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La lumière du savoir au service de la lutte contre le racisme, par Glen Hansman

Publié 26 juin 2018 Mis à jour 28 juin 2018
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A l'instar de nos collègues dans le monde entier, les enseignant(e)s canadien(ne)s sont uni(e)s par la volonté de créer un monde meilleur en luttant contre les injustices sociales telles que le racisme. En ces temps troublés, des signes inquiétants d'une résurgence d'un mouvement néonazi du pouvoir blanc ont conduit les enseignant(e)s dans toute l'Amérique du Nord à débattre de la meilleure façon de faire face à ces forces néfastes et à leur potentielle influence sur nos étudiant(e)s.

C'est un dilemme auquel les enseignant(e)s canadien(ne)s ont été confronté(e)s depuis des décennies. Voici un extrait d'un article publié en avril 1943 dans le magazine de la Fédération des enseignantes et enseignants de la Colombie-Britannique:

«  ..Dans un certain sens, les enseignant(e)s jouent un rôle dans ce grand conflit, car ils portent la lumière du savoir et le flambeau de la liberté, que le nazisme et le fascisme tentent d'anéantir, car si ces tyrannies l'emportent, cela sonnera le glas de l'éducation qui sera remplacée par la propagande. C'est entre ces deux conceptions qu'existe un monde de différences entre la démocratie et la dictature. Il ne peut y avoir de place pour les convergences ou les compromis. »

La période allant de la Seconde Guerre mondiale au mouvement actuel qui prône la suprématie de la race blanche nous rappelle à quel point il est essentiel de continuer à sensibiliser les jeunes pour qu'ils comprennent ce « monde de différence entre la démocratie et la dictature ».

La Fédération des enseignantes et enseignants de la Colombie-Britannique (BCTF) représente l'ensemble des enseignant(e)s exerçant dans les écoles publiques de la province la plus occidentale du Canada. Cette province est un vaste territoire sur lequel réside une population très diversifiée, allant des peuples autochtones qui y habitent depuis la nuit des temps aux importantes communautés de migrant(e)s et réfugié(e)s qui proviennent de tous les continents du monde.

En tant que syndicat œuvrant fièrement pour la justice sociale, nous bénéficions d'une longue expérience en matière de sensibilisation à la lutte contre le racisme. En 1975, un enseignant afro-canadien du nom de Lloyd Edwards avait déposé une motion lors de notre assemblée générale annuelle pour que la Fédération mette en place un Programme officiel contre le racisme avec pour objectif d'aider les enseignant(e)s et les étudiant(e)s à lutter contre ce fléau à l'école et au sein de la société, de déceler les préjugés dans les manuels scolaires et de faire de la salle de classe un lieu où règne la sécurité et le respect pour tou(te)s.

« Quarante-deux ans plus tard, la situation a fortement évolué », a récemment déclaré Edwards. « Mais je persiste à croire que la seule solution au racisme est de commencer à s'y attaquer dès l'école primaire, et d'inculquer ces idéaux de justice et d'équité dès le plus jeune âge. »

L'un des premiers projets consistait à créer un diaporama (considéré comme à la pointe de la technologie à l'époque) abordant l'histoire cachée du racisme dans notre province: l' interdiction des potlatchs, les émeutes raciales organisées par l'Asiatic Exclusion League, l'incident du Komagata Maru, l'internement de Canadiens d'origine japonaise, la taxe d'entrée imposée aux immigrants chinois, le génocide culturel des peuples autochtones par le biais du système des pensionnats indiens, ainsi que d'autres exemples d'injustice qui ne figuraient pas dans les programmes scolaires. Ce diaporama a soulevé une telle controverse que deux des plus importants conseils de direction des établissements ont voté son interdiction. Néanmoins, comme on pouvait s'y attendre, les annonces de cette interdiction ont suscité un intérêt généralisé pour le diaporama à tel point que la BCTF était incapable de suivre le rythme des demandes de présentation.

Manifestement, le besoin urgent de sensibiliser à la lutte contre le racisme est toujours d'actualité.L'année dernière seulement, nous avons été témoins de publications du Ku Klux Klan, de posters néonazis, de swastikas, de brochures anti-Chinois ainsi que de l'organisation d'actions dans différentes villes de la Colombie-Britannique de la part du groupe des Soldiers of Odin. Une étude publiée par l'entreprise Insights West au printemps dernier montrait que pas moins de 82 pour cent des personnes issues des minorités visibles en Colombie-Britannique indiquaient avoir été la cible de préjugés ou de quelque forme de discrimination. Cette statistique ainsi que l'épouvantable meurtre de six fidèles dans une mosquée de la ville de Québec l'année dernière, devraient tirer le signal d'alarme pour tout(e) Canadien(ne) qui pourrait être tenté(e) de penser qu'un tel extrémisme n'existe qu'au sud de la frontière.

Les médias sociaux ne connaissent pas de frontières, et la dernière vague de sentiments nationalistes blancs et d'hostilité à l'égard des migrants vient aisément s'échouer sur tous les rivages. Les enseignant(e)s sont aux premières loges pour constater la manière dont les commentaires en ligne malveillants, et souvent anonymes, peuvent conduire les jeunes au désespoir. Nous nous interrogeons : quelles sont les conditions sociales qui poussent les jeunes hommes (et quelques jeunes femmes) à s'aventurer dans ces zones obscures d'Internet où ils rencontrent des personnes qui propagent la haine, qu'elles se revendiquent de l'idéologie de la suprématie blanche, du Djihad islamique ou de quelque autre idéologie, et qui les manipulent? Comment pouvons-nous mettre en œuvre les réseaux de soutien nécessaires afin que ces jeunes gens ne soient pas exposés à ce type de recrutement?

Les enseignant(e)s ont pleinement conscience des répercussions du contexte politique existant et de l'actualité sur les étudiant(e)s, notamment sur ceux/celles issu(e)s de minorités culturelles et d'autres groupes traditionnellement marginalisés. Mais nous savons également que l'établissement de liens authentiques avec les autres constitue le meilleur vaccin contre la peur et l'aliénation qui conduisent les jeunes vers des groupes radicaux.

Les enseignant(e)s, ici en Colombie-Britannique et dans le monde entier, sont déterminé(e)s à collaborer avec nos homologues nationaux et internationaux pour faire reculer le racisme ainsi que toute forme d'intolérance. Nous ne pouvons pas permettre que se normalise la colère des nationalistes blancs qui a conduit aux meurtres perpétrés dans la ville de Québec. Qu'il s'agisse d'islamophobie, d'antisémitisme, de suprématie blanche, de misogynie, de transphobie, d'homophobie ou encore de xénophobie, nous continuerons à faire face et à dénoncer la haine.Ensemble,avec les parents et d'autres citoyen(ne)s impliqué(e)s, nous militerons pour un monde plus équitable, inclusif et solidaire pour tous nos enfants.

Remarque: l'Association canadienne de la presse syndicale a récemment décerné une récompense nationale à une première version de ce texte dans la catégorie « Meilleur article d'opinion ».

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.