#JournéeMondialeDesEnseignants | « Retrouver notre objectif commun », par David Edwards.

Au lendemain du plus grand rassemblement en ligne d’enseignant·e·s de l’histoire émerge l’image morcelée d’une crise mondiale pour nos élèves et d’une profession déterminée à reconstruire en mieux.

Nous avons vu des enseignant·e·s et des éducateur·trice·s, de la maternelle au troisième cycle, épuisé·e·s mais motivé·e·s, partager des conseils, des idées, des technologies et des stratégies de gestion de l’apprentissage depuis leurs cuisines, leurs points d’accès Internet ou leurs salles de classe socialement distantes. Alors que les écoles s’ouvrent selon des configurations et des horaires variés, les professionnel·le·s de l’éducation font le tri parmi les meilleures pratiques actuelles ; ce que nous savons, ce qui est important, comment nous protégeons nos enfants et nos familles et comment nous nous assurons que nos communautés restent entières et s’adaptent.

Face à cette image indélébile d’imagination, de persévérance et de leadership se trouve un écran diffusant la réalité implacable du COVID-19 : plus d’1,6 milliard d’élèves ont été tenus à l’écart des écoles suite aux fermetures, la moitié d’entre eux·elles n’ayant pas accès à un ordinateur à la maison et la plupart n’ayant pas accès à Internet à domicile. L’UNESCO nous dit que « 56 millions d’apprenant·e·s vivent dans des endroits qui ne sont pas desservis par les réseaux mobiles, et ne peuvent donc pas utiliser les téléphones portables pour accéder à l’information ou pour se connecter avec leurs enseignant·e·s ou avec leurs camarades ». Pire encore, 24 millions d’élèves dans 180 pays risquent de ne plus se rendre à l’école en raison des effets de la pandémie sur l’économie, de retomber sous l’emprise du travail des enfants ou de la faible priorité accordée trop souvent aux filles.

Au cours d’une journée de diffusion en direct sur le web, 24 heures sur 24, depuis six continents, des enseignant·e·s, des étudiant·e·s, des responsables gouvernementaux et divers défenseur·euse·s de l’éducation ont partagé ce qu’il·elle·s ont appris et comment nous pourrions collaborer pour faire reculer ces chiffres terrifiants.

Les enseignant·e·s ressentent profondément cette crise. Il·elle·s ont réinventé leur pratique professionnelle du jour au lendemain et s’adaptent constamment. Pendant des années, l’enseignement et l’apprentissage en ligne ou à distance ont constitué un pari pour les entrepreneurs et les fonds spéculatifs sur un marché gonflé par des promesses sans preuve de son efficacité. Les enseignant·e·s étaient les cobayes des expérimentations technologiques de l’éducation qui circulaient dans les écoles. Il était rare qu’on leur demande leur avis ou qu’on leur donne le temps ou la formation nécessaires pour mettre la pratique professionnelle en pratique. Aujourd’hui, il·elle·s appliquent cet apprentissage en situation d’urgence. C’est comme si on leur demandait de construire un avion en plein vol.

La politisation galopante du coronavirus ne fait qu’empirer les choses. Les enseignant·e·s et les familles, et même nos étudiant·e·s, se demandent si nos sociétés et nos démocraties peuvent s’en sortir intactes à une époque où des voix et des dirigeant·e·s de premier plan colportent activement des informations erronées, s’emploient à marginaliser les professionnel·le·s de la santé, des sciences et de l’éducation et sèment la méfiance à l’égard des médias d’information.

Que savons-nous vraiment ? Nous savons que les écoles sont irremplaçables. Elles sont au cœur de nos communautés, des centres d’apprentissage et de santé, au cœur de nos économies et de notre sentiment d’appartenance et d’identité nationales. Elles doivent être ouvertes en toute sécurité. Personne ne dit : « OK, maintenant que nous avons ces plates-formes virtuelles, trouvons juste comment rester chez nous et améliorer nos expériences en ligne ». C’est pourquoi les conseils de l’Internationale de l’Éducation pour la réouverture des écoles ont débouché sur un appel à une communication transparente de la part des gouvernements, avec des décisions étroitement liées aux conseils des expert·e·s de la santé et un dialogue continu avec les enseignant·e·s et leurs syndicats.

Nous savons que parmi les pays les plus profondément touchés par la pandémie, le déni à la place du dialogue est la règle. Nombre de ces nations durement touchées, dont la mienne, sont dirigées au niveau national par des autorités anti-scientifiques qui ont encouragé leurs adeptes à adopter des traitements médicaux absurdes, n’ont pas su doter le secteur public de ressources suffisantes en matière de santé ou d’éducation et ont opposé leurs mouvements politiques aux faits médicaux et aux médias qui les rapportent. En revanche, les pays qui ont connu des épidémies moins graves et dont le retour à l’école et au travail se fait plus en douceur se concentrent fortement sur la science, disposent de secteurs publics et de médias solides.

Nous savons également que les demandes de responsabilité de la part du public font la différence. Les familles et les communautés peuvent se joindre aux enseignant·e·s et à d’autres personnes pour insister sur le fait que les décisions concernant les priorités et les ressources nationales doivent être prises de manière démocratique. Dans certains endroits, cela s’appelle le dialogue social, dans d’autres, la négociation. Là d’où je viens, dans l’ouest de la Pennsylvanie, on pourrait dire que le plat doit être mis sur la table plutôt qu’au menu.

Les outils permettant de faire fonctionner les gouvernements sont construits autour des leçons que la plupart d’entre nous apprennent à l’école. Définir une politique basée sur des faits, et non sur l’opinion des responsables. Les pandémies méritent des vaccins provenant des scientifiques, et pas des médicaments venant de politiciens charlatans et de leurs acolytes. Ne laissez pas les tyrans s’en sortir ainsi. Révélez leurs mensonges. Soutenez les médias indépendants agressifs. N’ayez pas peur de dire la vérité au pouvoir. Comprenez que nous diviser par la race, l’ethnicité, la religion, la géographie ou l’étiquette politique est un outil historique qui peut toujours mener à des choses plus graves.

Des dizaines de milliers d’enseignant·e·s et leurs allié·e·s dans le monde entier ont profité de la Journée mondiale des enseignant·e·s pour exiger ce dialogue. La COVID-19 doit devenir une leçon, et ce, aussi bien en matière de science, que de gouvernement, d’histoire, de technologie, de médias et pour retrouver le sens de l’objectif commun. Nous voulons que cette journée marque le début d’un nouveau pacte social entre les enseignant·e·s, les familles, les communautés et tous ceux qui ont un intérêt dans un secteur public vital qui se caractérise par des soins de santé de qualité et une éducation de qualité pour tou·te· s.


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David Edwards

David Edwards est le Secrétaire Général de l'Internationale de l'Education.

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