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Le Caribbean Union of Teachers et l’Internationale de l’Éducation réunissent les éducateur·trice·s pour renforcer les compétences en leadership et consolider la solidarité régionale

Publié 19 août 2026 Mis à jour 21 août 2026

Pendant quatre jours, de jeunes syndicalistes venu·e·s de toute la région caraïbe et rassemblé à Sainte-Lucie ont fait part de leurs idées, débattu des difficultés rencontrées, créé de nouveaux liens et réfléchi à l’avenir de leurs organisations.

Pour certain·e·s, l’expérience s’est révélée transformatrice.

« Cet événement était plus qu’une occasion de voyager, a affirmé Ayoni Esquiliano du Belize National Teachers' Union (BNTU). C’est devenu une expérience transformatrice qui m’a permis, en tant que jeune dirigeant au sein du BNTU, de réfléchir concrètement à la direction de mon leadership et à l’avenir que j’espère bâtir pour mon syndicat. »

M. Esquiliano faisait partie d’un groupe de 18 jeunes leaders syndicaux·ales qui ont participé à l’Atelier des jeunes leaders organisé du 2 au 5 mars 2026 par le Caribbean Union of Teachers (CUT) à Castries, à Sainte-Lucie. Cet atelier visait à renforcer les compétences en leadership et à promouvoir l’égalité de genre dans les syndicats de l’éducation de toute la région.

De même, Annakaye Terrelonge-Nelson, qui représentait la Jamaica Teachers' Association (JTA) à cet événement, a parlé aussi d’une « expérience réellement transformatrice ».

« Je suis arrivée en espérant renforcer mes compétences en leadership, approfondir ma connaissance du syndicalisme et nouer de solides relations avec d’autres jeunes leaders de toute la région des Caraïbes, a-t-elle déclaré. Je suis repartie plus déterminée que jamais et avec une meilleure vision de notre responsabilité collective en tant que leaders syndicaux et syndicales. Une de mes prises de conscience les plus marquantes a été de constater que, bien que nous venions d’îles et de systèmes éducatifs différents, nombre des défis auxquels nous faisons face en Jamaïque, tels que la baisse de la participation syndicale, le bien-être enseignant, le plaidoyer et le renouvellement des équipes dirigeantes, toutes ces difficultés trouvaient un écho chez mes collègues de la région. Cela m’a rappelé que, bien que notre géographie nous sépare, notre objectif nous unit. »

Rassemblant des participant·e·s venu·e·s d’Antigua-et-Barbuda, des Bahamas, des Bermudes, du Belize, de la Grenade, de la Jamaïque, de Sainte-Lucie, d’Anguilla et de Saint-Martin, l’atelier visait à fournir aux jeunes éducateur·trice·s les connaissances et les compétences requises pour assumer des postes à responsabilité dans leur syndicat. Plus de la moitié des participant·e·s étaient des femmes, ce qui témoigne de l’engagement du programme au service de la promotion du leadership féminin au sein du mouvement syndical.

La formation a été organisée par le CUT, avec le soutien de l’Internationale de l’Éducation (IE) et l’appui de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (CTF/FCE).

Investir dans la nouvelle génération de dirigeant∙e∙s de syndicats de l’éducation

Sharon Kelsick, présidente du CUT, a accueilli les participant·e·s et souligné l’importance de former une nouvelle génération d’activistes afin de défendre les droits des éducateur·trice·s et de renforcer les syndicats démocratiques dans toute la région.

Au cours du programme, qui s’est tenu sur quatre jour, les participant·e·s ont abordé les fondements du syndicalisme, l’histoire du mouvement syndical caraïbe, les stratégies d’organisation et de mobilisation et les enjeux actuels auxquels sont soumis les syndicats. Les éducateur·trice·s ont également discuté du rôle des organisations de travailleur·euse·s dans la promotion des Objectifs de développement durable (ODD), en particulier l’ODD 4, qui invite les États à garantir une éducation inclusive et équitable de qualité et à favoriser les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie pour toutes et tous.

