« La force du public : ensemble on fait école ! » – Développer la force des syndicats et l’éducation de qualité dans la région Pacifique
La campagne de l’Internationale de l’Éducation (IE) « La force du public : ensemble on fait école ! » est devenue un cadre de référence essentiel pour l’action politique et la mobilisation des syndicats de l’éducation dans la région Pacifique. Ce qui a débuté comme un appel stratégique régional visant à remédier à la pénurie d’enseignant·e·s s’est transformé en une initiative coordonnée reliant l’action syndicale nationale aux engagements mondiaux en matière de politique éducative et aux urgences des réalités du terrain.
Partir d’engagements mondiaux pour arriver à l’action régionale
La campagne dans le Pacifique s’inscrit clairement dans des cadres de référence internationaux, notamment ceux établis par les Nations Unies : les recommandations sur la profession enseignante et les objectifs de développement durable (ODD), en particulier l’ODD 4 et l’ODD 8, portant respectivement sur l’éducation de qualité et sur le travail décent. Elle a permis aux syndicats de s’accorder sur une conception politique commune de l’éducation en tant que bien public et responsabilité collective de l’État.
Au fil du temps, la campagne a évolué, passant d’une simple sensibilisation à un programme régional structuré de renforcement des capacités, permettant de consolider le plaidoyer syndical, la gouvernance et l’engagement politique aux Fidji, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, aux Samoa, aux îles Salomon et au Vanuatu. Plutôt que de se limiter à des initiatives nationales isolées, la campagne « La force du public : ensemble on fait école ! » a acquis une dimension régionale, qui a favorisé une plus grande solidarité tout en répondant à des réalités nationales distinctes.
Anand Singh, directeur de l’IE pour la région Asie-Pacifique, a félicité les organisations membres pour leur forte implication dans la campagne menée dans la sous-région, déclarant : « À travers le Pacifique, la campagne ‘La force du public : ensemble on fait école ! a démontré le pouvoir effectif des éducateurs et éducatrices syndiqués. En agissant collectivement, nos organisations membres ont renforcé leurs syndicats, amplifié leur voix et transformé les engagements communs pris à l’échelle mondiale en exigences politiques concrètes au niveau aussi bien national que régional. C’est là le pouvoir syndical en action : créer l’environnement indispensable à une éducation publique de qualité, à des conditions de travail décentes pour les enseignants et enseignantes et à la justice sociale pour nos communautés. »
Résoudre la crise due à la pénurie d’enseignant·e·s
Au cœur de la campagne se trouve la pénurie croissante d’enseignant·e·s à travers le monde, une crise qui touche particulièrement les systèmes éducatifs des pays du Pacifique. Le manque persistant de personnel a entraîné une surpopulation des salles de classe, une augmentation de la charge de travail et une détérioration des conditions d’apprentissage. La campagne a toujours décrit cette pénurie comme le résultat direct d’un sous-investissement public chronique, mettant en corrélation le recrutement et le maintien en poste du personnel avec le financement, les conditions de travail et le statut professionnel.

Ce cadre politique a permis aux syndicats de formuler des revendications concrètes. Aux îles Salomon, le syndicat a fait campagne en faveur d’un ratio enseignant/élèves de 1 pour 35, évoquant l’impact négatif des classes surchargées sur la santé et l’apprentissage. Aux Samoa, le plaidoyer s’est concentré sur la pénurie d’enseignant·e·s dans le primaire et le secondaire, soutenu par un dialogue direct avec des hauts responsables politiques, dont le Premier ministre, afin de souligner l’urgence d’une réforme radicale du système éducatif.
Renforcer les capacités syndicales
L’un des éléments clés de la campagne a été l’accent mis sur les capacités syndicales comme condition préalable à tout changement politique. Dans toute la région, des ressources ont été investies pour développer les compétences des dirigeant·e·s, former à la gouvernance, améliorer les outils de communication et l’organisation syndicale de terrain.
En Papouasie-Nouvelle-Guinée, le syndicat des enseignant·e·s a combiné une campagne médiatique et une plateforme en ligne afin de mobiliser le soutien du public et préparer des propositions politiques officielles à soumettre au gouvernement. Au Vanuatu, une formation spécialement destinée aux responsables de section syndicale a renforcé la gouvernance tout en soutenant le plaidoyer en faveur de la création d’une commission des services éducatifs, dont l’objectif est d’améliorer la gestion du système éducatif.

Ces évolutions témoignent d’une transition entre un plaidoyer réactif et un syndicalisme axé sur les politiques publiques, permettant aux syndicats de l’éducation d’engager le dialogue avec les gouvernements à l’aide de propositions fondées sur des données factuelles, ancrées à la fois dans les besoins nationaux et les normes internationales.
Jeunesse, genre et continuité intergénérationnelle
La campagne a également donné la priorité au leadership des jeunes et aux approches sensibles au genre, reconnaissant que des systèmes d’enseignement public durables nécessitent un renouvellement syndical à long terme. Aux Fidji, le mouvement des jeunes du syndicat des enseignant·e·s est devenu une force notable au sein de la campagne « La force du public : ensemble on fait école ! », en s’exprimant en faveur des investissements publics, de meilleures conditions de travail et de la reconnaissance professionnelle. Les principaux·ales dirigeant·e·s syndicaux·ales ont activement soutenu cet engagement, renforçant ainsi la solidarité et le soutien intergénérationnels.

Cette disposition permet aux syndicats de rester en lien avec les membres actuels et de préparer les futurs responsables capables de maintenir la pression politique dans la durée.
Une perspective pluriannuelle pour un changement systémique
La campagne est en outre ouvertement conçue comme une initiative pluriannuelle, fondée sur la coopération régionale et le plaidoyer collectif. Les orientations à venir mettent l’accent sur une interaction plus soutenue avec les gouvernements, des programmes de renforcement des capacités élargis et la mise en place de coalitions régionales durables.
La résilience climatique, la planification inclusive de l’éducation et l’égalité des genres ont également été identifiées comme des priorités transversales, afin de garantir que les systèmes éducatifs publics soient prêts à relever les défis sociaux et environnementaux.
Comme l’a souligné Neselinda Meta, secrétaire générale du Conseil de l’Éducation du Pacifique et coordinatrice du bureau de l’IE pour la région Asie-Pacifique : « [cette campagne] positionne le personnel enseignant non seulement en tant que personnel éducatif, mais aussi en tant bâtisseur de la nation, en première ligne pour le climat et la défense de la justice, tout en renforçant la nécessité de disposer d’écoles publiques résilientes, inclusives et dotées de ressources suffisantes. »
De la campagne au pouvoir collectif
Ces développements dans le Pacifique sont une démonstration de la manière dont les syndicats locaux de l’éducation s’approprient la campagne « La force du public : ensemble on fait école ! », dépassant le slogan pour en atteindre la substance. En ancrant l’action syndicale dans des engagements politiques mondiaux et en les traduisant en actions de plaidoyer nationales et régionales, les syndicats renforcent leur capacité à influencer les décisions relatives aux investissements publics et à défendre l’éducation en tant que bien public fondamental.