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La campagne « La force du public : ensemble on fait école ! » fête ses trois ans : quand le pouvoir des syndicats transforme l’enseignement public dans le monde entier

Publié 29 janvier 2026 Mis à jour 13 février 2026

À l’occasion de la Journée internationale de l’éducation, le 24 janvier, la direction de l’Internationale de l’Éducation (IE) s’est réunie afin de saluer l’efficacité de la campagne « La force du public : ensemble on fait école ! », qui appelle les États à investir dans l’enseignement public et le corps enseignant. Depuis son lancement il y a trois ans, cette campagne a été relayée dans plus de 50 pays et connaît une influence croissante.

Lors du webinaire mondial organisé pour célébrer l’événement, c’est la secrétaire générale adjointe de l’IE, Haldis Holst, qui a accueilli le public : « Aujourd’hui, nous allons réfléchir à la puissance du collectif et aux progrès que nous avons accomplis grâce à la campagne La force du public : ensemble on fait école ! »

Cette campagne « entend défendre les droits du travail et garantir des conditions de travail décentes, ainsi qu’une charge de travail raisonnable et des salaires compétitifs. Elle vise en outre à valoriser les enseignants et les enseignantes, à leur assurer un rôle central dans les prises de décision et à s’appuyer sur leur expertise pédagogique ».

Les membres de l’IE, a ajouté Mme Holst, « ont une vision commune d’un enseignement public gratuit pour tous et toutes et d’un personnel éducatif respecté et soutenu. C’est pourquoi nous nous sommes mobilisés autour de la campagne La force du public. En trois ans, cette dernière s’est étendue à 50 pays, avec une présence qui ne cesse de croître. »

La campagne « La force du public » illustre le formidable pouvoir collectif des syndicats de l’éducation

Dans son intervention, le président de l’IE, Mugwena Maluleke, a souligné que « lorsque nous avons lancé La force du public : ensemble on fait école !, nous nous sommes fermement engagés en faveur du droit à l’apprentissage de chaque enfant et à exhorter les autorités à défendre notre profession, sa qualité, sa dignité et son âme. Partout où je me suis rendu en tant que votre président, je vous ai vus répondre à cet appel. Je vous ai vus renforcer le pouvoir syndical avec conviction et dévouement. J’ai été témoin de votre détermination, de votre volonté d’apprendre les uns et les unes des autres, et de votre solidarité en action. »

« La campagne La force du public, a-t-il insisté, trouve un écho parce qu’elle reflète qui nous sommes et ce à quoi nous faisons face. Elle relie nos valeurs communes, elle relie nos difficultés communes. Elle atteste de notre vision d’un monde où chaque enfant a accès à un enseignement public gratuit et de qualité, et où le personnel enseignant et de soutien à l’éducation est respecté et valorisé pour le travail fondamental que nous menons. »

Par ailleurs, le dirigeant de l’IE a fait apparaître que la campagne « témoigne de notre formidable pouvoir collectif. Lorsque les éducateurs et éducatrices de tous les continents s’unissent autour d’une cause commune, nous faisons bouger le monde. Au sein de nos salles de classe, de nos syndicats, de notre Internationale de l’Éducation, nous montrons la voie avec espoir, nous transformons et nous créons des possibilités pour l’avenir. Au cours des trois dernières années, en unissant vos forces, en partageant vos connaissances et en faisant preuve de solidarité, vous avez démontré le pouvoir de notre mouvement et obtenu de réelles avancées pour le personnel enseignant et éducatif du monde entier. »

Par la suite, M. Maluleke a évoqué les recommandations des Nations Unies pour une profession enseignante forte et résiliente, la Conférence panafricaine sur la formation des enseignant·e·s et le Consensus de Santiago, qu’il a qualifiés d’étapes majeures de la campagne visant à augmenter les financements de l’enseignement public et à mettre fin à la pénurie mondiale d’enseignant·e·s.

« Nous avons parcouru un long chemin et La force du public nous a rapprochés plus que jamais. La force du public : ensemble on fait école ! est votre campagne. C’est notre campagne, animée par nos valeurs et notre engagement inébranlable en faveur de nos collègues et de nos élèves. L’éducation est un acte d’espoir. C’est un acte de résistance contre la désespérance. Dans un monde au bord de la mutation et du trouble, levons-nous ensemble pour la justice sociale et la paix. Continuons de nous battre pour l’enseignement public, pour la dignité des enseignants et enseignantes, et pour un avenir où la connaissance et l’espoir triomphent de l’ignorance et de la désolation. Ensemble, nous surmonterons n’importe quelle difficulté car notre cause est juste et notre force, sans limite. »

D’important·e·s dirigeant·e·s de syndicats de l’éducation du monde entier ont ensuite pris la parole pour mettre en lumière les progrès accomplis en faveur d’un enseignement public inclusif de qualité dans leurs régions et leurs pays.