Concernant les leçons apprises, Paul Taylor, de la Bahamas Education Managers Union, a affirmé que parmi les principaux enseignements qu’il retire de cet atelier figurent l’impact des syndicats sur le développement national, les méthodes permettant de recruter et d’impliquer efficacement les membres, la nécessité d’adopter une approche large et équilibrée des enjeux grâce à la discussion collective, les stratégies visant à nouer des liens et des partenariats et l’importance d’une planification active et de venir en aide aux membres en cas de crise tout en ayant connaissance, en tant que dirigeant, de leur état de santé mental.

L’atelier comprenait également des séances consacrées aux répercussions du changement climatique sur les travailleur·euse·s et l’avenir de l’action syndicale. Les interventions ont été assurées par des dirigeant∙e∙s syndicaux∙ales et des activistes disposant d’une grande expérience, notamment Nadine Molloy, membre du Bureau exécutif de l’IE, Vern Charles, secrétaire générale du CUT, Elena Smith, deuxième vice-présidente du CUT, Julian Monrose, chargé de programmes, Virginia Albert-Poyotte, ministre de la Fonction publique, de l’Intérieur, du Travail et de l’Égalité des genres de Sainte-Lucie, Don Howell, ancien président du SLTU et ancien secrétaire général du CUT, ou encore Kentry Jn. Pierre, ancien secrétaire général du SLTU.

D’après Vern Charles, secrétaire générale du CUT, « l’atelier avait pour objectif de permettre aux participants et aux participantes de mieux comprendre le rôle essentiel des syndicats dans la protection des droits du personnel enseignant, la valorisation de la profession enseignante, la promotion d'un enseignement public de qualité et la défense de l’égalité, de la diversité et de l’inclusion ».

Mme Charles s’est félicitée que les participant·e·s aient acquis les connaissances, les compétences et l’assurance nécessaires pour devenir des dirigeant∙e∙s syndicaux·ales efficaces. Grâce aux interventions de syndicalistes émérites, aux discussions interactives et aux activités collaboratives, a-t-elle déclaré, les participant·e·s ont découvert des stratégies concrètes qui permettent d’impliquer davantage de jeunes enseignant·e·s, de renforcer leurs syndicats et de former la nouvelle génération de responsables. La mise en réseau de pairs dans toutes les Caraïbes a également favorisé l’établissement de relations durables et la création d’un réseau de soutien régional pour les nouveaux∙elles dirigeant∙e∙s.

Placer l’égalité de genre au cœur du travail syndical

Tout au long de l’atelier, l’égalité de genre a occupé une place centrale.

Les participant·e·s ont ainsi étudié la mise en œuvre de l’ODD 5, discuté des difficultés auxquelles les femmes font face dans les Caraïbes et ont réfléchi à la manière dont les syndicats peuvent promouvoir l’égalité des chances et la représentation à tous les niveaux de leur organisation.

Selon M. Esquiliano, les séances portant sur les questions de genre ont permis d’approfondir la réflexion sur le leadership inclusif.

« Au lieu d’envisager le leadership sous un seul angle, j’ai développé ma propre conception selon laquelle l’objectif devrait être l’équilibre afin d’offrir aux femmes comme aux hommes des chances égales de s’investir pleinement à des postes de direction. »

Il a également fait valoir que les séances consacrées à l’histoire du mouvement syndical caraïbe, au recrutement et à la mobilisation, ainsi qu’aux enjeux déterminants auxquels font face les syndicats l’avaient encouragée à penser au-delà de la situation actuelle et à examiner la manière dont le BNTU peut demeurer pertinent et à l’écoute du personnel enseignant dans un monde en constante évolution.

Par ailleurs, a-t-il ajouté, ces discussions l’ont amené à se pencher sur les difficultés que connaissent les organisations syndicales de la région.

