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Mondes de l'éducation

Credit: GPE/Elvix Kwanu
Credit: GPE/Elvix Kwanu

Voix de l’éducation | La solidarité internationale au service de la lutte contre le travail des enfants en RDC

Publié 31 août 2026 Mis à jour 4 septembre 2026
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Mondes de l'éducation : Pouvez-vous vous présenter ?

Roger Isaya : « Je m’appelle Roger Isaya, je suis enseignant depuis une vingtaine d’années. J’enseigne à l’école primaire Musenga dans la ville de Kiliba, en République Démocratique du Congo. Militant syndical de longue date, je préside actuellement la section locale de la FENECO-UNTC à Kiliba.

Denise Kigabi Mulangaliro: « Je suis Denise Kigabi Mulangaliro, j’enseigne à l’école primaire de Kiliba. Je suis également vice-présidente chargée de la promotion de la femme au sein de la section locale de mon syndicat, la FENECO-UNTC.

Mondes de l'éducation : Pourquoi avez-vous décidé de travailler dans l’enseignement ?

Denise Kigabi Mulangaliro: « J’ai choisi le métier d’enseignante parce que j’aime les enfants et je crois que l’éducation est la meilleure arme pour combattre la pauvreté et l’ignorance, et malgré les difficultés sécuritaires que traverse notre pays, je reste convaincue que chaque enfant qui fréquente l’école représente un espoir pour l’avenir de Kiliba et de la République Démocratique du Congo. »

Roger Isaya : « Pour moi, le métier d’enseignant est une vocation. Depuis mon jeune âge, j’ai toujours nourri le désir de contribuer à la formation des enfants et au développement de ma communauté à travers l’éducation. Cette passion m’a conduit à entreprendre des études pédagogiques aux humanités afin de me préparer à cette noble mission. Après plusieurs années de service, la conviction que l’éducation constitue le fondement du progrès social et du développement humain demeure intacte. »

Mondes de l'éducation : Comment le contexte actuel, marqué par la guerre et la récente épidémie d’Ebola, affecte votre quotidien ?

Denise Kigabi Mulangaliro : La guerre et les crises sanitaires, notamment l’épidémie d’Ebola, ont profondément perturbé notre travail. A plusieurs reprises, nous avons été obligés d’interrompre les cours en raison de l’insécurité. Certains enfants arrivaient à l’école traumatisé·es après avoir fui les affrontements ou perdu des proches. En tant qu’enseignante, il est difficile non seulement d’enseigner, mais aussi de réconforter les élèves qui vivaient dans la peur permanente.

Roger Isaya : Exercer le métier d’enseignant demeure extrêmement difficile. Je me souviens particulièrement du mardi 9 décembre 2025, alors que nous étions en pleine session pour les examens du premier trimestre. Des détonations d’armes lourdes ont subitement retenti aux alentours de la cité de Kiliba. La panique s’est immédiatement emparée des élèves et des personnels enseignants, chacun et chacune cherchant à rejoindre son domicile ou se mettre à l’abri dans un lieu sécurisé.

Face à cette dégradation rapide de la situation sécuritaire, j’ai été contraint de fuir avec mon épouse et mes six enfants vers Gatumba, au Burundi, comme de nombreuses autres familles. Les conditions de vie y étaient très précaires : nous manquions d’eau potable, ne mangions pas à notre faim et ne disposions pas d’abris adéquats. Nous vivions dans une grande incertitude et étions parfois obligé·es de dormir à la belle étoile.

Malgré toutes ces épreuves, nous avons toujours gardé l’espoir de reprendre notre mission éducative dans notre ville de Kiliba.

Denise Kigabi Mulangaliro : À la reprise des cours après les attaques de décembre 2025 et la prise d’Uvira par les rebelles de l’AFC/M23, beaucoup d’enfants avaient abandonné l’école par crainte de revivre des évènements similaires. Cette situation nous a énormément attristé·es en tant qu’enseignantes et enseignants. »

Mondes de l'éducation : Comment le programme visant à mettre fin au travail des enfants soutient-il votre école et votre communauté ?

Denise Kigabi Mulangaliro : Le programme de lutte contre le travail des enfants a eu un impact très positif dans notre école et dans la communauté de Kiliba. Plusieurs enfants qui avaient abandonné l’école ont ainsi été réintégré·es grâce aux efforts conjoints des personnels enseignants, des parents et des partenaires du projet.

Grâce aux différentes campagnes de sensibilisation organisées par la FENECO UNTC, beaucoup de parents ont en effet compris que les enfants doivent être protégé·es et maintenu·es à l’école plutôt que d’être envoyé·es aux champs. Les clubs d’enfants créés dans les écoles permettent aux élèves de parler librement de leurs difficultés et d’apprendre leurs droits. Et les kits scolaires distribués ont également soulagé certaines familles vulnérables.

Roger Isaya : Nous observons progressivement un changement de mentalité et une évolution des comportements au sein de la communauté, notamment une prise de conscience de l’importance de la scolarisation de tous les enfants, sans discrimination. Ce programme contribue ainsi à promouvoir le respect des droits de l’enfant et l’accès à une éducation de qualité.

Par ailleurs, l’initiative de la COOPEDUC constitue une autre innovation importante. Elle encourage les parents à développer une culture d’épargne, même modeste, afin de mieux préparer la scolarité de leurs enfants. Selon mon analyse, si cette dynamique se poursuit durant les prochaines années, la cité de Kiliba pourra atteindre un niveau remarquable d’engagement communautaire en faveur de l’éducation.

Mondes de l'éducation : Comment les programmes internationaux de solidarité renforcent-ils la FENECO ?

Roger Isaya : Les programmes internationaux de solidarité ont considérablement renforcé la crédibilité et la visibilité de notre syndicat, la FENECO-UNTC, aussi bien auprès de la communauté locale que des autorités politico-administratives et éducatives.

À travers le projet de lutte contre le travail des enfants, notre organisation est aujourd’hui reconnue comme un partenaire fiable dans le secteur éducatif. Ces initiatives ont également favorisé une augmentation du nombre d’enseignants et enseignantes qui adhèrent à notre syndicat, convaincu·es par les actions concrètes menées en faveur des enfants et des personnels enseignants.

Denise Kigabi Mulangaliro : La participation active des enseignants et des enseignantes aux activités communautaires est une force pour notre syndicat. Aujourd’hui, la FENECO-UNTC bénéficie d’une bien meilleure image auprès de la population grâce aux projets réalisés dans les écoles et dans les familles.

Ces programmes nous permettent également de partager notre expérience avec d’autres syndicats partenaires. Nous ne nous sentons pas abandonné·es malgré les difficultés que traverse notre pays. Ces partenariats nous motivent davantage à défendre nos droits et ceux des enfants.

Mondes de l'éducation : Avez-vous un message pour vos collègues du monde entier ?

Denise Kigabi Mulangaliro : Mon message aux enseignants et enseignantes du monde entier est celui-ci : continuons à protéger les enfants grâce à l’éducation. Même dans les zones touchées par la guerre, la pauvreté ou les épidémies, l’école reste un refuge d’espoir.

Roger Isaya : Je souhaite délivrer un message de courage et de persévérance. Malgré les nombreux défis auxquels nous faisons face, nous ne devons jamais abandonner notre mission éducative. Notre profession joue un rôle essentiel dans la transformation de la société. À travers l’éducation, nous formons les générations futures et contribuons à bâtir un monde plus juste, plus conscient et plus humain.

Le contenu et les avis exprimés dans ce blog sont ceux de son auteur et ne reflètent pas nécessairement la position officielle de l’Internationale de l’Education.