Défendre la valeur de l’éducation : leadership, solidarité et pouvoir collectif
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L’éducation est la clé de voûte du progrès social et du développement national, cependant en Mongolie, les travailleuses et travailleurs qui consacrent leur vie à l’enseignement ont longtemps été sous-valorisés. Dans les salles de classe comme aux premières files des manifestations, les enseignant·e·s ont, par leur courage, leur résilience et leurs actions collectives, remporté des victoires historiques. En transformant le combat en solidarité, la Fédération des syndicats mongols de l’éducation et de la science (FMESU) a démontré qu’en s’unissant, les éducateur·rice·s sont à même de refaçonner l’avenir.
En lutte pour redonner sa dignité à la profession enseignante
Mon propre parcours, celui de professeur d’histoire d’école secondaire à président de la FMESU, a été porté par la conviction profonde que les éducateur·rice·s méritent la dignité, une rémunération équitable et une voix collective forte. Cette même conviction a guidé chaque étape de notre lutte pour restaurer la dignité de la profession enseignante et pour garantir les droits des personnes dont dépend la bonne marche du système éducatif.
La mission de la FMESU est claire : contribuer à une éducation de qualité pour toutes et tous, créer les conditions en vue d’une amélioration notable du niveau de vie et défendre les droits des travailleur·euse·s ainsi que les intérêts de nos membres. Ces objectifs, loin d’être abstraits, sont ancrés dans les réalités vécues par les personnels de l’éducation, qui sont confrontés à des charges de travail croissantes, à une détérioration de leur santé mentale, à la maladie et aux conséquences de la pénurie de personnel qualifié. Les répercussions de la crise dans le secteur de l’éducation ne se limitent pas aux enseignant·e·s. Elles touchent également la qualité de l’apprentissage et l’avenir de nos enfants.
En 2023, la FMESU s’est unie à la campagne La force du public : Ensemble on fait école ! en menant sa propre campagne nationale « Pour une éducation publique ». La campagne a fourni une plateforme pour le plaidoyer et l’échange d’expériences et de bonnes pratiques avec nos collègues du monde entier, notamment dans la sous-région de l’Asie du Nord. Elle a notamment comporté un important volet formation couvrant l’élaboration de stratégies, la planification, la diffusion de messages et la mobilisation de l’opinion publique. Elle a en outre permis de développer les capacités et les outils nécessaires à une communication efficace avec le public et les décideur·euse·s, ainsi qu’à la planification d’autres actions.
Cette campagne nous a surtout rappelé une vérité fondamentale : lorsque les éducateur·rice·s sont organisé·e·s, informé·e·s et uni·e·s, un véritable changement devient possible.

Nos efforts de plaidoyer ont été centrés sur la mise en œuvre de la convention collective bilatérale conclue avec le ministère de l’Éducation, effective à partir de janvier 2025. Tout au long de l’année, nous avons soumis des propositions et des demandes officielles, participé activement aux discussions sur le budget national et tenu plusieurs conférences de presse pour souligner les besoins urgents des éducateur·rice·s.
En septembre, nous avons organisé une manifestation nationale à laquelle ont participé 10.000 enseignant·e·s et membres du personnel de soutien à l’éducation. En octobre, à l’occasion de la Journée mondiale des enseignant·e·s, la FMESU a organisé un sit-in pacifique sur la place principale, devant le bâtiment du Parlement national. Pendant cinq jours, quelque 5.000 éducateur·rice·s ont bravé le froid et la fatigue pour démontrer leur engagement indéfectible en faveur de la défense des droits des enseignant·e·s et du renforcement du système d’éducation publique. Loin de se limiter à un geste symbolique, les éducateurs et éducatrices déclaraient clairement qu’ils ne resteraient plus silencieux face à la négligence et à l’affaiblissement croissant de leur pouvoir d’achat et de leur valeur professionnelle.
Devant l’absence de réponse à leurs revendications, les membres ont pris la décision difficile de lancer un mouvement de grève. Pendant 13 jours, 40.000 enseignant·e·s et membres du personnel de soutien à l’éducation se sont mobilisé·e·s aux quatre coins du pays, aussi bien dans les écoles urbaines que rurales. Cette action historique a démontré le véritable pouvoir de la solidarité collective.