« Plus important encore, elles m’ont incitée à étudier comment les approches régionales réussies peuvent être adaptées au contexte de Belize plutôt que d’être simplement répliquées. Je suis rentré chez moi la tête pleine de questions essentielles pour l’avenir du BNTU : ‘Comment rester pertinent ?’ ou ‘Comment continuer de représenter efficacement les éducateurs et les éducatrices dans un contexte d’évolution rapide de la profession ?’ Dorénavant, ces questions guideront ma façon de diriger. »

Les séances présentées par Sharon Kelsick et Elena Smith, membres du Comité de la promotion des femmes du CUT, et par Vern Charles ont abordé des thématiques aussi variées que le leadership féminin, l’égalité entre les femmes et les hommes au travail, les approches sensibles au genre ou encore la santé mentale et le renforcement des équipes.

En outre, les participant·e·s ont travaillé en groupes pour élaborer des plans concrets visant à intégrer des perspectives de genre dans les activités et les priorités de leur syndicat.

Une forte implication et des résultats concrets

À l’aide de méthodes interactives, notamment des jeux de rôle, des exercices en groupes et des activités d’apprentissage entre pairs, l’atelier a encouragé les participant·e·s à faire part de leurs expériences et à développer des compétences pratiques en matière d’organisation. À l’issue du programme, les participant·e·s ont pu repartir avec un plan d’action à mettre en œuvre au sein de leur structure.

Pour Melissa St. Rose, présidente du Comité de la promotion des femmes du CUT, cette expérience revêtait une importance particulière car la syndicaliste avait occupé autrefois la place où se trouvaient aujourd’hui les participant·e·s.

« Cette expérience a une signification particulière pour moi car je me suis trouvée autrefois à la place des participants et des participantes. En tant qu’ancienne bénéficiaire de cette même formation, revenir en la qualité de facilitatrice permet de boucler la boucle et rappelle l’impact durable que l’investissement de l’Internationale de l’Éducation dans le développement du leadership continue d’avoir dans toute notre région. À mon poste de présidente du Comité de la promotion des femmes du CUT, j’ai eu le privilège de contribuer à former la prochaine génération de dirigeants syndicaux et de dirigeantes syndicales. »

De plus, elle a ajouté que ce qui l’avait le plus impressionnée était l’enthousiasme et l’ouverture d’esprit des participant·e·s.

« Les séances étaient très interactives, ponctuées de discussions enrichissantes, de questions pertinentes et de réflexions sincères. Les participants et participantes ont interagit dans le respect, parlé de leur propre vécu et fait preuve d’une réelle volonté de devenir des leaders qui défendent efficacement non seulement le personnel éducatif mais aussi l’égalité et l’inclusion. »

Dans leur grande majorité, les retours ont été positifs : près de 95 % des participant·e·s ont révélé se sentir capables de mettre en application dans le cadre de leur travail syndical ce qui a été enseigné au cours de cette formation, tandis que 89 % ont jugé que l’expérience dans son ensemble était positive. Les participant·e·s se sont en outre montré·e·s enthousiastes à l’idée de transmettre leurs nouvelles connaissances à leurs collègues au sein de leur syndicat.

La voix des jeunes dirigeant∙e∙s pour un mouvement syndical uni dans le secteur de l’éducation aux Caraïbes

À l’issue de l’atelier, les participant·e·s ont acquis de nouvelles compétences et sont reparti·e·s avec des plans concrets visant à renforcer leur organisation.

D’après Mme Terrelonge-Nelson, « nous avons déjà commencé à mettre en application ce que nous avons appris. À notre retour, un rapport complet comprenant les principales recommandations issues de l’atelier a été élaboré et transmis aux membres du secrétariat de la JTA, au Comité des relations internationales et au Conseil général afin de garantir que ces enseignements ne se limitent pas aux seules personnes qui ont participé à l’événement. Alors que je m’apprête à assumer la fonction de présidente de mon association de district, j’entends m’appuyer sur ces fondements et mettre en œuvre des stratégies visant à favoriser l’implication des membres, à promouvoir un leadership inclusif et à former de nouveaux dirigeants et de nouvelles dirigeantes. J’y vois une occasion de contribuer à créer un syndicat plus engagé, mieux informé et tourné vers l’avenir. »

Pour Nolyka Watson, secrétaire générale du Windward Islands Teachers' Union (WITU) à Sint-Maarten, l’atelier a renforcé l’idée selon laquelle le leadership est avant tout une question d’engagement et non d’âge ou de titre.