Victoire du corps éducatif mongol : une augmentation de 50 % du salaire de base des enseignant·e·s

En ligne depuis la Mongolie, Zambal Tsogtgerel, président de la Fédération des syndicats mongols de l’éducation et des sciences, a déclaré que le secteur de l’éducation dans son pays avait été sévèrement touché par les coupes budgétaires de l’État. « Toutefois, a-t-il précisé, nous avons réussi à nous battre pour nos enseignants et nos enseignantes et à inclure le financement nécessaire à une hausse de leurs salaires dans le budget de l’État pour 2026. »

Le syndicat est parvenu à organiser une mobilisation massive du personnel enseignant dans tout le pays afin de réclamer une augmentation des salaires et à s’assoir à la table des négociations avec les pouvoirs publics, a-t-il expliqué. « En janvier 2025, nous avons envoyé un courrier officiel à l’État. En juillet, nous avons démarré notre campagne La force du public : ensemble on fait école !. Nous avons réussi à convaincre les autorités qu’il s’agissait d’une priorité qui permettra de fournir une éducation de qualité. Il est important de noter que nous avons su tirer profit du pouvoir d’influence de la presse et des médias, ainsi que du soutien des parents. »

M. Tsogtgerel a précisé que depuis janvier 2026, le salaire de base des enseignant·e·s était passé à 2,8 millions de tugriks (environ 680 euros), soit une hausse de 50 %, et qu’il serait augmenté de 26 % à partir du 1er novembre 2026. « C’est une grande réussite, a estimé le dirigeant syndical. L’État a promis de faire de l’éducation un secteur prioritaire. D’ailleurs, 2026 sera une année riche pour l’éducation. » Les négociations avec le gouvernement visant à atteindre l’objectif de 3,5 millions de tugriks (près de 840 euros) se poursuivront cette année.

Le dialogue social, une stratégie clé pour augmenter les financements de l’enseignement public et du corps enseignant

Pour l’Europe, la présidente du Syndicat des travailleur·euse·s de l’éducation et des sciences de la République du Tadjikistan, Zulkhiya Nozakova, a décrit la mise en œuvre de la campagne La force du public dans son pays.

« Nous avons recours au dialogue social comme principal outil de la campagne La force du public, a-t-elle expliqué, et nous nous appuyons actuellement sur l’accord sectoriel conclu avec le ministre de l’Éducation. Par exemple, nous participons à tous les groupes de travail chargés d’adopter la législation sur l’éducation et les sciences afin d’observer les évolutions dans le secteur de l’éducation et surtout d’obtenir des bénéfices et davantage de financements pour ce secteur. »

Parmi les plus grands succès du Syndicat des travailleur·euse·s de l’éducation et des sciences de la République du Tadjikistan, Mme Nozakova note l’adoption d’une loi sur le statut du corps enseignant grâce à la participation du syndicat au groupe de travail chargé de faire voter cette législation. L’organisation est parvenue à y inclure une série d’avantages visant à améliorer la condition enseignante, tels que des consultations médicales gratuites pour les enseignant·e·s et une augmentation de salaire de 20 % pour celles et ceux qui participent à des concours internationaux. La loi prévoit également une prime pour les enseignant·e·s qui vivent et vont travailler à pied dans les zones de haute montagne, qui représentent 93 % du Tadjikistan. « Nous avons besoin de financements pour cela, a-t-elle ajouté, et pour nous, il s’agit d’une très belle réussite. Nous avons recours à la campagne La force du public dans tous les groupes de travail et toutes les réunions régionales. »

En outre, elle a rapporté qu’à partir de septembre 2026, le salaire des enseignant·e·s connaîtra une hausse de 25 % au Tadjikistan, et ce, grâce à la maîtrise du processus législatif par le syndicat et à son implication dans le dialogue social.

Permettre aux syndicats d’encourager les autorités africaines à augmenter le financement de l’éducation

Marième Sakho Dansokho, vice-présidente de l’IE pour la région Afrique et présidente du SYPROS, au Sénégal, a présenté le travail accompli par les organisations membres dans sa région.

« La campagne La force du public est une action particulièrement pertinente de l’Internationale de l’Éducation, a-t-elle expliqué. C’est une excellente initiative qui s’est développée en Afrique dans plus d’une dizaine de pays. Il faut noter que cette campagne a permis à nos organisations, les organisations membres de l’Internationale de l’Éducation, de se renforcer, tout d’abord en renforçant les enseignants et les enseignantes, mais aussi en leur permettant d’inciter les États et les gouvernements à s’orienter vers un financement adéquat de l’éducation. »

De plus, elle a ajouté que, dans le cadre de cette campagne, des activités ont été conduites dans plusieurs pays et qu’elles ont contribué à intégrer le financement de l’éducation dans les débats politiques, surtout en amont des élections.

