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Pour une éducation publique forte : des syndicats qui s’écoutent, échangent et bâtissent l’action collective

Publié 4 mars 2026 Mis à jour 13 mars 2026

À un moment où les systèmes éducatifs africains font face à des défis structurels profonds – sous‑financement persistant, pénurie d’enseignant·e·s, inégalités d’accès, concurrence croissante du secteur privé – les syndicats de l'éducation doivent jouer un rôle fondamental. Une formation organisée à Accra, au Ghana, avec plusieurs syndicats de la région a permis une véritable mise en dialogue entre des syndicats disposant d’une longue expérience de campagnes d’influence et d’autres engagés dans des cercles d’étude.

La formation « Les cercles d’étude au service de la Force du public : uni∙e∙s pour une éducation publique de qualité », organisée conjointement par l’Internationale de l’Éducation (IE) et la Centrale des Syndicats du Québec (CSQ), visait précisément à articuler deux clés essentielles de l’action syndicale : la campagne mondiale de l’IE La force du public : ensemble on fait école ! et les cercles d’étude, méthode d’organisation collective sur le lieu de travail, éprouvée de longue date sur tous les continents.

Elle a réuni du 24 au 26 février 2026 dix-huit représentant·e·s syndicaux·ales de neuf pays africains (Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Chad, DRC, Niger, Sénégal, Togo). Elle a été assurée par les participant∙e∙s eux∙elles-mêmes, qui ont partagé leurs expériences et animé plusieurs ateliers, à la fois sur la campagne et sur les cercles d'études.

Les cercles d’étude, un outil syndical éprouvé

Dans son message de bienvenue, Dennis Sinyolo, directeur de l’Internationale de l’Éducation Afrique, a rappelé l’ancrage historique des cercles d’étude dans les luttes syndicales africaines. Issu lui-même de ce mouvement au Zimbabwe dans les années 1980 et 1990, il a souligné leur rôle structurant pour le développement des syndicats.

« Les cercles d’étude constituent un outil puissant pour recruter de nouveaux membres et renforcer les syndicats, grâce au développement des capacités et à l’organisation collective », a-t-il déclaré, rappelant également avoir été animateur de cercles d’étude dans son propre établissement scolaire.

Pour M. Sinyolo, l’enjeu est clair : face à des politiques éducatives souvent ambitieuses sur le papier mais insuffisamment mises en œuvre, les syndicats doivent s’organiser pour contraindre les gouvernements à respecter leurs engagements.

Les cercles d’étude : ancrer la campagne dans les écoles

Les participant·e·s ont souligné que les cercles d’étude permettent de renforcer le syndicat dans l’école, de développer un langage commun et de faire des établissements scolaires un espace central de la mobilisation syndicale.

Le secrétaire-trésorier de la CSQ, Luc Beauregard, a réaffirmé l’engagement de son organisation à renforcer la coopération syndicale à travers l’espace francophone. Il a souligné l’importance de la solidarité entre syndicats francophones et a mis en avant la valeur des cercles d’étude comme outil pratique pour renforcer les capacités syndicales.

La CSQ finance ces cercles d’études, au Bénin, au Niger, en République démocratique du Congo et au Tchad. Elle est en train d'étudier l'extension de ces projets aux autres pays participant à la formation : Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Togo et Sénégal.

Organisés sur le lieu de travail, les cercles d’étude reposent sur des réunions régulières et structurées, animées par des militant·e·s formé·e·s, avec un ordre du jour co-construit avec les participant·e·s. Étendus sur une année, ils intègrent des modules de formation syndicale portant notamment les droits syndicaux, les questions liées à la carrière et au statut des personnels, sur le genre, le changement climatique ou le financement de l’éducation.

Ils renforcent donc les capacités des militant∙e∙s à la base en utilisant une approche participative où les membres échangent sur des thématiques syndicales et pédagogiques pour trouver des solutions collectives.

Dès lors, la méthode des cercles d’étude n’est pas un projet en tant que tel, mais doit bien figurer au cœur du fonctionnement syndical.

Un sous-financement chronique de l’éducation

Malgré la reconnaissance internationale de l’éducation comme droit humain fondamental et bien public, des millions d’enfants restent exclus de l’école. Selon les données rappelées lors de la formation, plus de 272 millions d’enfants et de jeunes en âge de fréquenter l’enseignement primaire et secondaire sont non scolarisés dans le monde, dont 110 millions en Afrique.

La pénurie d’enseignant·e·s, reflet du sous-investissement dans l’éducation, est un réel défi pour la région. Les projections de l’UNESCO indiquent que 44 millions de nouveaux∙elles enseignant·e·s seront nécessaires d’ici 2030 pour atteindre l’Objectif de développement durable 4, dont 15 millions en Afrique subsaharienne. En cause : un sous-investissement public persistant, bien en deçà des seuils internationaux de 6 % du PIB ou 20 % du budget national consacrés à l’éducation.

« L’enseignement ne doit pas être un métier par défaut ni un tremplin vers d’autres carrières, mais une profession attractive et un choix de premier ordre. Car aucun système éducatif ne peut dépasser le niveau de ses enseignantes et enseignants. De même, le niveau de développement d’un pays ne peut excéder celui de son système éducatif », a ajouté M. Sinyolo.

La Force du public : structurer l’action syndicale

Lancée par l’IE en janvier 2023, la campagne La force du public : ensemble on fait école ! est aujourd’hui déployée dans 27 pays africains. Elle appelle les gouvernements à investir dans l’enseignement public, les personnels éducatifs, les infrastructures et les ressources pédagogiques.

Angelo Gavrielatos, représentant de l’IE, a insisté à Accra sur la nécessité pour chaque organisation membre de traduire cette mobilisation en stratégies concrètes.

Un travail spécifique a notamment été effectué sur les indicateurs-clés des systèmes éducatifs : Comment avoir accès à ces données ? Quelle confiance leur accorder ? comment les interpréter ? Comment les croiser entre eux pour renforcer le plaidoyer syndical ?

Au niveau national, cela nécessitera l’élaboration d’un plan de campagne national approuvé par la direction et les structures de gouvernance du syndicat, a-t-il souligné, rappelant l’importance d’une analyse partagée du problème, de la recherche, d’une stratégie claire et d’une évaluation des risques.

La déclaration d’Accra : un engagement collectif

Les participant·e·s ont également adopté la Déclaration d’Accra 2026 – « Les cercles d’étude au service de la Force du public ». Celle-ci exhorte les gouvernements africains à respecter ou dépasser les critères internationaux de financement de l’éducation, à investir prioritairement dans les enseignant·e·s, les personnels de soutien à l’éducation et les infrastructures scolaires, et à instaurer des mécanismes institutionnalisés de dialogue social avec les syndicats.

Évaluation positive

Les participant·e·s. disposent maintenant d’un double langage commun, celui de la campagne et des cercles d'études, qui devrait leur permettre de s'entraider à distance à l'avenir. Cette formation visait à stimuler la coopération Sud-Sud, et un suivi important va être mis en place pour stimuler les échanges entre les syndicats concernés.

Les syndicalistes de l’éducation ont particulièrement apprécié la richesse des échanges entre pairs, et mis en avant l’efficacité des méthodes actives (simulations, travaux pratiques), qui rendent les cercles d’étude plus concrets et directement transposables dans l’action syndicale.

Pour prolonger cette dynamique, plusieurs propositions reviennent : organiser des rencontres régulières entre syndicats, renforcer la coopération Sud–Sud et mettre en place un réseau/une plateforme d’échanges continus.

Vous pouvez également lire ici (en anglais) l’article sur cette formation publié sur le site de l’IE Afrique.