commune pour les organisations affiliées.

Les syndicats sont invités à engager dès maintenant le dialogue avec leurs ministères de l’Éducation, à se familiariser avec les résultats du PASEC 2019 pour préparer leur analyse du cycle 2024 et à mobiliser leurs structures et leurs membres autour des futures publications.

Résumant l’ambition de cette démarche collective, il a déclaré :

« Le slogan du webinaire, c'était : Des données aux actions syndicales. Ces données, ce sont le carburant de nos revendications pour les prochains mois. »

Préparer dès aujourd’hui les combats de demain

Concluant le webinaire, Claire Guéville a rappelé que cette rencontre n’était qu’une première étape d’un travail syndical de long terme autour du PASEC 2024.

« Notre mobilisation, évidemment, ne va pas s'arrêter ici. Le lancement du PASEC à Dakar va constituer notre prochain rendez-vous. Nous devons nous préparer tous à analyser les résultats. »

Claire Guéville, présidente du CSFEF.

Elle a également insisté sur la nécessité de confronter les données aux réalités vécues dans les écoles et d’empêcher toute instrumentalisation politique des résultats, « plus nous serons nombreux à nous approprier ces données, plus nous serons en mesure de nous faire entendre. »

Et de conclure : « Continuons donc de travailler ensemble pour que les résultats du PASEC contribuent véritablement à l'amélioration de nos systèmes éducatif, pour comprendre les données, porter la voix du terrain, et agir pour l’enseignement public. »