Les recommandations des Nations Unies sur la profession enseignante ne doivent pas rester lettre morte

Manal Hdaife, membre du Bureau exécutif de l’IE, présidente du comité de la Structure interrégionale des pays arabes de l’IE et directrice régionale de la Ligue des enseignant·e·s des écoles primaires publiques du Liban (PPSTLL, de son acronyme en anglais), a expliqué qu’avec les membres du Groupe de haut niveau des Nations Unies sur la profession enseignante, « nous étions d’accord sur un point, c’est que ce rapport – les recommandations des Nations Unies sur la profession enseignante – n’était pas destiné à rester lettre morte. Il était destiné à être mis en pratique. »

Selon elle, les recommandations sont devenues un instrument politique et de mobilisation à trois niveaux très concrets.

« Tout d’abord, elles offrent une légitimité internationale aux revendications enseignantes. Pendant des années, on a répété aux enseignants et aux enseignantes que leurs demandes en faveur de plus d’autonomie professionnelle, de salaires décents, de conditions de travail sures et d’un meilleur dialogue social étaient irréalistes ou trop chères. Aujourd’hui, ces mêmes demandes sont reconnues au plus haut niveau international, ce qui modifie l’équilibre des pouvoirs. Les États ne peuvent plus les écarter en les qualifiant de simples réclamations syndicales : il s’agit désormais d’engagements mondiaux. »

« Deuxièmement, a poursuivi Mme Hdaife, elles unifient le combat entre les pays et les contextes. Que l’on parle d’enseignants et d’enseignantes au sein de systèmes stables, en situation de crise ou dans des zones de conflit, le rapport propose un cadre commun qui permet aux éducateurs et aux éducatrices de s’organiser, non pas de manière isolée mais en tant que profession mondiale disposant de normes et d’attentes communes. » Elle a ensuite ajouté que « les recommandations font passer le débat des chiffres au pouvoir. Il ne s’agit plus seulement de la pénurie d’enseignants et d’enseignantes ou des résultats d’apprentissage, mais également de savoir qui structure les systèmes éducatifs, quelles voix comptent et si le corps enseignant est traité comme un ensemble de professionnels ou comme une main d’œuvre jetable. »

Des étudiants et étudiantes qui ont conscience d’intégrer une profession essentielle à la société

Le webinaire s’est ensuite tourné vers l’Amérique du Nord et les Caraïbes et a accueilli Nadine Molloy, membre du Bureau exécutif de l’IE et administratrice de la Jamaica Teachers’ Association. D’après elle, « une des choses que nous avons remarquées dans les pays où nous avons organisé des lancements très publics, très tournés vers les médias et les réseaux sociaux », c’est que « les autorités étaient en réalité disposées à s’assoir à la table des négociations pour parler avec nous des sujets difficiles auxquels nous faisons face dans les Caraïbes, tels que l’émigration des enseignants et des enseignantes. J’ai été presque stupéfaite de voir des membres du ministère de l’Éducation poser avec nous pour des photos et formuler des observations lors de notre conférence annuelle. »

De surcroît, elle a souligné que les parties prenantes de toute la région se réunissent pour discuter : « Les associations de parents d’élèves et d’enseignants et enseignantes, les associations d’instruction en famille et d’autres entités du secteur privé se sont assises autour d’une même table, ont discuté avec nous, nous ont donné des conseils, ont prêté leur voix à notre cause et tout cela a amplifié une grande partie du débat autour de la réforme et de certaines mutations que nous réclamons depuis longtemps et que nous continuerons de réclamer. »

Également directrice de l’université de pédagogie Shortwood Teacher's College, Mme Molloy a estimé que ses étudiant·e·s « ont conscience d’intégrer une profession qui, bien qu’elle soit sous tension, demeure essentielle. Nous constatons qu’ils et elles veulent devenir des modèles et apporter une contribution sociale à la construction de la nation. » « Malgré toutes les difficultés, a-t-elle continué, ils et elles perçoivent le métier comme une profession stable qui leur procure une chance d’accomplir davantage pour leur société. »

« Nous espérons que la campagne La force du public : ensemble on fait école ! les motivera d’autant plus, a-t-elle conclu, car nous serons en mesure d’offrir de meilleures conditions à nos enseignants et enseignantes en début de carrière. Il s’agit d’un métier émotionnellement exigeant et nous voulons nous assurer que leur bien-être est également pris en compte. »

La force du public pour financer les personnels de soutien à l’éducation

Le webinaire a en outre permis de rappeler que la campagne ne vise pas seulement à s’atteler aux problèmes de la profession enseignante, mais aussi à ceux des personnels de soutien à l’éducation. Il est tout autant urgent d’améliorer les conditions de travail de ces derniers afin de leur assurer le respect et la reconnaissance qu’ils méritent.