La grève n’a pas été facile. Il a fallu du courage pour résister aux pressions, de la résilience pour supporter les épreuves et de l’unité pour préserver nos forces. Les familles des élèves et des enseignant·e·s ont contribué en apportant de la nourriture et des encouragements, ainsi que leur soutien moral. La population s’est solidarisée avec le personnel de l’éducation, reconnaissant que notre lutte ne concernait pas seulement les enseignant·e·s, mais aussi l’avenir des enfants de Mongolie.
De la solidarité à la victoire
Grâce à cette action collective, les salaires de base des enseignant·e·s et du personnel de soutien à l’éducation ont été augmentés de 50 % à partir de janvier 2026, et de 26 % supplémentaires à partir de novembre 2026. Il s’agit d’une victoire monumentale. Une victoire qui prouve qu’en s’unissant, les éducateur·rice·s sont capables de refaçonner l’avenir.
Le 12 novembre 2025, une nouvelle étape a été franchie avec la conclusion de la convention collective 2026-2028 entre le ministère de l’Économie et du Développement et la FMESU. Une fois enregistrée auprès du ministère de la Famille, du Travail et de la Protection sociale, la convention est entrée en vigueur, établissant ainsi un cadre juridique plus solide pour la protection des droits des éducateur·rice·s.
Ces résultats ne sont pas le fruit d’efforts individuels, mais de l’unité. Il s’agit de la culmination d’une longue négociation, d’un dialogue et d’une lutte collective. Cela montre que la persévérance, la résilience et la solidarité permettent de surmonter les obstacles les plus tenaces.
Dans ce long combat, la FMESU et ses membres n’étaient pas seul·e·s. L’Internationale de l’Éducation ainsi que nos frères et sœurs à travers le monde ont suivi de près l’évolution des grèves, nous faisant part de leur solidarité et de leurs encouragements. Leur soutien nous a rappelé que la lutte pour l’éducation est une lutte mondiale et que chaque victoire en Mongolie contribue à un mouvement plus large en faveur de la justice et de la dignité dans l’éducation à travers le monde.
L’unité, la solidarité et le pouvoir collectif ont révélé leur véritable force. Malgré le froid, la pression et la charge de travail, nous sommes sorti·e·s plus fort·e·s, plus résilient·e·s et plus déterminé·e·s. Nous avons démontré que le courage ne signifie pas l’absence de difficultés, mais bien la capacité à les affronter ensemble.
En tant que président, il est de ma responsabilité de veiller à ce que tous les accords soient mis en œuvre pleinement et sans délai, à ce que les droits des enseignant·e·s et du personnel de soutien à l’éducation soient protégés et à ce que notre syndicat continue à grandir. Nous restons plus que jamais déterminé·e·s à donner à nos membres les moyens d’agir par le biais de la formation, de la sensibilisation et de l’éducation à leurs droits. Mais aussi et surtout, nous renforçons et donnons des moyens d’action à notre base principale, à savoir les comités syndicaux dans les écoles.
Une rémunération équitable, des conditions de travail sûres et le respect du travail éducatif ne sont pas un luxe ; ils représentent un investissement indispensable pour l’avenir de notre société. La force de notre mouvement réside dans la solidarité et, ensemble, nous continuerons à défendre la valeur de l’éducation.
L’histoire de la lutte de la FMESU est celle du courage, de la résilience et de l’unité. Elle témoigne du pouvoir de l’action collective et de la force des éducateur·rice·s qui refusent d’être réduit·e·s au silence. Nos victoires, qu’il s’agisse de l’augmentation des salaires, du renforcement des protections légales ou de la restauration du respect pour les enseignant·e·s, sont les jalons d’un voyage au long cours vers la justice et la dignité dans l’éducation.
La campagne La force du public : Ensemble on fait école ! nous a montré que, en s’unissant, les éducateur·rice·s sont à même de changer le cours de l’histoire. Nous sommes fier·ère·s en tant qu’enseignant·e·s, en tant que membres d’un syndicat et en tant que force collective. Plus fort·e·s, uni·e·s et déterminé·e·s, nous poursuivrons notre lutte pour des conditions de travail décentes, pour le renforcement du pouvoir de nos membres et pour la reconnaissance de l’éducation en tant que priorité nationale.
La force du public : Ensemble on fait école ! – Ensemble on est plus fort !
Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.