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L’Internationale de l'Éducation développe ses recherches et sa stratégie de plaidoyer dans le contexte de la COVID-19

Publié 2020-11-02 Mis à jour 2020-11-12

L’Internationale de l’Éducation a réuni plus de 170 universitaires, expert·e·s, syndicalistes et militant·e·s pour examiner comment la recherche peut promouvoir une éducation de qualité. Les participant·e·s issu·e·s du monde entier se sont réunis à l’occasion de la 15e réunion en ligne du Réseau de recherche (ResNet) les 28 et 29 octobre.

La technologie et l’avenir de la profession enseignante étaient au cœur des discussions présidées par l’équipe de recherche de l’Internationale de l’Éducation.

Le secrétaire général David Edwards a souligné l’importance de la recherche et des chercheur·euse·s pour l’Internationale de l’Éducation : « Dans le contexte de l'exacerbation des problèmes auxquels nous sommes actuellement confrontés, vous apportez des éclairages sur la situation afin que des mesures puissent être prises ». Nous vivons un moment paradoxal, a-t-il dit. La vision de la technologie comme une panacée, promise depuis si longtemps par des intérêts privés et certains censeurs de l’éducation, s’est avérée trompeuse tant pour les élèves que les enseignant·e·s et les parents lorsque la crise de la COVID-19 a imposé la technologie aux communautés scolaires. 

Une technologie axée sur la pédagogie

Le premier jour de la réunion du ResNet était centré sur la place de la technologie dans l’éducation, en particulier à la lumière de la fermeture des écoles provoquée par la COVID-19. Les participant·e·s ont partagé leurs recherches sur le sujet et ont assisté à la présentation des principales conclusions de la dernière étude de l’Institut de recherche (IR) de l’Internationale de l’Education : « A Review of Technology in Teaching and Learning » (Analyse de la technologie dans l’enseignement et l’apprentissage), par le Dr. Alison Egan du Marino Institute of Education, à Dublin, en Irlande. 

L’étude montre comment l’introduction de la technologie dans l’éducation génère une situation complexe : si elle permet l’accès à l’éducation pendant la fermeture des écoles, elle oblige également les enseignant·e·s et les apprenant·e·s à s'adapter, ce qui n'est pas toujours facile, et certainement pas facile pour tout le monde. Si le discours sur la technologie prend de plus en plus d’ampleur, la pédagogie doit rester la priorité absolue des éducateur·rice·s, avec la technologie comme support principal. Le rapport comprend des recommandations sur des sujets de préoccupation tels que la pédagogie, la formation des enseignant·e·s et le développement professionnel continu.

Capacité à enregistrer des données numériques

Janja Komljenovic a fait part de réflexions importantes sur l’enseignement supérieur et les plateformes éducatives. « La numérisation de l'éducation fait partie de l’ordre mondial au sens large », a-t-elle déclaré, soulignant que la croissance des plateformes numériques était liée à leur capacité à enregistrer des données numériques. Elle a expliqué que l’investissement dans le secteur de l’éducation numérique était basé sur la conception de l’éducation comme un service et sur le potentiel économique de la collecte de données personnelles par le biais de plateformes éducatives. Komljenovic s'est dite préoccupée par le manque d'études et de réglementation en matière de confidentialité des données. Ces questions doivent être abordées par les décideurs politiques et les syndicats de l'éducation, a-t-elle ajouté.

Préoccupations liées à l’utilisation de la technologie dans l’enseignement supérieur

Yamile Socolovsky, secrétaire internationale de la CONADU, en Argentine, et membre du Bureau de l’IR de l’Internationale de l’Éducation, a partagé l’analyse de son syndicat du point de vue de l’enseignement supérieur. Elle a mis en corrélation la discussion avec les travaux du groupe de référence de l’Internationale de l’Éducation sur l’avenir du travail. Elle a levé le voile sur certaines préoccupations majeures concernant l’utilisation de la technologie dans l’enseignement supérieur, notamment : 

  • La réorganisation du travail des enseignant·e·s ; 
  • Un travail et des conditions de travail de plus en plus précaires ; et
  • Les questions liées aux inégalités, notamment les difficultés particulières rencontrées par les femmes. 