« Lorsque j’ai été invitée à participer à l’Atelier des jeunes dirigeants et dirigeantes du CUT, j’ai d’abord hésité. Les participantes et participants devaient être jeunes. En ce qui concerne l’âge, j’ai largement dépassé le groupe cible. Toutefois, je suis ‘jeune’ dans mon parcours syndical. Heureusement, quelqu’un a regardé au-delà de mon âge et a su reconnaître mon potentiel en matière de leadership. Cette confiance qui m’a été accordée m’a rappelé que le leadership ne se définit pas par l’âge ni par le titre, mais par la volonté de servir, d’évoluer et d’inspirer les autres. »

Une phrase prononcée lors de l’atelier l’a profondément marquée, a-t-elle ajouté :

« ‘L’objectif de cet atelier est de former des dirigeants et dirigeantes pour le futur, pas de simples suiveurs et suiveuses.’ Ces mots m’ont poussée à me demander ce que je peux faire pour que le WITU grandisse, non seulement en nombre, mais aussi en force. »

Un des enseignements qu’elle a hâte de mettre en place, c’est l’importance du parrainage ou du marrainage, et non simplement du mentorat.

« Un jour, une personne a vu en moi des qualités de dirigeante et a ouvert une porte que je n’aurais peut-être pas ouverte moi-même. Aujourd’hui, j’en suis redevable et il est de mon devoir de repérer les membres qui sont là pour le syndicat, qui posent des questions, qui se portent volontaires et qui font preuve d’esprit d’initiative. »

Elle est par ailleurs convaincue que « l’avenir de nos syndicats ne peut être assuré par une poignée de responsables élus. Il sera façonné par les membres qui choisissent de s’engager, de s’investir pour autrui et de montrer l’exemple. La question n’est pas de savoir si nos syndicats ont besoin de plus de dirigeants et dirigeantes. La question est de savoir si nous sommes toutes et tous prêts à en devenir un ou une. »

Renforcer les syndicats pour préparer l’avenir

Pour conclure l’atelier, les participant·e·s ont défini des priorités en matière de formation, notamment sur la négociation collective, la résolution de conflit, la sécurité numérique, les programmes de santé mentale, la rédaction de propositions et le financement des syndicats.

En renforçant les compétences en leadership et en approfondissant la compréhension des questions d’égalité de genre, cette initiative a contribué à former une nouvelle génération de syndicalistes déterminé·e·s à bâtir des structures solides et durables dans toute la région.

La secrétaire générale du CUT, Vern Charles, a en outre reconnu qu’un des résultats de l’atelier les plus importants pour elle était « l’élaboration d’un plan d’action concrets par chacune des organisations membres participantes. Ces plans d’action mettent en avant des initiatives pratiques qui visent à recruter et à impliquer de jeunes enseignants et enseignantes, à former les futurs dirigeants et les futures dirigeantes, à augmenter la participation des jeunes à la gouvernance syndicale et à établir des structures de jeunesse durables au sein de leurs syndicats. »

Afin de maintenir cette dynamique, le CUT a mis en place un réseau sur WhatsApp de manière à fournir un appui en ligne, à encourager la collaboration et à suivre les progrès des organisations membres dans la mise en œuvre de leurs plans d’action. Un suivi régulier permettra au CUT d’évaluer l’impact de ces actions, de transmettre les bonnes pratiques, de résoudre les difficultés rencontrées et de continuer à construire un réseau solide de jeunes dirigeant∙e∙s syndicaux∙ales dans toute la région caraïbe.