Pour Marjolaine Perreault, membre du Bureau exécutif de l’IE et directrice générale de la Centrale des syndicats du Québec, au Canada, « il existe, dans tous les systèmes éducatifs, un sous-financement chronique qui touche l’ensemble des catégories de personnel, en particulier le personnel enseignant, mais également les personnels de soutien à l’éducation. Ce dernier travaille de manière collaborative, main dans la main avec les enseignants et les enseignantes. Il contribue à la réussite scolaire de la grande majorité des élèves et lui aussi est régulièrement victime de coupes budgétaires et de baisses de salaires. Il se trouve aussi souvent en situation de précarité. Et il est essentiel à l’écosystème éducatif. »

Elle a de plus signalé que les personnels de soutien à l’éducation « permet aux élèves de réussir et aux enseignants et enseignantes de se concentrer sur leur cœur de métier : la formation et l’éducation des étudiants et des étudiantes. Il est évident que la campagne La force du public est essentielle à toutes les catégories de fonction, et surtout aux personnels de soutien à l’éducation. C’est pourquoi nous célébrons le 16 mai la Journée mondiale des personnels de soutien à l’éducation. »

D’après elle, la campagne « nous unit toutes et tous. Elle transcende les frontières et met en avant à la fois les aspects positifs de l’école publique et les obstacles auxquels elle fait face. »

Reconnaître le lien entre enseignant·e et élève comme patrimoine humain

Vice-président de l’IE pour l’Amérique latine et ancien président du CNTE au Brésil, Heleno Araújo a expliqué en quoi la campagne La force du public est importante pour sa région. Il a souligné que le corps éducatif et ses syndicats l’utilisent « pour relever les grands défis en matière d’inégalités et d’allocation des ressources publiques dans nos pays » et « garantir une éducation de qualité et le droit de chacun et chacune à l’éducation, notamment des groupes vulnérables ». « La campagne La force du public nous apporte cette action collective de l’IE, a-t-il affirmé, et, lorsque nous la présentons aux autorités locales, nous avons la force de faire face aux obstacles. »

M. Araújo a appelé à reconnaître le lien entre enseignant·e et élève comme patrimoine humain mondial, estimant qu’il s’agissait d’un geste « fondamental pour obtenir les conditions adaptées pour mener à bien notre travail » et qu’il était « important d’empêcher notre substitution par des plateformes et l’utilisation de l’IA pour remplacer notre travail en classe et dans nos écoles ». Il a ensuite indiqué que les syndicats en Amérique latine se mobilisent et collaborent avec d’autres mouvements sociaux et avec leurs gouvernements « afin qu’ils nous aident au sein des structures de l’UNESCO à progresser dans cette quête importante ».

Pour finir, il a mentionné qu’au Brésil, la campagne La force du public a aidé le syndicat à faire adopter la loi sur la gestion démocratique, « une loi qui valorise notre profession ». Il a également indiqué que le syndicat avait préconisé une hausse de 4 % du budget dédié à l’éducation publique et que le président Lula avait promulgué une législation qui assure un gain réel pour les enseignant·e·s et une augmentation de leur salaire.

Soutenir l’éducation, financer la démocratie

Gilda Montero, membre du Bureau exécutif de l’IE et présidente de l’ANDE au Costa Rica a réaffirmé que « la démocratie repose sur trois piliers fondamentaux : l’éducation, la santé et la sécurité ».

Par ailleurs, elle a mis en garde l’assistance : « L’éducation est gravement attaquée par les gouvernements d’extrême-droite ». L’enseignement public est parvenu à toucher les populations les plus vulnérables socialement, « donnant à beaucoup l’espoir de devenir de meilleures personnes », a-t-elle poursuivi.

La dirigeante de l’ANDE a rappelé que la campagne La force du public entend défendre trois éléments fondamentaux : premièrement, le budget dédié à l’éducation, qui doit être vu comme un investissement et non comme une dépense. Deuxièmement, le renforcement du rôle des enseignant·e·s et des éducateur·trice·s qui travaillent avec les populations pour lesquelles l’éducation est la plus cruciale et enfin troisièmement, l’objectif de l’enseignement public, qui est de transformer les individus pour en faire de meilleurs êtres humains et d’offrir une chance à tout le monde, sans distinction ni discrimination.

Trois années après le lancement de la campagne La force du public : ensemble on fait école !, un message ressort clairement : Quand les syndicats de l’éducation montrent la voie, ils font bouger les lignes. Sur tous les continents, les syndicats de l’éducation ont démontré que l’action collective renforce l’école publique, revalorise la profession enseignante et garantit aux élèves les ressources qu’ils et elles méritent.