Face à la réponse lacunaire des institutions publiques devant l'essor de la technologie dans l’éducation, Socolovsky a souligné l'importance de la négociation collective et de l’élaboration de stratégies pour améliorer la situation des éducateur·trice·s dans l’enseignement supérieur. Elle a encouragé les participant·e·s à réfléchir aux deux questions suivantes : De quelle technologie le secteur de l’éducation a-t-il besoin ? De quel type d’éducation avons-nous besoin pour changer le monde ?

Promouvoir le professionnalisme

Le deuxième jour de la réunion, Haldis Holst, secrétaire générale adjointe de l’Internationale de l'Éducation, a souligné l’importance de la recherche pour l’Internationale de l'Éducation. Elle a déclaré que les plans stratégiques de l’Internationale de l'Éducation allaient être adaptés au contexte de la COVID-19 et a souligné le fait que le professionnalisme des éducateur·trice·s – le thème de la deuxième journée du ResNet – était au cœur du travail de l’Internationale de l'Éducation.

Holst a également souligné l’importance de l’autonomie et de la sécurité des enseignant·e·s dans l’exercice de leur profession : « En tant que syndicats, il nous incombe de promouvoir et soutenir la profession enseignante ». Elle a également rendu hommage à Samuel Paty, l'enseignant français récemment assassiné.

Enfin, Holst a encouragé les organisations membres à participer à l’enquête sur la condition de la profession enseignante, qui permettra d’éclairer les politiques et les pratiques de l’Internationale de l’Éducation.

Impact de la pandémie

Le Dr Marisol Vazquez Cuevas a présenté les résultats d’une étude en cours sur l’autonomie professionnelle des enseignant·e·s dans le contexte de la pandémie de COVID-19. L'étude examine notamment si la pandémie a un impact positif ou négatif sur l’autonomie professionnelle des enseignant·e·s et tente de répondre aux questions suivantes : La crise peut-elle être considérée comme une occasion de mettre en lumière la collaboration entre les enseignant·e·s ? Comment la crise affecte-t-elle le leadership et l’autonomie des enseignant·e·s ?

Sam Sellar, de l’Université de Manchester, a présenté les résultats de son étude sur l’évaluation et l’autonomie des enseignant·e·s. Il a abordé en particulier les résultats de l’évaluation de la « prochaine génération » et les réponses que la profession peut apporter au niveau de la stratégie de recherche. Il a encouragé les syndicats et les universitaires à s’organiser afin de créer leurs propres réseaux, leurs propres recherches et leur propre évaluation des technologies alternatives en collaboration avec les enseignant·e·s. « Nous avons besoin d’alternatives au modèle promu par l’industrie des technologies de l'éducation », a-t-il souligné.

L’équipe de recherche de l’Internationale de l'Éducation, dirigée par Martin Henry, a présenté les nouvelles études et les recherches en cours qui permettront d’éclairer les stratégies politiques et de plaidoyer de l’Internationale de l'Éducation.  Il s’agissait notamment de recherches sur l’égalité des genres en Amérique latine, sur la privatisation et la commercialisation de l’éducation, sur l’autonomie professionnelle des enseignant·e·s et sur l’enquête actuellement menée sur la condition des enseignant·e·s. Les participant·e·s ont également discuté de l’avenir du Réseau de recherche et de l’application de sa stratégie visant à renforcer les capacités de recherche des bureaux régionaux, à influencer les politiques relatives aux enseignant·e·s à différents niveaux, à utiliser la recherche pour la défense des intérêts et à promouvoir un activisme mixte.

John Bangs, consultant spécial auprès de l’Internationale de l'Éducation, président de la Commission syndicale consultative (TUAC) sur l’éducation et les compétences et membre de l’IR de l’Internationale de l'Éducation, a souligné l’importance de la recherche pour l’organisation pendant et après la pandémie. Des questions cruciales telles que l’autonomie professionnelle, le programme scolaire, l’évaluation et la pédagogie assistée par la technologie, sont abordées par l’IR de l’Internationale de l'Éducation, a-t-il déclaré. Il a rappelé aux participant·e·s que l’éducation était le secteur le plus syndiqué, et que les études de l’Internationale de l'Éducation avaient montré que ce fort engagement des enseignant·e·s était lié à leur conviction que les syndicats peuvent tirer les leviers politiques qui promeuvent et protègent la profession. « Il n'y a rien d’inévitable dans la direction que nous prenons. Les enseignants et les syndicats ont un rôle à jouer », a-t-il souligné.